eau de rose

eau de rose (1)

A cet endroit de la pinède, il n’y avait plus personne. Le soleil devenu rasant enflammait les premières odeurs du crépuscule, faisant courir comme des couloirs ses lumières dont les arbres étaient les ombres. Mais ce pouvait être aussi des cuisses, comme il reluquait les siennes en cet instant par contre-jour sous le tissu de sa robe. Feignant l’un et l’autre l’ignorance et le plus parfait naturel tandis qu’à cette heure en ce lieu, il ne pouvait plus être question de savoir ce qu’il se passerait, mais comment ; ils devisaient toujours comme innocemment. Recueillant, elle, les dernières chaleurs de l’astre, pour un plaisir qu’elle savait double et dont elle abusait malicieusement, savourant, lui, tout le merveilleux de cette éclipse de soleil mouvante, qui avait avantage sur la Lune de se déhancher et de porter au ciel des infinis de convoitise.

On lui avait dit, fais pas ça, vieux, cte fille, c’est une crasseuse, nocive même, des gars qui lui sont passés dans les pattes, y en a plus un qui marche droit, et certains sont toujours à l’hosto.

Comment aurait-il pu le croire ?

paragraphe de confort visuel
Samedi 17 juin 2006

eau de rose (2)

(souvenez-vous, c’était la série de l’été !)

Il s’approcha. Les cigales scandaient différemment dans sa tête. La lumière déclinante étendait un univers plus confus. Dans le rapprochement des teintes les formes se mêlaient, les frontières se dissolvaient. Une permissivité latente commença de se répandre aiguillée par la certitude que le moment propice surviendrait avant le dernier rayon du soleil.

Elle se tourna à demi, la moitié du visage hanté par la pénombre, l’autre enflammée. Le moment, pensa-t-il, ne parvenant à choisir de quel côté il la trouvait plus jolie, il décida qu’il voulait les deux réunis autour des lèvres.
- Pourquoi es-tu venu avec moi jusqu’ici ?, elle dit
Il s’arrêta « euh ».
- Tu n’ignores pas ce qu’on dit de moi, que je suis mauvaise, que je fais du mal, tu le sais pas vrai ?
- Euh, ben un petit peu, j’ai entendu des trucs, quoi…
- T’as entendu des histoires, des types blessés, tout ça ?
- Ouais, et puis un gars éborgné à l’hospice qui passe son temps à se tremper les couilles dans l’eau chaude et qui parle avec Satan quand i’ se fout l’oeil de verre dans le cul, ça m’a fait marrer.
- Tout est vrai.
- Ah…
- Tu te sens comment là tout seul avec moi ?
- (sourire) je devrais avoir peur ?
- Tu serais pas le premier
- Je sais que tu es extrême, mais que veux-tu, moi, ça me plait.
- Fais attention, parce que tu me plais aussi, si tu fais un seul geste, je pourrais plus m’arrêter

Ils se regardèrent. Tout son visage était dans l’ombre, les derniers rayons partaient. Il dit :
- un geste comme ça par exemple ?

paragraphe de confort visuel
Jeudi 21 septembre 2006

eau de rose (3)

L’instant d’un silence. Il voit passer dans ses yeux le calme, la surprise, la joie.

Un gel parcourt la mâchoire jusqu’aux avant-bras. Etonné, transi.

Parce que son visage n’a pas bougé, parce qu’elle commence à sourire seulement maintenant. Le silence s’est fermé autour deux. Parce qu’il sait, tout ce qu’il a senti n’a qu’une origine.

Violence.

Elle s’approche. Il sent déjà sa chaleur. Croissante.

Sa conscience de son propre corps est une mince enveloppe froide autour des os. Une cheville est tentée de basculer.

Son souffle. Elle lève la tête à la rencontre de son regard. Son parfum. L’injonction d’un ailleurs.

Elle. Un peu trop près dans l’avant de sa vision qu’il ne peut la toucher. Tout est si vite. Si tendu vers la source de son être ne franchit pas l’envers du présent. Elle approche ses lèvres. L’avance du temps glace son squelette jusqu’aux talons, ses mains vont en retard

en retard à la rencontre des hanches.

Elle sourit.

- Je vais te désastrer.

Elle l’embrasse, elle déferle en lui par le contact de tout son corps, elle l’embrase. Elle sait la torche lui prendre le cerveau, ses mains, ses lèvres glissent leurs incendies sur sa peau, cherchent l’affolement de son coeur. Il vient dans l’intimité de son temps, il vient à l’intérieur de ses vêtements. Elle le mord à l’épaule, s’offre à ses caresses par acte de sommation, par loi de somation. Attisant la brûlure en chacun de ses foyers. Elle le mord.

Dévorant captif, il sème une lente dévastation dans ses vêtements consumé dans l’enlêchement de sa gorge, de sa gorge, de ses seins, dans l’incarnation sous ses mains de ses cuisses, de l’intérieur de ses cuisses, de l’extrême limite de l’intérieur de ses cuisses.

Il ouvre les yeux. Son corps parsemé de mille cicatrices,

tatouages, brûlures, scarifications, marques, et son odeur. Qu’avait-elle vécu pour habiter ce corps griffé comme une statue par les frottements du monde, plus évident que la roche, plus présent que le ciel.

Sa culotte est maculée de sang séché. Mais il ne sent pas ce sang là.

- tu es bless…
- chuut.

Les mains dans ses cheveux, elle chuchote :

« c’est pas contagieux… presque pas ».

paragraphe de confort visuel
Mardi 5 décembre 2006
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