Lettre aux femmes (prologue)
Emporté encore il y a peu dans l’une de ces rêveries où dans son génie, mon esprit aime à se prélasser en compagnie de ses Muses favorites, je prenais conseil de mon âme en son intimité (car ce sont des rêves lucides), lorsque je reconnus le mouvement craintif d’une émotion prise de peur qu’on la maltraitât. N’étant pas sur l’instant d’une telle animosité, je l’apprivoisai doucement jusqu’à apprendre de sa caresse qu’évidement, évidement, quel que pût être l’éloignement de mon intention ou la densité de ma concentration, mon écriture devait porter en elle l’influence du désir que j’avais de plaire aux femmes (eh bien, oui, reconnaissons-le, que je dresse ensuite sous forme de discours, par exemple, le plus intrépide des propos jamais osés pour leur porter le tremblement aux lèvres, le scandale à la pensée, la désolation au coeur, je n’aurais pas quitté le sujet). Ma conscience me paraissait à ce jeu complice des plus borgnes aveuglements, intrigante de parenthèses coulissantes, corruptrice de mots traîtres, si fieffée dans l’art de la supercherie, que je m’inquiétais de savoir si je n’étais pas un peu la dupe de l’entourloupète que j’ourdissais.
Comment pouvais-je tolérer que de telles altérations vinssent jeter le trouble dans la pureté lentement acquise par maturation, rafinage puis composition goutte à goutte, du spécifique complexe dont j’allais imprégner ma page ? Car enfin (trompettes, s’il vous plaît), j’étais Auteur et cela impliquait bien de sauvergarder (merci) un espace dans lequel il n’y eût plus de tricherie où je pus être moi-même libéré de tout et de toutes.
Suite à une longue réflexion, je décidai qu’il ne pouvait être efficient de recourrir à une solution autre que celle-ci : je me devais de les séduire toutes. Toutes et surtout les meilleures. Toutes et le plus pleinement possible, pour être libéré avec une égale plénitude (qu’en dites-vous ?). Ma réaction ne connut pas d’hésitation. Le mieux était de commencer au plus tôt. Je pris congé de mes Muses et m’en allai par le plus court chemin vers ce lieu qu’on nomme ici.
Voilà donc, chère lectice, après un préambule dont la longueur doit vous donner idée de la manière dont j’en use avec les préliminaires, l’unique objet que poursuit le présent article : vous séduire (vous êtes prêtes ?). Mais de façon si violente, beauté, que plus jamais vous n’oubliez mon nom, que votre coeur perde à jamais le repos et qu’ainsi, moi, je retrouve le mien.

