Tu t’assois. « S’il vous plaît, accordez-moi un instant, je voudrais vous avertir de quelque chose d’important concernant la personne qui vient de vous quitter ». Tu constates l’étonnement et la méfiance de mon expression. Immédiatement tu t’expliques, tu connais cette personne, elle est dangereuse. Pour dissiper mon hostilité, tu m’avoues que tu as vécu la même chose, si tu viens me parler ce n’est pas par esprit de vengeance mais par volonté de préservation ; l’envie, le besoin que cela ne se reproduise pas sur quelqu’un d’autre. Parce que la douleur est dévastatrice, parce que… tu hésites, tu baisses les yeux pour réfléchir, j’attends, j’hésite aussi. J’ai de l’empathie, dis-tu, avec vous, j’ai observé votre discussion avec… l’autre…, j’étais là juste à côté à la table derrière, j’ai reconnu votre… et puis à vous voir, j’ai eu de l’émotion. Alors c’est pour ça que je suis là. Quelque chose me touche dans ta sincérité. Je t’écoute encore, c’est si facile que c’en est troublant, il y a beaucoup de douceur et d’emprise dans ta voix. Je crois aussi qu’il y a du désir. Tu sembles ressentir que ma confiance s’offre doucement à toi, tu t’ouvres davantage, nous commençons à nous parler. Avec beaucoup de prudence, de délicatesse, tu me révèles ce que doit faire l’autre en ce moment. Tu ajoutes ta désolation d’apporter des nouvelles aussi noires et d’autant plus qu’après cela je ne pourrai jamais te croire honnête si tu m’avoues que ma compagnie te plait, et ma compagnie te plaît, dis-tu. Je m’en rends compte, la tienne aussi mais je le cache. Ce n’était pas donné d’avance, ce n’était pas voulu, tu sens bien qu’il est étrange que les choses tournent ainsi, mais c’est là. Tu me regardes et tes yeux brillent. J’ai du mal à comprendre ce qui m’arrive avec toi. C’est tellement soudain. Mais je ressens que j’ai envie de rester. Le garçon nous apporte deux apéritifs que je n’ai jamais demandé. Mais il s’est trompé, le cassis c’est pour toi, la mûre pour moi. Nous échangeons. Les verres nous offrent une contenance. Le trouble se love autour de nous comme un nid, nous trinquons, doucement. Et ta voix chante des choses délicieuses. Je voudrais rester, mais quelque chose en moi me dicte de partir. Je dois aller voir ce qu’il en est vraiment. Tu comprends. Pour que je ne t’oublie pas, tu m’offres un petit triangle de magicien enfermé dans un cercle d’argent, il t’a toujours porté chance, mais maintenant ma chance, c’est toi.
Je te promets de revenir.