Le troll est un monstre qui bat la cybercampagne en quête de temple à profaner. C’est un monstre errant. Il émerge à peine de l’état de foule de laquelle il a conservé le pouvoir d’être tout seul plusieurs, à la fois monstre et tribu, comme l’enseignent les nombreux récits de raids. Le troll est globalement considéré comme un analphabète, une créature incapable d’évoluer hors de sa condition de troll. Le troll voyage armé (l’injure), car il tire son sentiment d’existence de l’agression. Nos démiurges pensent qu’il y aurait comme une ratée dans l’incarnation, l’âme du troll ne parvient pas à reposer sereinement en lui.
En soi ma conduite n’avait pas été celle d’un troll, pourtant il y avait bien quelque chose comme une injure non pas dans le message, mais dans la fausse identité. En cela je partageais avec le troll quelque chose : l’instabilité. Pour cesser d’être un monstre, il fallait réussir à exister de par soi-même mais ça se passait pas tout seul parce que de moi à mon pseudo, il y avait une déformation : devenir un commentateur civil, c’était accepter qu’on se fasse soi-même en faux mais pour de vrai. On disait d’un troll qu’il était un troll, on lui retirait sa condition de personne pour en faire un personnage, un sale con de personnage, on pensait « sale con » mais ce qui transitait c’était « ton personnage est pourri », ce qui voulait dire « tu n’es pas une personne réelle ». Et effectivement il n’avait rien d’une personne.
On repére fréquement un troll par un nom de guerre (mais pas toujours, il existe aussi des trolls intelligents) du type « sodomisator » (restez calmes, celui-là est empaillé). Nom qui nous donne à la fois une identité et une fonction, le commentaire ensuite constituant une application possible de cette fonction (la fonction : »je vais te niquer la gueule »). Un personnage-programme, c’est-à-dire le personnage le plus artificiel, le plus mécanique, le plus prisonnier, enchaîné dans un seul mode d’existence, tuer.
A sa manière, le troll était congénère du Coyote, de Rôminet, des Monstroplantes, ce qui laissait une question : mais pourquoi est-il si méchant ?