lettre aux femmes

Lettre aux femmes (prologue)

Emporté encore il y a peu dans l’une de ces rêveries où dans son génie, mon esprit aime à se prélasser en compagnie de ses Muses favorites, je prenais conseil de mon âme en son intimité (car ce sont des rêves lucides), lorsque je reconnus le mouvement craintif d’une émotion prise de peur qu’on la maltraitât. N’étant pas sur l’instant d’une telle animosité, je l’apprivoisai doucement jusqu’à apprendre de sa caresse qu’évidement, évidement, quel que pût être l’éloignement de mon intention ou la densité de ma concentration, mon écriture devait porter en elle l’influence du désir que j’avais de plaire aux femmes (eh bien, oui, reconnaissons-le, que je dresse ensuite sous forme de discours, par exemple, le plus intrépide des propos jamais osés pour leur porter le tremblement aux lèvres, le scandale à la pensée, la désolation au coeur, je n’aurais pas quitté le sujet). Ma conscience me paraissait à ce jeu complice des plus borgnes aveuglements, intrigante de parenthèses coulissantes, corruptrice de mots traîtres, si fieffée dans l’art de la supercherie, que je m’inquiétais de savoir si je n’étais pas un peu la dupe de l’entourloupète que j’ourdissais.

Comment pouvais-je tolérer que de telles altérations vinssent jeter le trouble dans la pureté lentement acquise par maturation, rafinage puis composition goutte à goutte, du spécifique complexe dont j’allais imprégner ma page ? Car enfin (trompettes, s’il vous plaît), j’étais Auteur et cela impliquait bien de sauvergarder (merci) un espace dans lequel il n’y eût plus de tricherie où je pus être moi-même libéré de tout et de toutes.

Suite à une longue réflexion, je décidai qu’il ne pouvait être efficient de recourrir à une solution autre que celle-ci : je me devais de les séduire toutes. Toutes et surtout les meilleures. Toutes et le plus pleinement possible, pour être libéré avec une égale plénitude (qu’en dites-vous ?). Ma réaction ne connut pas d’hésitation. Le mieux était de commencer au plus tôt. Je pris congé de mes Muses et m’en allai par le plus court chemin vers ce lieu qu’on nomme ici.

Voilà donc, chère lectice, après un préambule dont la longueur doit vous donner idée de la manière dont j’en use avec les préliminaires, l’unique objet que poursuit le présent article : vous séduire (vous êtes prêtes ?). Mais de façon si violente, beauté, que plus jamais vous n’oubliez mon nom, que votre coeur perde à jamais le repos et qu’ainsi, moi, je retrouve le mien.

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Lundi 4 septembre 2006

lettre aux femmes (2)

Bien à l’opposé de ce que vous vous figurez (petite orgueuilleuse), vous séduire ne présente que peu de difficulté. Aucune quête n’est jamais pourvue d’un péril plus haut que la valeur de l’objet proposé pour prix de sa réussite. Le prix de ma quête, vous avez connaissance maintenant qu’il s’agit de vous. Sa difficulté a donc pour élévation l’estime que je vous porte, et, voyez-vous jeune innocente, je connais trop les femmes, je connais trop le monde, pour vous accorder plus que vous ne méritez, c’est-à-dire fort peu de chose. Oh j’entends bien que vous raillez ma prétendue vanité, vous êtes si prévisible. Il en va ainsi des femmes qu’elles se font toujours une idée désastreuse d’elles-mêmes, si bien qu’il faut systématiquement commencer par corriger les travers qu’elles génèrent en grands nombres tout au long de leur triste vie.

Soupirez à votre guise, il n’y a du reste rien d’autre à faire. Vous n’enlèverez pas que la femme est un être faible, chétif et maladroit qui par nature pendant neuf mois de grossesse, vingt-quatre mois d’allaitement nécessite soutien et protection, puis le réclame encore après par pure hypertrophie d’un égoisme instinctif, le plus souvent étroit, marchandé comme dû sur le compte des jouissances, plus matoise qu’une banquière dans la spéculation des états d’âme, atteinte fréquement de troubles, d’étourdissements ou de toutes autres inconstances du cerveau susceptibles de lui venir en aide, enfin globalement perturbée comme en témoigne sans discontinuer sa navrante réputation. N’inférez en aucun manière que je chercherais à vous diminuer, c’est faux : il n’y a pas lieu de mettre en doute l’excellence de vos aptitudes pour le jeu et la distraction. Mais quelque intelligente que vous fussiez ensuite (en quoi vous aurez ma préférence), vous ne l’êtes pas d’abord, comprenez-vous ? (j’espère que l’excellence de mon expression n’incommode pas trop vos facultés de lecture). L’erreur la plus grossière consiste à croire que la démagogie dont vous vous parez puisse jamais dissimuler vos guenilles primitives. C’est au contraire en niant votre faiblesse que je commencerais de vous mentir, non pas mû par l’envie de vous être agréable, mais de vous asservir. Redoutez qu’en vous tenant hypnotisée par ce droit de rivalité que je ferais, par portion choisie, tomber non loin de vous, j’entreprenne de vous externaliser. Qu’ainsi stimulée par la friandise de l’indépendance, à tout faire seule, vous vous comportiez en unité de production autonome dont l’homme n’aurait plus qu’à cueillir le fruit à son plaisir sans avoir jamais à participer en rien aux coûts de maintenance et de développement. Que penser de cette aspiration à la liberté qui se lit comme une vocation invétérée pour l’esclavage ? Etait-ce donc pour cela seulement que vous fîtes revendication d’un droit d’existence et de circulation ? J’en conclus que le statut de servante vous était un outrage parce vous lui préfériez celui de marchandise.

Espériez-vous que je vous félicite ?

Comptiez-vous que je me répandis, dans l’idée de satisfaire votre complaisance, en compliments tous triés pour leur fausseté, célébrant en une même tirade, vos imaginaires distinctions par basses flatteries, et insultant votre personne par simples implicites retombées ?

Vous me permettrez, chère lectrice, de recevoir votre faiblesse comme très suffisante déjà à l’aliénation de votre existence pour que la nécessité se fasse pressante d’y porter injure de la sorte. Je vous réserve bien d’autres sentiments, n’en déplaise à votre humilité.

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Mercredi 13 septembre 2006

lettre aux femmes (3)

Je n’ignore pas combien vous portez de doléances sur la condition masculine, combien vous la houspillez de vous priver de tout, de blesser âprement votre dignité de femme, celle-là même dont vous ne laissez de célébrer la splendeur et la maturité lors de vos réunions privatives, trouvant commode, pour mieux convaincre je suppose, de faire retraite dans une chambrette revêtues de pyjamas.

Vous auriez tort de me croire le coeur si résonnant d’orages qu’en mon âme ombrageuse je ramène des précipices sans fond où je scrute l’univers, qu’il ne s’y puisse glisser le jour lumineux d’une tendresse dorée. Il serait étriqué de penser sous prétexte que vous me distinguez mal dans ce ciel où, soumise à l’élan de votre tempérament émotif vous mirez des jolies couleurs aux caprices du hasard, que je sois moi coupé des réalités sensibles de ce monde, c’est tout l’inverse, et si vous pouvez retenir les palpitations de votre coeur, je vous livrerai l’ironie que le monde a jeté sur votre destin

Ce n’est pas sans horreur, mon lapin, que j’acquis ce qu’il est admis partout : « si je peux te forcer tu vas m’obéir ». Effrayant, n’est-ce pas ? Mais vous le savez mieux que moi, bien sûr. Si cela peut vous consoler, je vous accorde volontiers que cette loi est d’une injustice cruelle. D’une injustice si patente même qu’on est saisi de surprise lorsqu’on voit, après avoir traversé tous les simulacres qui faisaient jungle autour, à l’intérieur du temple en son téménos et sous l’incidence d’une lumière nue, l’idole paraître et révéler qu’en son essence la plus sacrée toute la construction érotique que vous vous faites d’un homme repose sur sa force.

Nommez-vous jamais autre chose, poussin, lorsqu’en vos langages qui balbutient, sortant un petit miroir pour accompagner votre réflexion sans suite ni mesure, vous vantez inconsidérément « le vrai mec » ?

Quand bien même (rêvons un peu) les moyens vous seraient offerts de prendre le pouvoir sur les hommes, le feriez-vous ? Ne vous effondrez pas dans la bêtise de croire qu’un équilibre est possible : pour être forte, il vous faudrait être plus forte que celui qui est déjà fort, lequel aussitôt deviendrait faible. Risqueriez-vous de détériorer l’ensemble fantasmatique qui vous maintient en vie ? qu’en faisant justice sur l’érotisme vous ne l’amputiez, qu’au final la Terre succombât à une apocalypse inimaginée : celle d’être transformée en poulailler ?

Vous comprendrez, côcotte, comme il paraît peu indiqué de s’en remettre à vous. Vos vaines protestations me garantissent que j’ai raison : vous ne lirez pas la suite à moins que je vous y force. Vous voyez, vous m’obligez à vous contraindre dans la seule visée de pouvoir répandre vos remontrances. C’est dire que vous voulez me forcer à gagner sur vous le droit d’avoir tort, grâce auquel vous convoitez d’accaparez toute la puissance en échange de l’exquise générosité de votre pardon. Vous êtes drôles. Mais à la place, j’ai prévu de vous piquer légèrement au dessous du flanc, ceci pour déclencher dans vos humeurs impressionnables un réflexe de sauvegarde naturel.

N’avez-vous pas observé qu’à chaque ouverture vous perdiez un vêtement (je ne cesse pas de vous découvrir). Que vous en perdrez un autre la fois prochaine. Conidérant la fougue impavide de mon verbe et le faible cas que je fais de vos pudeurs, résisterez-vous à l’inquiétude de savoir quelle partie de vous je mettrai à nue et dans quelle position ?

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Dimanche 17 septembre 2006

lettre aux femmes (4)

Ah je sens bien comme vous piaffez « l’imbécile, il n’a rien compris, une femme demande de la considération », vous êtes délicieuse, votre compagnie m’est une suite de ravissements qui confine au merveilleux.
Me démêlerez-vous cette énigme de décrire avec exactitude ce que signifie ce respect, très chère, lorsque jetée au sol telle une bête vous êtes dûement saisie à la taille, ferée au cul, tirée par les cheveux et giflée aux cuisses ?
Salaud ? Mufle ? Vous me goumandez, c’est un plaisir, mais encore ?
Rien à voir ?
Je crois plutôt que l’intrus de cette fable est l’orgueil qu’en sa folie la Nature a crut bon de répartir en quantité pléthorique dans vos âmes fragiles. Car au contraire, apprenez, créatures égarées par les lumières trop vives, qu’une femme ne désire pas être respectée, elle désire être aimée, mieux encore être amoureuse (ce qui vaut beaucoup plus, de quoi vous servait cet orgueil incongru ?). Oserez-vous nier que la personne qui vous approche, le minois onctueux de gentillesse et de compliments, vous cause un dégout immédiat ? Qu’en revanche vous seriez susceptible de vous dandiner toute une nuit pour recevoir, même de manière hasardeuse ou passagère, l’étincelle précieuse vibrant dans le regard d’un plus haut que vous, seule apte à masquer la vacuité de votre piteuse existence par l’illusion que quand même vous valez quelque chose ?
C’est en vous dénigrant que je vous fais femme et contrairement à vous, je n’y prends aucun plaisir. Vous devez comprendre, chère lectrice, comme mon impudence bienfondée dans sa galante manifestion est la conséquence naturelle de l’assurance que vous-même vous m’octroyez. Dans l’espoir, un peu fou il est vrai, que j’abaisse soudain sur votre petite personne un regard attendri de pitié. Je n’en ferais rien, ce serait là m’enorgueuillir d’une majesté de contrebande. Je ne vois pas comment la bassesse qui vous est échue par nature pourrait jamais me devenir une gloire, j’ai d’autres ambitions vous m’excuserez du peu. Aussi, plus enclin à me tenir auprès de vous d’une manière qui ouvre à l’amour sans se bercer d’illusions, je vous choisis telle que vous êtes dans toute la nudité de votre personne.

Voilà pourquoi, chère lectrice, je vous fais la haute promesse de vous injurier toujours, de vous cogner régulièrement, de me gratter les couilles à table et de vous faire sentir mes doigts, de vous baiser comme un sac, de piquer votre argent pour aller boire avec les copains, de roter en embrassant votre mère, d’être enfin odieux en tout, navrant jusqu’à l’horreur, cela pour vous plaire puisque c’est l’unique manière de faire de vous une femme accomplie.

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Samedi 23 septembre 2006

lettre aux femmes (5)

Je suppose qu’ayant épuisé toutes les sottises qui s’agitent dans votre âme désordonnée, vous n’aurez aucune vergogne à vous tremper dans la plus insigne des mauvaises fois. Quel serait alors votre propos ?, laissez moi deviner (vous n’avez aucun mystère) : que les hommes sont des lâches, leur force une fumisterie, qu’il n’appartient qu’au pire d’entre eux de s’abriter derrière un discours aussi retors, dans l’illusion qu’on ne remarque pas tout ce qu’un tel culte de la force doit à la dissimulation couarde d’une vilaine faiblesse originelle (bien évidemment je vous corrige un peu, mais votre formulation, Mademoiselle n’était pas si habilement tournée lorsque vous l’émîtes, que sa restitution.fidèle vous fût un avantage)

Puisque j’ai fait voeux de vous plaire, que je ne suis pas homme à considérer les choses à moitié, qu’aussi l’infamie est meilleure lorsqu’elle se légitime, j’annoncerai ceci : de même, avec un zèle sensible quoique un peu long, vous m’avez disputé sur les femmes (mais non vous étiez charmante), de même je ne vous en redirai pas sur les hommes. Ainsi contrainte de me trouver odieux mais lucide, vil mais impartial, vous irez privée du loisir de me contredire inutilement. En quoi, si bavarde vous échouâtes en tout, que pourrez-vous, muette ?

Ne sentez-vous pas avec un effroi intérieur non sans délice, qu’il en est de la force, comme du danger ? Que le plus désirable est d’en être frôlée jusqu’au point de plus grande alarme où l’on n’est plus que tétanie battant la chamade. Que prisonnière d’un silence horrifié, rendue à merci depuis tantôt, il n’est plus en votre possession que d’attendre impuissante, qu’en mon infinie clémence je vous signifie votre sort.

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Vendredi 29 septembre 2006

lettre aux femmes (6)

Lâche ? Tout à fait. Mais c’est encore trop peu, et comme vous désignez ma virilité, je juge que vous ne vous étendez pas assez longuement sur la chose. Je n’ignore pas que vous m’avez jugé très raide dès le début, même dur par moment, que l’angoisse vous étreint de sentir maintenant hors de toute illusion approcher ma masculinité affranchie des voiles serrés qui lui faisaient barrage .Je ne vous cacherai pas que vous avez tort de craindre le pire, vous seriez plus avisée de considérer ce pire comme chose préférable à ce qui vous attend.

Car non seulement, comme tout homme, je suis lâche et certainement par mon discours je suis le pire d’entre eux (mettez votre main là), mais plus encore comme tout homme (tournez-vous), je suis incapable de tenir mes promesses (je ne vous ferai aucun mal), de sorte que vous ne pourrez faire autrement que vous rendre (ne criez pas si fort) à mes paroles quand je vous exposerai, chérie, si j’ai le pire des discours, mais si je suis incapable de tenir mes promesses, qu’indubitablement je suis le meilleur (vous voyez que vous êtes contente).

Pensez-vous que j’en viendrais à présent à vous susurrer abondamment comme il convient selon mon coeur d’en user de cette faiblesse, de vous avouer qu’elle existerait aussi dans l’homme, que l’acceptation de la différence implique de plus hautes responsabilités, qu’enfin si l’on sait qu’on ne peut parfaitement sortir de l’animalité, on peut encore en faire un jeu dans lequel les mises cessent d’être porteuses de mort ou de malheurs ? Vous aimeriez ?

Mais, voyez-vous,

Je suis le meilleur et j’ai fait le souhait de vous séduire. Si je veux me réaliser dans ce double accomplissement, je n’ai plus qu’une sentence à proférer :

Vous ne me méritez pas

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Dimanche 8 octobre 2006
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