farfelurettes

Sagesse des anciens

- Grand-mère, je m’ennuie, je sais pas quoi faire !
- Ah oui ? Eh bien coupe ta tête et fais la rouler.
Ah, combien de fois cette réponse lui fut-elle infligée. Il repartait toujours le dépit au cœur, et puis la curiosité, et puis la revanche aussi. Comme il aurait aimé, une fois, rien qu’une fois, là tout d’un coup pouvoir ôter sa tête à lui pour voir sa tête à elle et juste là comme dans le couloir qui menait à la cuisine :
« Brrrrrrrrrr… »
- Mamie, j’ai réussi ! J’ai réussi mais je fais quoi maintenant ?
La jubilation était immense jusque ce qu’il entendit :
- Mange ta main, garde l’autre pour demain !

paragraphe de confort visuel
Dimanche 11 décembre 2005

amour déraciné

Enfin je sors, enfin je vais la retrouver. L’impatience qui tournaillait en moi comme un fauve en cage se libère, j’ai toutes les peines du monde à me retenir de courir. Les bras chargés de nouveaux vêtements pour elle, pour elle comme chaque fois, j’avale à voraces enjambées la distance qui me sépare d’elle. Je sais qu’elle m’attend déjà. Elle est toujours déjà là avant moi et je suis maintenant en avance à chaque fois d’une heure sur notre rendez-vous. Je sais que je vais la retrouver dans un état pitoyable ; elle n’aura pas quitté, depuis, les derniers habits que je lui aie offerts, ils seront sales, battus de pluies, maculés de boue, froissés des innombrables mains qui se seront posées sur elle, et certainement aussi elle sera tâchée d’urine. Elle accepte tout de tout le monde, ça m’est un mystère, mais ça ne m’affecte pas ; je l’aime, je l’aime !
J’arrive. Elle est là. Elle m’accueille. Elle est toute dépenaillée, comme toujours. Comme toujours, je n’attends pas, je sors les frusques neuves des sacs en papier et comme ça en pleine rue, je la déshabille, sous les regards offensés des gens autours qui cherchent à nous marquer de leur mépris. Moi je leur souris, avec elle je suis invincible. Je couvre sa nudité d’une nouvelle jupe, longue, chaude, d’une belle couleur profonde, puis d’une chemise, d’un pull, dans ma précipitation, les vêtements se déchirent un peu, aucune importance. Comme moi, je sais qu’elle s’en fout, nous sommes ensemble. Enfin je la serre dans mes bras pour la réchauffer tout à fait.
Un homme alors s’approche, vieux, râblé, l’air circonspect :
- Monsieur, dit-il, mais qu’est-ce que vous faites enfin ?
Je me retourne, radieux :
- Moi ? Mais vous ne le voyez pas ? J’habille ma fiancée pour la noce !
Il me regarde avec insistance. Je sens qu’il retient ce qu’il pense véritablement. Il la regarde et puis moi encore :
- Monsieur… vous n’y êtes pas du tout, non seulement c’est un arbre mais, mais c’est un arbre mâle !
Je la regarde interloqué : mince, un arbre travelo.
Faut toujours que je me plante à un moment..

paragraphe de confort visuel
Mardi 13 décembre 2005

faux et usage de faux

(dédié à Anne Archet)

Un type bizarre me fait signe de la tête. Faut-il que je sois bien naïf, je le suis. On se retrouve à l’angle d’une ruelle qui mène vers la rue S***. L’inconnu se penche légèrement vers moi en entrebâillant sans manteau. Il me dit :
- Tu me croiras jamais, j’ai un authentique faux Anne Archet !
- Quoi ?
- Eh ben écoute, tu vas le lire, et tu me diras après s’il te donne pas l’impression immédiate que c’est parfaitement un faux. Un vrai. Tiens :

« Dans ce bureau où je n’ai jamais mis les pieds, je reste immobile pendant de longues heures.
Pour une unique raison.
De l’autre côté de la rue, à travers une longue baie vitrée, une femme m’observe.
Et plus je reste immobile, plus elle m’observe. Elle attend, j’imagine que j’esquisse le moindre geste
Je ne fais rien.
Mon immobilité la dérange, mon immobilité l’obsède, lui est une hypnose.
Elle ne cesse pas de vérifier la continuité de mon inertie. Plus je reste à ne rien faire, plus elle s’immobilise à me regarder.
Comme si le néant se propageait, se pourrait-il que quelqu’un la regarde aussi ? Depuis le temps que nous ne bougeons plus.
La porte s’ouvre soudainement à grande volée. C’est elle. Furieuse
- Ah ça, non mais vous avez pas fini de rester là ! Rhâ mais vous allez bouger oui !
Je la considère :
- Oui je vais bouger, dis-je
Je me lève et calmement je vais fermer la porte.
- je vais bouger à vous en faire perdre la tête.
Je la saisis par les hanches, je la rapproche de moi, elle écarquille les yeux. Je plonge des lèvres sur elle, une main dans son dos, une main sous sa robe, elle est comme paralysée. Mais dès que ma main se glisse sous la culotte, un doigt sur les lèvres suffit à la faire chuchoter. Elle m’enjoint avec insistance de tenir ma parole. Pour honorer mon serrement, je lui prouve longuement comme je sais tenir ma langue et je joins avec insistance mes doigts dans sa corolle. Elle approuve de tout son corps. Sur le bureau qui chahute, je ne la laisse pas un instant au repos. Mais si je donne la cadence à ses lèvres, à ses lèvres, à son cul, elle a soin de me rendre la transe tout comme elle l’a reçue.
Mon bureau ressemble enfin à quelque chose de décent.
Depuis, nous ne cessons plus de nous regarder, immobiles toute la journée. Celui des deux qui cède devient aussitôt le jouet de l’autre.
On s’amuse bien.
Depuis maintenant deux jours, trois autres personnes nous regardent. »

- Sûr c’est un faux, éhonté même !, je m’écrie
- Epouvantable !
- Scandaleux !
- Abomitroce !
- Pire, le mec qu’a osé faire ça, on devrait, on devrait…
- Bon, vous le prenez ?

Ben ouais, je l’ai pris.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 27 janvier 2006

anticipation

Ça fait un bout déjà que je fais la couleuvre dans ce parc au bord de l’eau. Maintenant j’ai une copine, une vioc. Comme la plupart dans le parc, elle fait la miette aux pigeons. Moi aussi. J’adore. C’est pour ça que je suis là. Pitit pigeon, joli pigeon, pioupiou, pioupioupiou, vient piter la bonne miette. La vioc, elle m’adore, elle dit, « les gens y sentent pas les bonnes bêtes mais vous ah ! ça fait plaisir »… si elle savait…
On jète la poudre à painpain, on cause, elle est complètement tassée la vioc, elle jacte n’importe quoi et après elle y croit, c’est du Nobel… elle se miette du croûton sur les épaules et la tête, bras en croix pour que les rats ailés viennent lui pincer la béquée sur le corps, elle jubile, moi j’épingle en panoramique (un appareil palé à un pote)… cette collection de gueules, c’est de la SF, c’est ça qu’on aurait du mettre sur Voyager.
Pigeon-pigeon, oui, glouglou, aussi… y m’aiment bien les pigeons, et ça me rassure parce qu’y sont pleins, une flopée… que je sens bien qu’un jour ou l’autre ce monde va verser, que sûr ce sera trop tard quand ça va se répandre qu’y a plus assez de que dalle ou trop cher, sauf la dalle qui restera sévère calée au ventre…
Ouh le joli pigeon, viens manger dans ma main.

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Jeudi 9 février 2006

quelques instants de la vie d’un homme

Retard. Marche rapide. Je… aïe une couille étranglée qui fait la sauvette à chaque pas… ah ça glandule, de Aïe ! ça fait mal. Retard quand même. Volonté appliquée à la jambe gauche (qui complote un écart en disgrâce, pour inviter la couille à pendouiller selon sa pente naturelle). Marche, aïe, marche, aïe. Bon c’est intolérable ; je peux tenter une méthode danseuse, m’immobiliser, relever dignement le genoux puis pivoter la jambe sur le côté vers un écart maximum, après je suppose qu’un petit entrechat emmènera délicatement cette figure vers son accomplissement, ou alors, j’ai la parade du singe des cavernes, il suffit de s’enfoncer les mains dans le benne et d’agiter le tout en sautant sur place, parce que la main dans la poche ça se verrait et ça suffirait pas. Voyons… évidemment une jolie brune me suit, ah elle me regarde. Bon.
Jambe aïe jambe aïe jambe aïe…
« Monsieur ?
Neuh…oui ?
Vous savez où est la gare ?
J’y vais.»
Elle m’accompagne. Aïe. Elle a un bandage au bras. Aïe. Elle me sourit d’une manière particulière. Aïe. Je crois que c’est seulement sa façon à elle de sourire. Aïe. Ravissante. Aïe.
On arrive à la gare, on monte sur le quai, on s’arrête. Ça va mieux. On cause. Elle a rendez-vous avec quelqu’un, qui est peut-être déjà parti, elle est en retard, elle aussi. Sa voix électrique provoque des déformations dans ma pensée et dans mon froc. Ça va beaucoup mieux. Elle dit qu’elle était contente d’être en retard.
« Voilà mon train ». Elle pose une main sur mon épaule, me tend la joue. Il arrive, elle monte. Il part…
Mais quel abruti ! c’était mon train aussi. Déprimé, je déambule sur le quai, perdant cette belle vigueur qui m’enchantait plus tôt.
Aïeuh !, j’ai un poil coincé dans la peau du gland, ça tirote. Bon, y a plus personne sur le quai. Je… Aïeaïe ça glandule encore !
Personne…personne…allez, hop ! (ounk ! ounk ! ounk !)… âââh !
Un bruit, je me retourne, silhouette – mais d’où elle sort ? Elle s’approche de moi avec un mépris évident :
- vous n’auriez pas vu ma fille, une jeune femme brune avec un bandage au bras ?

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Jeudi 16 février 2006

le poing est plus près du cerveau que le cerveau

Il me dit quand même, quelle bande d’enculés ces politiques, dès qu’il y a un problème leur première réaction, c’est d’envoyer les flics, alors bien sûr ça cogne, mais c’est jamais ça qui arrange les choses ! Faut vraiment qu’i’ soient cons !
Après il allume la radio. Ça grésille. Il jure et il balance une mandale dans l’appareil. Le son s’éclaircit. Il me sourit, il commente eh ben voilà ! ch’ais pas pourquoi, elle veut sa baffe, après elle est gentille pendant une heure…
Je reste pensif, après je dis et ta femme, ça va ?
Ouais, ça va mieux, on a beaucoup gueulé, maintenant on cause, c’est mieux, on comprend des trucs…

Le bon vieux Asimov s’est planté ; la violence n’est pas le dernier refuge de l’incompétence, la violence est le premier recours de la contrariété, le dernier refuge de l’incompétence, c’est la réflexion.

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Samedi 25 février 2006

jeu de bar

(matériel requis : un pote, deux verres, un dé) :

- ok, je lance… (secouant le dé dans la main), alors je lance à 4, « à 4, ta copine fait des cris de mouettes quand tu la niques »… 1, 6, 2, 3, 1, 1 = 5 ! Haha !
- Salaud ! A moi, (frottant d’une main le dé sur la cuisse), à 5 donc… « à 5… t’as les oreilles qui te pondent des glottes dans la cervelle !»
- Ah, c’est dégueulââsse !
- Héhé… 3, 5, 4, 2, 4 = 3, Merde !
- Ouf !
- Bon, alors à 6 (frottant le dé à deux mains en soufflant avec rage), « à 6, t’as l’œil gauche qui sent l’ail quand tu rigoles ! »
- Hoho ! salopard !
- Hahaha ! ……5, 3, 5, 2, 4, 5 = 6 !… 6 ! Ouais ! je l’ai fait ! Haha !
- ‘foiré ! putain à 6 (soufflant lubriquement sur le dé), « à 6… euh, euh, à 6… t’as des tétons à la place des dents ! »
- (grimaçant) euââh, c’est dégueulissime.
- A 6, à 6 (bécotant le six) alléééééz !
- (tendant les mains au-dessus) Pas 6 ! Pas 6 ! Pas 6 !
- 1, 2, 3, 4, 5, 6, = 2 ! Merd’deux !
- Ahâââ ! j’ai deux manches, t’as paumé ! hinhinhin !
- Ok, d’accord, t’as gagné… je te maudis, que ta langue rétrécisse, que des doigts de bébé te poussent au creux du bras, que le mou de tes pieds se gorge d’eau et suinte !
- Ah mais arrête, eh, j’ai gagné, allez commande.
- Que ta chair peluche et noircisse au contact… patron !
- Ouais ?
- Une autre ! elle est pour moi !
- Encore ? mais c’est la troisième, tu vas finir par faire la léchouille à Fanny !
- Ben ouais, je dois être amoureux
- Voilà les gars…
- Mercis.
- « A 4, quand tu suçoteras le cul de la fanny, t’imagineras qu’y a mon doigt qui sort ! »
- Beuâââh, ah non, je joue plus !
- Haha, à 4. 4, 6, 4, 5, 4 =…, ah merde, il est tombé.

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Dimanche 26 mars 2006

ce que le vampire dit au soleil (perfidie)

Cela faisait fort peu de temps que j’avais perdu mon exécration de la lumière, mais aussi, pour m’être tardivement laissé apprivoiser, j’en goûtais nouvellement un abandon des plus sensibles.
Les pieds en lisière de l’onde chaleureuse, je me tenais d’abord comme un baigneur qui craint l’eau, trempant timidement mes membres, me frottant la nuque, entrant furtivement dans la traîne des vagues rayonnantes, m’ébrouant au frisson de la brûlure, glissant finalement, lentement, tout entier dans le flot irradiant… il me suffisait de rester là, profitant du soleil qui sait si bien enlacer qu’on en oublie les caresses humaines.
Qu’il était doux le parc de l’escabelle, en ce printemps encore enfantin qui étendait ses premières passions par bouffées érubescentes, qui promettait toutes les folies après les pudeurs de l’hiver. L’air plein d’une chaleur légère qui s’emmitouflait dans mon pull, me donnait délice d’un vent doux comme un chuchotement, où le secret du plaisir dut être prononcé, car je m’étendis ensuite sur la pierre comme un lézard, choyé par le soleil, dorloté par le vent, si bienheureux de mon sort qu’avec le sourire s’épanouissant sur le visage me vint question de savoir si je pouvais éprouver une joie supérieur encore.
La perfidie qui resplendit dans mon sourire m’assura que oui.
Il suffisait simplement d’imaginer une longue banquise, où l’hiver fait la taille du ciel, où le froid vous mord jusqu’à l’os des fesses, il suffisait de se susurrer très doucement « Canada » pour fleurir tout à fait : l’idée de tous ces braves gens qui endurent des climats contraires, cryosphinctés, stalacticogercés, éprouvant le syndrome bien connu de pépino les glaglas, pour dire les choses simplement et sans aucune mauvaise foi.
Ah qu’il faisait doux !
Mais ne croyez pas, lecteur, que je demeurasse insensible à l’injustice de ce monde, car je me fis quelques réflexions… et cédant à l’argument qu’on honore moins un dépourvu en boudant son plaisir, parce qu’à notre place il ne se poserait pas de question, je défis la ceinture de mon pantalon puis, étirant ma langueur comme eut fait un chat, je présentai au soleil tout le velouté de mon petit cul.
M’exclamant: ah comme il fait bon!, que la bise revenant du sud me frise galamment la rondelle! Mettrai-je un poing ici ou un doigt là ? Les deux ! Les deux mon coeur ! Ce ciel nous est tendre et je suis amoureux !

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Mardi 4 avril 2006

à moi la gloire (sauve qui peut)

Sur la table je regarde ses mains. Je suis épouvanté d’attendrissement au rose de ses paumes. Je relève la tête, le noir de ses yeux est si intense que j’en éprouve un goût de sucre dans la gorge . Akilah. Si désirable devant moi, juste en allongeant le bras, je pourrais lui toucher la joue.
Elle me pose beaucoup de questions, je lui parle de mon site. Elle s’en intrigue. Je m’en étonne, mais elle veut tout savoir. Je lui décris l’idée, son sourire se fait complice Elle aimerait lire. Elle me demande ce qu’en disent mes visiteurs. Je lui avoue qu’ils sont discrets, que ce que j’écris n’incite peut-être pas à la discussion. « ou c’est peut-être que tu les impressionnes », elle dit (elle ose !) d’une voix enjôleuse qui susurre moins le compliment que la provocation désirante. Je m’apprête à abuser de son audace quand à la table d’à côté éclate :
- Acides foriques ? mais bien sûr je connais ! attends, hé, j’ai lu ! : le vrai nom c’est Basique Foireux !
- Haha ! et l’auteur c’est Ami-crotte !
- Hahaha !

Akilah…
si désirable de dos, moi, juste en repliant le bras, je peux me toucher la joue.

Je vais vous paraître d’une modestie extraordinaire, mais je ne suis pas allé saluer mon public.

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Vendredi 12 mai 2006

rêve de vieux

pince-moi, je bande !

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Lundi 3 juillet 2006
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