Lore

matin pluvieux

C’est comme un manoir, de nuit, qui aurait su marier chacune de ses pièces à la forêt qui l’entoure. Je ne sais plus à qui il appartient, à quelqu’un de la famille, j’imagine, puisque nous sommes en famille. Et voilà que l’on m’annonce l’arrivée de Lore.
N’est-ce pas étrange ? Cela fait si longtemps que je n’ai pas rêvé d’elle. N’est-ce pas étrange, rêver d’une personne qui n’existe pas, mais en rêver assez pour penser la connaître, pour en avoir de violents souvenirs ? Lore, cousine lointaine qui me fut un si bel amour, avec qui, jeune, j’entreprenais les plus folles escapades pour fuir son père tyrannique. Afin de lui échapper nous cherchions à nous perdre dans tous les coins de monde, horizons masqués où nous pouvions nous retrouver et poser toute entière sur le corps de l’autre la caresse de son corps. Nous ourdissions longuement une évasion dernière qui serait liberté, vertige, infinie dilection. Une évasion qui échoua d’une manière atroce dont j’ai perdu la mémoire par force traumatique. Lore handicapée à vie, à elle la douleur, à moi la culpabilité.
Elle arrive toute étendue sur un long fauteuil rouge. Aux yeux de tous, nous partageons encore une calme sympathie. Je lui parle d’un texte moyen que j’ai inscrit sur Internet dont l’héroïne se nomme Malaurie. J’avais choisi ce prénom que j’apprécie peu parce qu’il contenait « ma », « mal », et « or ». A présent je crois qu’il signifiait aussi : « ma Lore rit », expression vive du bonheurs perdu.
Lore m’écoute, distante, et puis elle se lève. Je pensais la chose impossible, sa démarche est difficile mais elle marche. Je me rapproche pris d’un indicible espoir. Elle se tourne vers moi, je comprends qu’elle m’aime encore, je comprends qu’elle me hait toujours. Son corps est rivé aux articulations de pièces d’acier apparentes, anguleuses qui la tiennent, qui la mécanisent.
Elle me regarde, étrangère à moi, à elle-même, je ressens comme son corps ne lui appartient plus. Elle se moque de mes associations, qu’a-t-elle à faire de ce que je vis dans cet autre monde, le réel, qui n’est bon qu’à exciter les mauvais psy ? Je ne sais quoi lui répondre. Elle me congédie avec je crois, à peine visible, une tristesse résignée, parce qu’elle sait que je vais la quitter, inévitablement, je vais me réveiller. De nouveau elle sera seule enfermée dans cet autre monde qu’est son corps, enfermée dans cet autre monde qu’est la rêve.

paragraphe de confort visuel
Mardi 17 janvier 2006

Orphée aux amphètes

La première fois que je l’ai rencontrée, c’était le jour de son enterrement. J’avais à peu près rien à foutre là, parmi tous ces gens inertes, c’était Greuk qui m’avait fait passer (les flics ça palpe sur les décès), parce que c’était plus simple pour après, y avait ce damné concert c’est p-ppour ça j’avais pris un peu, mais parti comme là, le plan avait dédalé à l’entrée, le genre qu’on s’embarque à peine, il est trop tard, on arrive, c’est déjà ailleurs. Alors j’étais là.

Ils bougeaient tellement peu, ces griseux de la famille qu’ils me filaient l’impression de se déplacer en glissant. Ces faces cireuses qu’ils allongeaient, exactement comme à la poste. Ils étaient tous en train de crever d’ennui, mortifiés de l’intensité de leur agonie sans douleur.

- Amène-toi, je vais te présenter.

- Euh, t-t-t’es sûr ?

- Lucien Hormois, voilà Amokryte, un ami… Amokryte, Lucien Hormois, le père de M.

- B-bb-bonjour, et con- et condo-doléances.

- Oui-oui, merci. Bon, nous allons commencer l‘incinération, vous êtes prêts ?

- Une incici, une incici…

- Vous avez compris.

- Je vais aller voir le corps une dernière fois, tu viens Amok’.

- nération ? … oui.

- Ne tardez pas, je crois qu’il y en a d’autres qui attendent.

J’ai suivi mon guide. Il m’apprit que M s’était suicidée en plongeant d’une tour. Il la connaissait pas trop mais il l’admirait un peu, tout ce qu’on lui reprochait : vagabondage, brigandage, contrefaçon, des histoires pas possibles, elle avait l’âme barbelée, même allongée dans sa cellule, elle laissait pas tranquille, une fille tellement dégoupillée qu’il avait fallu qu’elle se jète. Les thanatopracteurs l’avaient rembouillée. Ressemblante, il disait, mais ils lui avaient tiré ce grimaçant sourire serein, ça là, un visage qu’il lui avait jamais connu. Je l’ai regardée.

Courant avec les pieds dans les mains et les mains sur la tête, c-c-courant, putain mais si vite, mais qu-ququ’est-ce qu’il m’arrive ?, passant la rue de S***, jusqu’à s’enfoncer au fond de cette ruelle démolie avec d’anciens box effondrés qui font cavernes de gravats, allant très près vers le bord de l’eau, j-jj-je la dépose doucement. Elle est si légère. Je l’observe en reprenant mon souffle. Je lui caresse le visage. Pourquoi, je me demande, m-mais-les mais-les gestes viennent d’eux-mêmes. Je la serre contre moi. Réveille-toi, rév-réveille-toi. Le cœur battant mais ce n’est plus la fatigue. La berçant doucement… je sais, tu es ttombée… mais j’ai une amie qui est ttombée aussi… sur les pieds… eh b-bien, juste elle a des béquilles… toi t’es ttombée sur la tête… mais c’est pas g-gg-grave… on te fera une béquille pour la tête… p-parce que si tu te réveilles ppas… moi il me faudra une béquille pour le c- pour le c- le cœur, et ça , ça existe pas…

Elle ne bouge pas. Elle ne bouge pas. Je cherche, mais rien, je cherche, j’en perds la raison.
Je trouve, rien ne m’empêche de penser que si moi je ferme les yeux, elle, elle les ouvre.
Je sors mon couteau.
Clos, maintenant.
La serrant plus fort. Tu vois, on est bien tous les deux… on a juste besoin de rien… et tu sais… je te demande pas plus, seulement d’être toi, d’être toi toute entière… si on y regarde, c’est tout simple, il suffit de se laisser aller, comme ça oui, tu vois, c’est possible ; tu vois bien, tu vois.

Greuk m’a dit qu’on les avait jamais retrouvé.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 26 avril 2006

nébuleuse du souvenir (Lore – le rêve)

bien sûr je me rappelle, mon bel amour,

juste sous l’épaule, c’était toi qui réclamais, on aurait dit une sirène,

une bougie qui enflammait dans tous les sens,

des rubans de vie mouillés,

ta baudruche dégonflée,

une robe de rosée dans le sable à faire palpiter le coeur.

« fais-le si tu m’aimes ! », j’avais tout acheté avec des petites coupures piquées un peu partout.

Une opération extrême.

Je n’oublierai jamais ce rêve insensé,

le noeud est bien serré.

« montre-moi le soleil

avant que la nuit soit terminée ! »,

des larmes plein les yeux, on allait y arriver,

cette fois c’est pour de vrai,

« un instant j’y suis presque », comme tu me souriais…

Toutes les horreurs du monde ? nous tenterons l’impossible !

après tu t’étais évanouie.

Un grand choc qui réveille, deux fois dessus une fois derrière

je l’ai senti passer, tu n’en es pas revenue.

C’était déjà demain,

dans la vitre passée au rouge, des hommes blancs et la police venaient

et le camion benne partait.

paragraphe de confort visuel
Mardi 3 octobre 2006

nébuleuse du souvenir (Lore – l’orgie)

bien sûr je me rappelle une opération extrême :

avant que la nuit soit terminée, des hommes blancs et la police venaient, j’avais tout acheté.

Passé au rouge le noeud est bien serré,

deux fois dessus une fois derrière comme tu me souriais.

Nous tenterons l’impossible,un grand choc qui réveille à faire palpiter le coeur, c’était toi qui réclamais une rossée de zobs dans le râble

toutes les horreurs du monde, on allait y arriver.

« montre-moi ce soleil » une bougie qui enflammait, « fais-le si tu m’aimes », je l’ai sentie passer avec des petites coupures dans tous les sens

je n’oublierai jamais,

« un instant j’y suis presque »

cette fois c’est pour de vrai, juste sous l’épaule, des rubans de vie mouillés, tu n’en es pas revenue.

Ce rêve insensé.

Mon bel amour, ta baudruche dégonflée piquées un peu partout ; dans la vitre on aurait dit une sirène,

après tu t’étais évanouie des larmes plein les yeux,

c’était déjà demain et le camion benne partait.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 5 octobre 2006

nébuleuse du souvenir (Lore – l’accident)

bien sûr je me rappelle cette fois c’est pour de vrai.

C’était déjà demain, j’avais tout acheté, on allait y arriver

« un instant j’y suis presque », c’était toi qui réclamais.

Un grand choc qui réveille, je l’ai senti passer,

deux fois dessus une fois derrière, ta baudruche dégonflée, dans tous les sens et le camion benne partait, une bougie qui enflammait.

Toutes les horreurs du monde, une robe sale dedans le sorbet avec des petites coupures à faire palpiter le coeur, des rubans de vie mouillés,

je n’oublierai jamais.

« montre-moi le soleil » comme tu me souriais des larmes plein les yeux.

« fais-le si tu m’aimes, ce rêve insensé ».

On aurait dit une sirène, des hommes blancs et la police venaient.

« nous tenterons l’impossible »,

après tu t’étais évanouie.

« une opération extrême avant que la nuit soit terminée ».

Dans la vitre,

juste sous l’épaule le noeud est bien serré. Passée au rouge, piquée un peu partout

mon bel amour, tu n’en es pas revenue.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 11 octobre 2006

nébuleuse du souvenir (Lore – le crime)

bien sûr je me rappelle,

une bougie qui enflammait.dans la vitre et le camion benne partait,

« montre-moi le soleil, fais-le si tu m’aimes : avant que la nuit soit terminée, un grand choc qui réveille ».

C’était toi qui réclamais.

« nous tenterons l’impossible, mon bel amour »

Une opération extrême.

Deux fois dessus une fois derrière, le noeud est bien serré, cette fois c’est pour de vrai.

Comme tu me souriais.

Avec de petites coupures, piquées un peu partout, toutes les horreurs du monde,

j’avais tout tâcheté.

On aurait dit une sirène passée au rouge, une robe osée de sang, bleue de râles à faire palpiter le coeur. Je n’oublierai jamais

On allait y arriver, « un instant j’y suis presque » des larmes plein les yeux,

après tu t’étais évanouie.

Des rubans de vie mouillés, dans tous les sens juste sous l’épaule, ta baudruche dégonflée, je l’ai senti passer. Tu n’en es pas revenue.

Ce rêve insensé.

des hommes blancs et la police venaient.

c’était déjà demain.

paragraphe de confort visuel
Lundi 23 octobre 2006

nébuleuse du souvenir (Lore – l’asile)

dans la vitre des hommes blanc et la police venaient :« nous tenterons l’impossible, une opération extrême ».

« bien sûr je me rappelle !

j’avais tout acheté ! ».

Le noeud est bien serré.

On aurait dit une sirène avec des petites coupures : un grand choc qui réveille toutes les horreurs du monde,

« cette fois c’est pour de vrai ! »

Des larmes pleins les yeux.

« c’était déjà demain et le camion benne partait !

comme tu me souriais mon bel amour ; une bougie qui enflammait juste sous l’épaule, des rubans de vie mouillés piqués un peu partout.

« emmène-moi voir le soleil… »

Ce rêve insensé, c’était toi qui réclamais,« fais-le si tu m’aimes »

on allait y arriver,

Une erreur dosée assemble l’aube passée au rouge : tu n’en es pas revenue, après tu t’étais évanouie

« un instant j’y suis presque » à faire palpiter le coeur, deux fois dessus une fois derrière, dans tous les sens, je l’ai senti passer.

Ta baudruche dégonflée.

avant que la nuit soit terminée, je n’oublierai jamais »

paragraphe de confort visuel
Mercredi 8 novembre 2006
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