le doigt dans l’oeil
Voilà deux semaines qu’aux heures les plus variables, revient s’étendre la marée d’une mauvaise céphalée. Toujours dans le côté droit du crâne. On croirait qu’un doigt émergé du cerveau cherche à pousser l’œil, venant et se retirant comme une vague aiguë toujours en avance
Toujours avançant
La peau du regard aussitôt s’en écaille, cornée aux bords fendus
Le cuir des couleurs est violet comme un gouffre
Le dos des choses est plié comme du verre avec des froissements d’encre
Ça vient, ça vient
Des éclats d’iris émaillent maintenant le fil de l’air hachuré, les motifs tournillonnent
changeant de place avec le regard
toute l’écume du ciel s’ébrèche dans les yeux
Deux semaines, je me doute bien de ce qui va suivre :
Au bout d’un moment, l’œil va tomber
A la place, il y aura un doigt.
Un index, je suppose, avec un ongle.
j’envisage :
je devrais peut-être mieux tenir la bride à ses pensées lorsqu’elles courent la lande.
je pourrais enlacer par les hanches son amante à l’envers et poursuivre par-dessus un anulingus, une caresse du doigt.
je pourrai faire peur aux enfants juste en clignant de l’œil.
Une eau gelée traverse le cerveau par ses angles
Le cycle vagalgique roulant son lunatisme étend contre le filet tendu de la vision des algues rouges et urticantes
l’onde du regard miroite à gouttes de venin de violents éblouissements
des images intercalaires scindillent en s’éloignant toujours plus près
ça vient, ça vient
des filaments disparaissent sous le cocon des paupières
La pensée contracte sa corolle empoisonnée d’univers médusé
Sous le rideau sinueux s’agite un parfum plissé félidé de noir
Je sens que quelque chose approche
Elle me regarde avec cette petite moue ironique qu’elle prend parfois quand elle m’écoute ; en tournant son café, elle me déclare qu’elle aime bien quand je lui raconte ce que j’ai dans la tête, mais pour l’anulingus, tant que j’ai cette migraine, c’est hors-de-question.

