Jeans taille-basse, strings apparents.
tatouage sur les lombères, pour être sûres qu’on n’oublie rien. Manque plus que l’étiquette avec un prix. Ou une enseigne. Filles-sandwich à consommer sur place, ou à emporter. Reste à savoir si elles seront bien salade-tomates-oignons, sauce blanche ou harissa. Quelques frites en préliminaires. Avec le menu, on a une boisson gratuite. Junkfilles pour toxikeums. Il paraît que ça fait grossir.
Corps dédoublés de la personne, modélisés pour la stimulation. Corps artifilimbiques pensés dans l’intention de faire perdre la pensée. Sémacorps mouvant à la surface avec des courbes d’hameçon, tisseur d’exomotions parasites, filets cuivrés des promesses du corps hacker affrêté par neuro-marketing. Cyborgasmique des codes.
Les modèles prolifèrent. Un kiosque, un bus, un mur. Des affiches dans tous les coins. La ville obscénisée par les corps. La pensée continuellement bouffée par les paires de fesses. Ville parade de la junkfille. Ça dégueule sur les écrans, ça rampe jusqu’aux pharmacies qui plaquent encore des femmes à poils. La santé, c’est la femme épanouie. On relève qu’une femme est épanouie parce qu’elle est nue et qu’elle montre son cul. Le désir est un acte commercial, l’orgasme se repère par marques déposées. Il est symbole de réussite. Faut pas être en retard. Il y a toujours une femme à poil qui attend quelque part qu’on la regarde. C’est écrit partout sur la ville, c’est sa revendication la plus instante. Des affiches sur les murs qui font écrans aux écrans qui affichent d’autres murs, la réplication se perpétue. La ville veut se muer dans son message, l’affiche est le plus haut degré d’évolution du mur, ensuite vient l’écran. L’écran qui produit la réalité en montrant quelque chose issu d’ailleurs. Mais donné comme modèle. Acquis comme passeport. Que je transporte même consciemment. Les mains plus fines, étudiées pour prendre des tickets, des tickets par poignées, l’oeil sensibilisé à la reconnaissance des formes, la pensée experte dans la détection des schémas. Je me rapproche du mur. De devenir un mur. De devenir une affiche. De sentir la ville étendre la construction de ses artifices en moi.
constamment convoquée par l’excitation animale, la pensée réfugiée en zone corticale n’a plus pour elle que le recours à une vaine propagande. Libre de juger, elle ne décide pas. Commentateur de soi-même comme siamois soumis aux désirs incontrôlés du frère inconscient. Sanglés par les fouets des désirs instinctifices. Refugié politique en soi-même, remerciant qu’on lui cède la parole comme plus haute preuve de sa liberté.
J’ai beau me rappeler… ô ma ville, tous tes visages
le grincement des ponts à courbes de duels, les grésillements nucléaires tendus aux coeurs des lampadaires, la charge aveugle des trains poursuivant l’horaire des fatalités, le métal des étoiles fondu dans la gorge des complexes sidérurgiques, les mouvements du ciel dans les vitres-miroirs comme des panneaux satellitaires, le buisson en fleurs bourdonnant de frelons, la voracité des déchèteries, la longue maladie de la faim, des sourires rencontrés à l’état sauvage, le droit de la guerre, les ombres dentelées dans la pierre fissurée, les impasses munies d’un escalier, les massacres, les fantasmes qui hantent les lumières des fenêtres la nuit, la mort, la pourriture, la flaque boueuse où je regarde un hélicoptère franchir un gant abandonné, les mesures de sang nécessaires à faire apparaître une idée, celles requises pour en faire l’élevage, le rire comme seule conclusion sensée
l’humanité
sous la béance du vide étirant l’Espace,
aux coins de mes visions se déchirent des affiches
aux angles de ma pensée apparaît le cadre d’un écran
les modèles vont vites, les modèles vont toujours plus vite.
je mute progressivement en intelligence artificielle, écran d’autres écrans
comme celui de cette page où s’affiche le texte avec droits cédés aux commentaires