kiosque philosophique

la quête et le héros (temps moderne)

Et pour quelle raison ?

je décide maintenant que je vais traverser la rue

paragraphe de confort visuel
Lundi 27 mars 2006

carré logique de la haine

Enfilons nos blouses et passons au labo pour une courte expérience.
Alors, nous y voilà. Pour vous exposer simplement cette expérience, j’utilise deux individus extraits de la race humaine. Deux individus parfaitement représentatifs de leurs congénères, autant dire deux bons idiots, dont, si vous permettez, je serais le premier, et vous le second.

L’expérience débute fort habituellement par un lâché des sujets dans un environnement choisi :
Etape 1 : promenons-nous dans les bois.
Au bout d’un temps, court car nous avons circonscrit la scène, les deux individus se rencontrent :
Etape 2 : mais, mais, mais c’est qui lui ?
Nos deux humains sont face à face, comment vont-ils réagir ?
A priori, ils ont le choix mais aussi un cortex, cela signifie qu’ils anticipent. S’ils anticipent, c’est pour augmenter leurs chances de sauvegarde. L’éventail d’attitudes possibles est contenu entre sympathie et antipathie (version racine du couple amour/haine), qu’en est-il ?

Ecoutons le sujet n°1 : « bon, y a un autre, je peux essayer de l’aimer, et sûr c’est mieux, plus durable, plus porteur… oui mais, si lui décide de me haïr, alors j’avance, j’ouvre les bras et je prends une mornifle, pas bon ça… tandis que si je le hais d’emblée, soit il m’aime et j’ai l’avantage, soit il me hait, on reste à égalité. La haine, c’est plus sûr pour nous deux. »

Attrapons le sujet, isolons le et donnons lui du pentothal :
« aïe… ah…aâââh… Serait-ce l’existence de ce calcul qui m’enchaîne à une micro-hostilité par défaut, toujours présente mais jamais déclarée, celle qui m’anime dès que dans mon paysage, je vois un autre dont l’action m’est non pas étrange mais incompréhensible, un autre dont je me dis spontanément « mais c’est qui ce taré ? », parce que tout ce que je ne comprends pas, je l’interprète spontanément comme un danger et je le condamne… est-ce pour ça que je dis parfois « ah lala, les nénettes ! »… ou souvent « mais que je suis con alors ! » ?

Bon, le sujet n°1 paraît hors d’usage, passons donc au suivant

Sujet n°2 : « j’ai trouvé des fraises des bois, glop, slurp, c’est bon les fraises des bois, pourquoi il est parti en courant, l’autre ? »

Vous le faites tout à fait exprès n’est-ce pas ? Juste pour tout faire foirer, ah vraiment !
Mais comment vous voulez que je conclue là ? (et d’abord je courais pas).
Quoi ? Certainement pas.
Non plus.
Non. Je dis que le sujet n°2, il cause comme un nain bleu à bonnet blanc. Voilà.
Déloyal ?, c’est possible, mais ça signifie quand même que l’un d’entre vous, ou l’une, porte en ce moment même une culotte rouge .

C’est une découverte qui valait bien un billet.

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Dimanche 23 avril 2006

jouons un peu avec René

« je pense donc je suis », ça faisait longtemps que je n’y avais pas pensé.
voyons
l’interprétation courante s’illustre bien à travers une décomposition mathématique (normal c’est rationnel) :
le « donc » pose une implication, dans le sens de la lecture disons une égalité
je pense = je suis (ou comme il disait ailleurs « je pense, j’existe ! » clapclapclap !)
les multiples « je » ne modifient pas l’équation, on peut donc les retirer, ce qui donne en langage courant :
pense : suis
L’acte de penser révèle l’existence.

Ça a l’air super

Seulement,
Quelle assurance avons-nous que le « je » de « je pense » soit bien le même que le « je » de « je suis » ?
Comparons ces assertions :
- Je pense
- Je vole !
- J’ai faim
- Je meurs (les gourmets ajouteront « hélas » avant « je », et « me » après).

Ça sonne pas pareil, vous en conviendrez
La révélation s’accomplit toute seule avec « j’ai faim », on sent bien que « j’ai faim = je suis », mais est-ce que « j’ai faim = je pense » ? Prenons « je vole » : c’est un acte de pensée équivalent à « je pense », puisque pour dire « je vole », il faut pouvoir dire « je pense que je vole ». Mais lorsque je vole, si je me dis « je vole ! », c’est certainement que je n’y crois pas : quel genre d’existence est-ce là ? A l’inverse, je ne me dis jamais « je cours » quand je cours ; est-ce que pour autant je n’existe plus ? Il existe de fortes variabilités dans nos façons de révéler notre existence, décalage suffisant pour dire : Je (pense) différent de Je (suis). Il ne s’agit plus d’une équivalence donc je retire le « donc ».

Voilà. Tout vient de se casser la gueule (ah je suis maladroit). Bon, je sors une balance.

D’un côté, j’ai « je pense » , clonk !
lorsque je pense, je ne me dis jamais « je pense » : penser, comme courir, c’est un acte. Ils sont exclusifs. Penser, courir ; c’est quand j’ai terminé que je peux prendre conscience de ce que j’ai fait. Je me rends compte que j’existe, oui mais toujours trop tard : mon existence , c’est déjà du passé, autant dire plus rien. Ou alors je considère une déclaration (telle par exemple que les incrédules parmi vous aimeraient m‘adresser) : « je pense que tu dis rien que des conneries ». Effectivement, on sent bien une existence immédiate cette fois, mais l’intensité de pensée atteinte en discussion étant bien plus superficielle, il devient contradictoire que notre existence se manifeste par notre superficialité tandis qu’on aime au contraire à se penser selon notre moi le plus profond.
Dans chaque cas, il y a pourtant bien pensée. C’est le « je » qui adopte un comportement étrange, aussi je le noterais : (je ?).

De l’autre côté : « je suis » clonk !
Lorsque je dis : « je suis », il semble bien que la déclaration soit performative : simplement en disant « je suis » : je suis. Seul un être existant peut dire « je » (réservons pour une autre étude les personnages de fictions ou les machines vocales, ils constituent des simulacres que nous élucidons sans peine, cela dit, c’est vrai que les frontières ne sont pas nettes). Le « je » de « je suis » est beaucoup plus stable. Quel que soit son emploi, il désigne exactement ce que l’on attend de lui, à tel point même que « suis » est redondant, puisque lorsqu’on a dit « je », il est bien entendu que l’on a déclaré une existence. Je retire « suis ».

L’aiguille indique : (je ?) pense, je

L’existence (je) se trouve aux deux extrémités de la formule. Entre les deux, la pensée fonctionne comme un transformateur qui convertit une entité incompréhensible « (je ?) » à la racine de notre être, en entité manipulable et identifiable « je ».

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Mercredi 10 mai 2006

poésie

le jour se lève

c’est un nouveau monde qui commence

bof

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Samedi 27 mai 2006

jouons avec René 2

Finalement je me levai, l’esprit entouré de cette curieuse vase oxygénée, dont les bulles provoquent des remouds qui me semblait le spectacle inversée de la chute d’un corps dans l’eau : les bulles semblaient ascentionnelles mais en vérité leur intention était de m’enfoncer car l’air qu’elles convoyaient était celui du sommeil, comme si pour me piéger il tentait de m’éveiller à l’inconscience en provoquant dans leur éclatement de zones d’effondrement. Seulement rien n’y faisait, je demeurais en lisière aliéné par mes divagations.

Je me levai, donc. Titubant dans le brouillard épiphytique, j’allai jusqu’à mon grand coffre à diableries, j’en soulevai le couvercle et saisis mon René. Quel étrange idéal me pinaillait soudain ?, je me rendis à la cuisine, je me munis d’une cuillère, d’une cassserole pleine d’eau et d’un yahourt. Je pris la cuillère, mis le casserole au feu et je mangeais mon yahourt, songeant qu’il y avait peut-être là quelques secrets alchimiques, que faire la pesée des éléments n’était qu’une étape préparatoire, j’effectuais maintenant la première véritable opération.
Je plongeai mon René dans l’eau bouillante (il hurla bien sûr). L’eau reprit bien vite son frémissement et il ne fallut pas davantage que le temps d’échauder une tomate pour que soudain, j’en étais sûr !, un corps se détachât de René. Je retirai la casserole pour égoutter les corps et je fis cette découverte :
La Pensée venait de se détacher du corps de René (qui avait rétréci), si bien que la célèbre formule n’était plus que : « je suis donc je suis ». Magnifique tautologie qui disait tout, tout en ne disant rien et pourtant qui paraissait un peu indépassable. La Pensée gisait juste à côté, inerte car ce n’était rien d’autre qu’une étiquette, un label, celui de la philosophie venue planter son drapeau sur l’humain pour en faire une créature philosophique. « je pense donc je suis » de toute évidence était une tentative d’annexion du monde par la pensée.
Mais de tout évidence, le champs de l’existence était plus large que celui de la pensée, ils n’étaient pas alignés. On pouvait donc logiquement trouver « je ne pense pas donc je suis, » et « je pense donc je ne suis pas » et même bien d’autres choses. Au fond de tout cela résidait au moins une inconnue ou une Inconnue. Je ne pouvais pas en rester là, malgré l’heure tardive de la nuit, je sortis dans mon jardin pour attraper mon Kant qui courait dans l’herbe. Il y avait du noumène c’était sûr. Je ne me laisserai pas faire, j’avais des tours contre ce genre de luron. Parce que je ne croyais pas non plus que le noumène pût être un absolu, mettre en évidence juste un morceau, ça devait être possible. Je sortis ma rape (il hurla) et on dira ce qu’on veut mais raper du Kant à cinq heure du mat’, c’est quand même courageux. Je recueillis les copeaux que je jetai dans un bol, résolvant que tenter de rendre discernable pour la pensée quelque chose qui par définition lui échappe, ce n’était rien d’autre que mélanger des corps contraires, je versai de l’huile, je versai du vinaigre, je touillai vigoureusement (il gémit copieusement et c’est beau le cri du noumène quand l’étoile du matin lance comme une promesse l’éclaircie de ses premiers feux… et, et franchement je me serais bien bouffé une laitue). Enfin, je goûtai, si ce que je concevais était juste, le noumène (indiscernable de la pensée) aurait un goût (discernable des sens) qui provoquerait une pensée (discernable de la pensée) : ce que je ressentis me stupéfia, c’était tout chaud, délicieux et familier. Je courus chercher un dictionnaire, en le consultant je m’écriai « Mais bien sûr, le sens était là, mais comme toujours, il s’était retourné pour se cacher ! Ah maudits Québécois ! ».

Car tel était le goût du nouMène, qu’indubitablement il camouflait « nouNème », de « noune » (chatte en québec.) plus « ème » (comme phonème), qui signifiait :
plus petite partie signifiante de la chatte.

Tout était donc là
physique kantique, c’est rien qu’une expression pour désigner le cops féminin et son mystère.

Mais quel était-il ce nounème ?, voilà ce que je ne parvenais toujours pas à me figurer

 

 

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Samedi 8 juillet 2006

le sexe fait tourner le monde

Ah, la belle évidence ! La vérité de ce principe s’entend partout car c’est bien l’unique préoccupation valable, en définitive. Il n’y a que les gens grincheux, mal nés ou idiots pour juger primordiales d’autres activités. Faut-il qu’ils aient perdu le sens de la vie ? Dans quels sentiers tortueux leurs esprits les ont égarés, c’est un bien grand mystère. On a bien raison de les déconsidérer, de s’en tenir éloigner ; ces gens-là refusent la vie, ce serait bien du temps perdu de leur accorder la moindre attention. Comment font-ils d’ailleurs ? C’est tout à fait incroyable quand on pense aux moyens que déploie notre société pour nous indiquer toujours et de la meilleure manière comme il convient de rester attentifs, désirants. Enfin, n’est-ce pas l’unique sujet des magasines, le grand thème de toute émission télévisuelle qui se respecte ? Ne voit-on point partout sur les murs de nos brillantes cités ces splendides affiches conçues de mains expertes et professionnelles nous exposer, même pourrait-on dire jusqu’à l’excès (mais il vaut mieux trop que pas assez, n’est-ce pas ?), les plus fins parangons de la beauté ? De sorte que tout est dit, il ne nous reste plus qu’à les suivre, c’est enfantin! N’est-il pas très vrai que l’ensemble soit si bien conçu qu’il paraît impossible d’y échapper ?
Vraiment, il faut croire que ceux qui s’y refusent ne mettent que de la mauvaise volonté, du vice même dirais-je. Un tel comportement doit nécessairement dissimuler quelques maladies du cerveau car nulle personne sensée n’aime à se faire ainsi détester de tous. Il serait peut-être bon qu’un service spécialisé les prenne en charge. Car non seulement, il apparaît évident qu’ils soient porteurs de déviances mentales, mais celles-ci sont transmissibles : on observe en effet ce triste phénomène se reproduire de génération en génération. Il suffit d’ailleurs de considérer le sujet avec un peu d’attention pour que son origine s’éclaire (car nous avons du coeur contrairement à eux et nous sommes capables de tenir un instant nos désirs pour évaluer les leurs) : ne voit-on pas qu’il s’agit toujours de miséreux ? C’est assez extraordinaire, ce sont toujours les pauvres.
Toujours. Ne croyez pas pourtant que la chose soit neuve (je sais le prestige un peu outrepassé dont se targue la sociologie de nos jours, mais elle est tout à fait inutile à notre propos) : plongez vous dans l’histoire, vous constaterez que le phénomène est récurrent : les pauvres ont toujours posé problème, ils n’ont jamais su comprendre les bienfaits de la vie, Zola l’explique très bien, avec par surcroît cette ironie si savoureuse qui enchante nos salons (il est des fines gueules qui lui préfère Steinbeck, ma foi, il faut bien reconnaître qu’il ne manque pas d’une cocasserie toute anglo-saxone pour qui sait percevoir les finesses aiguisées de cette langue). Comme vous l’inférez très justement, ce n’est pas circonscrit à la France : les pauvres du monde entier sont tous les mêmes, ils ne savent pas vivre. Interrogez un Ethiopien sur le cunnilingus, une Bulgare sur la fellation vous verrez comme ils s’offusquent avec cette maladresse qui force le soupir (je précise pour être exact que nos deux sujets sont pourtant extraits de l’élite des pauvres, ne cherchez pas à rencontrer les autres, leurs moeurs sont si sauvages que vous vous mettriez en danger).

L’unique solution opératoire que nous avons pu mettre en place pour les éveiller au plaisir (et c’est dire s’ils sont déprimants), c’est la prostitution. Et n’est-il pas bien exact qu’au lieu de nous remercier, ils se plaignent encore ? Les ingrats ; on leur offre sur un plateau de quoi s’abandonner au plaisir tout en gagnant leur pitance, on leur offre en plus une occasion, que dis-je, l’immense privilège de goûter l’influence bénéfique d’une compagnie élevée, ils rechignent encore.

Et savez-vous cher lecteur, délicate lectrice pour quelle odieuse raison ces misérables dédaignent la joie de vivre ? Plutôt que se livrer à l’amour, ils sont prêts à se lancer dans tous les crimes et les plus vils, mais non seulement des crimes mais proposez leur une guerre, ils accourrent non moins vitement que des hyènes sur une charogne.
Et pourquoi ?

Parce qu’ils veulent manger.

Les gueux !

Enfin, quoi, nous aimons manger, nous aussi, nous n’en faisons pas un plat pour autant. Croirez-vous qu’ils comprennent notre générosité ? Nenni, nenni, mademoiselle, ne vous faites point d’illusion, nous avons poussé notre soucis de la commisération et de l’exemplarité jusqu’à déplacer nos repas au moment du journal télévisé : ils n’en ont aucun soucis. Ils n’aspirent qu’à travailler durement toute leur existence dans l’unique but de se remplir la panse.

Mais qu’ils sont donc répugnants ces pauvres.

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Samedi 26 août 2006

le bon, la bête et le truand

- Pinpon ? (c’est Frimousse qui m’appelle comme ça maintenant, c’est à cause que… bôf, et puis non)

- Oui, mon amour (que je lui réponds depuis la cuisine)

C’est tout.

Ça lui a pris il y a un moment déjà. La première fois, j’en ai eu comme un passage à vide, le temps de comprendre, j’en ai pris un silence intérieur qui m’est toutjours resté. Comme ça, de temps en temps, elle m’appelle pour rien. Elle m’appelle, je lui réponds, ça suffit. Sa seule inquiétude est que je sois là, elle ne demande rien ensuite. Ça m’a tellement saisi. On croirait vite que c’est juste un moment qui ne mérite pas d’attention, flottant dans le courrant des choses insignifiantes, trop léger, trop passable… c’est là que ça me touche le plus. Son appel, il se donne pour rien, il n’envahit pas comme l’avalanche brûlante d’une bouffée passionnelle. Il se cache, mais c’est pour mieux dire, par timidité, par sensibilité, il se cache derrière le voile le plus ténu, « l’air de rien », parce qu’il ne veut pas envahir, il veut juste être là, partout, tout autour, sans troubler. Il ne veut pas être exceptionnel, il veut être naturel, invisible, enveloppant. La première fois, après un instant de surprise, il a fallu que je me lève pour aller l’embrasser. Comme un cadeau ça m’a fait.

Evidemment au bout d’un moment j’ai appris qu’à la place de « oui, mon amour », je pouvais répondre « mmouaiaias ? ». Que d’abord j’entendais bien dans son silence qu’elle était surprise et vexée, mais qu’il suffisait d’attendre un peu après pour qu’elle vienne, avec sur la bouille la moue d’une première colère, qu’il suffisait d’attendre pour l’avoir tout près, toute entière, pour pouvoir l’étreindre, la couvrir de baisés, et puis de caresses, et, et puis des trucs et d’autres trucs, que ça lui fait dire, mais seulement au début, que je suis rien qu’un affreux glouton en peau de mec

A son tour, elle a compris que j’en profitais à chaque fois pour lui tendre une frimoussière . Alors, ça a un peu changé maintenant, quand elle m’appelle, si je réponds « Mmmouaiaias ? », on s’entend tous les deux sourire dans notre coin, on sait de quoi il en retourne, c’est à celui qui réussira à faire bouger l’autre pour le choper. Toutes les audaces sont p…

- PINPON !

Ah, on dirait autre c’est autre chose, ce coup-ci. Je quitte la cuisine, je la trouve dans le coin bureau. Elle fixe sur l’écran du pc une page toute bleue avec une photo de quai la nuit et des titres en jaune. Ouh, elle est colère-colère.

- Qu’est-ce que je lis, là ?, qu’elle me jette

- Euh, attends voir… « lettre au femme (6) »… ah, tiens tu lis mes trucs, toi ? (ahem)

- Ben évidemment, tu crois quand même pas que je vais te laisser gambader sans surveillance, et je suis pas déçue : alors c’est ça que tu écris dans mon dos ? Attends, tu veux que je te cite ?

- Nan, nan, ça va, je m’en souviens… mais enfin, tu vois bien que c’est de l’outrecuidance…

- Vraiment ? Alors ça veut dire que tu te sers de ton site pour draguer, c’est du joli, et c’est qui cette Frimousse qui t’as adressé un message, hein ?

- Euh, quoi, c’était pas toi ?… mais alors je sais pas, je sais pas du tout, c’est un farceur, voilà, un farceur qu’à tout fait rien qu’à sa fantaisie !

- …mmhm ?… « c’est en vous dénigrant que je vous fais femme »…, tu crois que je vais le prendre comment ?

- Bah, comme tu es une femme, tu n’as qu’à assumer comme d’habitude…

- Quoi ?

- Ecoute, si l’usage, c’est de complimenter les hommes et de rabaisser les femmes, ça veut bien dire que ce sont les hommes qui manquent de valeur à la base.

- Vil flagorneur ! Tu dis ça pour te débiner ! Gros lâche !

- … euh bon, d’accord, je vais te dire : ce que je crois c’est que le désir ne se préoccupe jamais de vérité ou de moralité. Franchement, Frimousse, maudis le jour où les hommes n’auront plus l’envie de dire du mal des femmes, ce sera le signe qu’ils sont devenus indifférents. Tu devrais me remercier de savoir prendre cette juste hauteur sur toi.

- Ah ouais ? Ah ouais !… et ben moi je vais te dire : quand on est nul à la bagarre et chatouilleux, on devrait jamais quitter une prudence élémentaire. Tu vas voir comment tu vas la couiner ta grandeur quand je t’aurais coincé entre mes cuisses !

(Bon, là je vous quitte, il faut que je sauve ma vie.)

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Samedi 14 octobre 2006

de l’infinie tristesse de l’homme

En parcourant des blogs de filles, j’ai relevé que les hommes avaient, semble-t-il, une certaine tendance à fantasmer. C’était en particulier l’une des remarques inscrites par une nana qui faisait ses adieux à la sphère « la facilité avec laquelle les hommes s’amourachent », si je me souviens. Il y a de quoi sourire parce que la plupart du temps, la fille oublie de préciser qu’elle a un peu tout fait pour cela (d’une façon ou d’une autre elle cherchait à plaire). Ça rejoint une autre partie du discours féminin, celle qui déclare « c’est trop facile de séduire les hommes ». Ce propos qui atteint un degré de vérité propre au dicton camoufle mal à mon sens une ignorance de la nature masculine, une ignorance de la séduction.

S’il est en général facile pour une fille de séduire, ça tient pour beaucoup au fait que l’homme est spontanément demandeur, que le charme d’une femme n’existe pas dans cette femme (sans quoi toutes les femmes seraient lesbiennes), il existe dans la conscience de l’autre, il est projeté (la femme est responsable de l’animation qu’elle donne à cette projection). Il suffit de se remémorer ces moments où pour une raison ou une autre, on (les hommes) vit en état de « neutralité » (pas de désir particulier d’une femme) pour que toute leur animation nous paraisse ridicule. Le dicton serait davantage « c’est trop facile de séduire un homme qui veut être séduit ». Et les hommes la plupart du temps veulent être séduits. Tout simplement parce cela n’arrive presque jamais : tout se passe comme si l’homme était naturellement clické en « oui » et la femme en « non ». Cette répartition bien connue contient un fondamental qui fait racine au fantasme masculin. La pornographie n’a rien à voir avec la fantasmatique masculine, c’est au contraire plutôt son lieu de suppression (pourquoi toute cette mise en scène du dégueulasse ?). Les hommes font très bien la différence : sortant d’un film X on ne garde pas de souvenirs particuliers. Au contraire on oublie. Il n’y a pas de projection qui alimenterait une construction narrative. La branlette consommée sur un porno est l’équivalent érotique de la saignée. J’ai le sentiment qu’au contraire d’une certaine vision actuelle, rien n’est plus étouffé que le fantasme masculin, pour la raison simple que le fantasme est associé à des valeurs féminines (rêves, sensibilité…), que les hommes ont tellement intériorisé les interdits verrouillés par « la virilité » qu’ils ne sont plus capables de s’abandonner. Vous dirais-je qu’ayant réfléchi aux choses de l’amour, je ne considère pas le sexe comme la plus haute valeur, mais bien l’affection. Quelle situation serait suffisante pour que je déclare, soudainement, debout, le verre à la main, face à une tablée d’hommes : « Moi ce que je préfère c’est les câlins et les bisous… et maintenant je vais faire pissou ! » sans qu’ils éclatent tous de rire ?

Lorsque l’on observe ces hommes qui fantasment sur les blogs, on trouve fréquement autour d’eux des commentaires de dégradation qui leur rappellent que leur fantasme est d’abord honteux, qu’ils sont minables. Alors que ce sont des rêveurs.

De quoi rêvent-ils ? Dans les postures déterminées par le blog, on peut dégager une représentation propice de la femme. Elle est inaccessible et accessible en même temps : on peut lui parler (elle peut répondre, en générale elle est plutôt accueillante) mais elle n’est pas « touchable » (virtuelle). Comme c’est elle l’auteure du blog, elle en position de domination, les rôles sont inversés. Ce phénomène devient évident lorsqu’on lit des commentaire comme « je suis plus vieux que vous et pourtant je me sens plus petit ». Ce qui fait peut-être pour une part la dégradation de l’homme qui fantasme, c’est qu’on le relie à de l’immaturité, à de la puérilité. Et je crois que l’on a parfaitement raison, car c’est là l’origine. Le posture d’une femme sur un blog est celle de la sublimation.

Si je m’en réfere à mon vécu (et je suppose qu’à ce titre je ne suis pas exceptionnel), le moment de ma vie où j’ai fantasmé une fille au point de me sentir inférieur, envahi, dévasté, c’est l’adolescence, c’est le temps de mon premier amour. Cette première fois où mangé par la timidité, l’intensité de ce que j’entreprennais, étourdi par les battements de mon coeur, j’allais à grand peine chuchoter la fragilité du motif qui m’amenait, et me faire assez rapidement éconduire. Cette émotion que j’ai perdue depuis, comme j’ai acquis que ce n’est pas le meilleure manière de séduire une femme, parce que la distribution des rôles donnent aux hommes celui de la conquête. Les femmes continuaient d’aimer de la manière que moi j’avais du abandonner. Il y avait une perte cruelle, car être dans la conquête, ce n’est pas être dans l’amour, c’est conduire l’autre dans l’amour (se-duction).

Les hommes vivent dans la douleur secrète d’une séparation, qui redouble la séparation biologique (le sens de la vie au niveau animal, c’est donner la vie, les hommes ne donnent pas la vie). Les hommes vivent dans les conditions d’un double échec, biologique et sentimental. La virilité, c’est peut-être le rempart (nocif) qui leur permet de croire qu’ils valent quand même quelque chose. Les hommes qui fantasment sur les blogs, je crois, recherchent une fusion que la vie leur refuse.

l’homme est une créature fracturée.

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Mercredi 15 novembre 2006

de l’immense espoir des femmes

Autant l’homme est rejeté hors du monde de l’amour, autant la femme y est maintenue prisonnière. Ce que l’on attend d’une femme, c’est qu’elle agisse par amour, dès qu’elle s’éloigne de ce principe elle risque l’insulte. En cela on la contraint dans une relation de dépendance, on lui interdit d’adopter une conduite stratégique. L’ambigüité mariage/ prostitution légale provient en partie de ce « barrage éthique » : la vie n’est pas jouable sans cette stratégie, sans une considération de ses besoins, de ses désirs et des voies praticables pour les combler. En contraignant les femmes à l’amour, on fait de l’amour une conduite stratégique. Une femme qui se marie par intérêt ne fait qu’exprimer l’aboutissement de cette logique. En faisant le compte des possibles pour une femme dans notre monde, stratégiquement le mariage se présente comme un choix très avantageux (pourquoi travailler autant qu’un homme pour gagner moins ?).

On demande aux femmes d’être jolies (mais véritablement cela ressemble plus à un ordre). Tout ce qui fait une femme jolie (dans notre construction culturelle) est très onéreux (maquillage, lingerie, soins, bijoux, etc…), pourtant les femmes sont moins rémunérées. Aussi bien, tant que perdurera cette organisation, inviter une femme au restaurant n’aura pas la pleine valeur d’un cadeau, car simultanément c’est une compensation.

Tout cela concourt à transformer l’amour en possession (par l’argent), ce qui induit des conduites jalouses. Notre représentation mentale des femmes comporte toujours deux cases : la sainte et la pute. Cette division dissimule une tricherie : la sainte n’est qu’une figure louée de la pute (c’est la pute docile, celle qui vit au foyer). En retirant aux femmes la possibilité d’être stratégiques, on les oblige à confondre l’amour avec l’argent (le pouvoir) : on les condamne à l’état de pute.

Le jaloux veut posséder, il croit de cette manière s’assurer l’amour de l’autre alors qu’il le perd : posséder n’est rien, c’est jouir qui fait tout (cette formule est un peu tranchée, je l’admets, elle est quand même bien préférable à celle du jaloux qui prétend le contraire).

Aux hommes, on interdit la tendresse qui est pourtant l’accès le plus simple à un contact fusionnel. L’homme est La créature stratégique, il doit être rude, parce que la vie est rude. Il doit être protecteur. Protéger, c’est faire enceinte contre les agressions extérieures, dans le même geste on emprisonne la personne que l’on protège. Qu’est-ce qui peut protèger les femmes de leurs protecteurs ?

A l’inverse, on contraint les femmes à la tendresse. On les prive du monde en leur faisant croire qu’elles se trouvent au centre.

Dans les deux cas, on détruit ce que l’on espère.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 16 novembre 2006

l’épaisseur des barreaux

Car bien évidemment, ni l’homme, ni la femme ne veulent sortir de leurs états.

Car l’homme revendique la force et il en est fier. La force lui donne le sentiment de dominer. L’homme espère bien dominer encore et longtemps, et trouver partout le plus possible des marques probantes justifiant ses raisons d’être fort. Parce qu’en étant fort l’homme ne doute plus, ce qui prouve qu’il est fort car seuls les faibles doutent. En se montrant fort, l’homme prouve qu’il est un homme, un vrai. Pour cela il peut être violent, manière par laquelle il fera l’épreuve de sa valeur, car le monde des choses ne lui résiste pas, ou bien il peut être intelligent, manière par laquelle il fera l’épreuve de sa valeur, car le monde des idées ne lui résiste pas. S’il peut être les deux, il sera sur la voie de l’accomplissement total. Grâce à sa force, l’homme remarque que la femme est maladroite et stupide, aussi il la méprise. L’homme est satisfait de juger la femme comme un homme, cela lui prouve qu’il a raison d’être un homme. L’homme est satisfait de sa force car la femme le loue pour cette qualité, grâce à laquelle il pourra la baiser. L’homme a donc raison de mépriser la femme.

Car la femme revendique le désir et elle en est fière. Le désir lui donne le sentiment de dominer. La femme espère bien dominer encore et longtemps, et trouver partout le plus possible des marques probantes justifiant ses raisons d’être désirable. Parce qu’en étant désirable, la femme ne doute plus, ce qui prouve qu’elle est désirable car seules les indésirables doutent. En se montrant désirable, la femme prouve qu’elle est une femme, une vraie. Pour cela elle peut être belle, manière par laquelle elle fera l’épreuve de sa valeur, car elle devient l’irrésistible objet du monde des objets, ou bien elle peut être charmante, manière par laquelle elle fera l’épreuve de sa valeur, car elle devient l’irrésistible idée du monde des idées. Si elle peut être les deux, elle sera sur la voie de l’accomplissement total. Grâce au désir, la femme remarque que l’homme est pataud et niais, aussi elle le méprise. La femme est satisfaite de juger l’homme comme une femme, cela lui prouve qu’elle a raison d’être une femme. La femme est satisfaite du désir qu’elle exerce, car l’homme la loue pour cette qualité, grâce à laquelle elle pourra le baiser. La femme a donc raison de mépriser l’homme.

esp

le plaisir des femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste, disait le bon Charles

je suis un pédéraste

(et si elles sont violentes en plus… ah Frimousse !)

paragraphe de confort visuel
Mercredi 22 novembre 2006
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