dysforie (chroniques)

Apparition

Dans tous les reflets, je vois un autre qui m’observe comme si j’étais lui.
Dans ses yeux, je lis toujours ce même secret qui m’échappe. Et plus il me regarde, moins je me comprends, qu’il soit de verre ou de métal, il est toujours de glace. Et toujours je finis par baisser les yeux, retrouvant ce corps, étranger comme lui et lointain comme moi qui suis son hôte comme lui qui suit son autre. L’autre qui s’ignore et qui se prend pour moi
laissant toujours lorsqu’il disparaît l’empreinte de mon vide dans la vitre aveuglée.

paragraphe de confort visuel
Mardi 29 novembre 2005

Rêveil

Rêvant que je dors les yeux ouverts, je rêve que je rêve que je ne dors pas. Regardant fixement le vide.
L’insomnie est profonde, je me réveille, des bribes de souvenirs égarés du sommeil me rappellent mon rêve que je n’ai pas dormi.
Je me rendors, j’ouvre les yeux, je me réveille, je me rappelle que je ne dormais pas. Je me rendors, des bribes d’autres rêves me reviennent en mémoire, des rêves oubliés, des rêves non rêvés où je suis ailleurs, où je suis quelqu’un d’autre. Le plafond est blanc comme le temps qui passe. Je vois le matin se lever tandis que je dors encore. Le matin est blanc comme le plafond que je vois me voyant regardant le plafond qui attend le matin qui regarde mon rêve s’éveille, tandis que je m’endors, tandis que je m’endors rêvant le blanc matin du plafond vide où je me perds d’attendre le sommeil qui se lève et me réveille enfin…

paragraphe de confort visuel
Mardi 6 décembre 2005

désir à vide

A peine je

Relevant, relevant, retenant,

Sans cesse

Vers soi qui se séparent,

trop vite

S’éparpillent

en sui-vents le mirage, est l’émoi qui sèment

De n’être pas assez

De n’être pas assez

Sans cesse retenant

Née en courbes plongeantes aux seuils allongés

Sans cesse insuffisant

S’éparpillent en débris essaimées par le vide

Nuées insinuées

sans cesse ainsi fusant

C’est qu’Elles

Impérieuses et leur corps

Revenant, revenant, revenantes,

obsessuivent silencieuses, ombres teintes

et d’éclats

Plus nombreuses

Plus nombreuses d’être double

effervescentes avides au vide qui grandit

D’être double chacune

réfléchissantes gazeuses, sœurs jumelles de l’oublîme

Plus nombreuses chaque fois

Reviennent de plus loin

si près

des amours sorrorales

si près qu’elles s’évaporent

Amours horrorales

Et va naissant toujours aux lieux plus incertains

des liminales transfusions

Retenant, retenant,

rejetant

au dehors

l’étranger d’être sois

Plus vites occultés

dans vos cieux de gemmes tendre

Alchimères précipices ô mon imagynaire siamoises

retenant

Je n’ai plus de moi-même q’un souvenir enfui

 

 

paragraphe de confort visuel
Mercredi 11 janvier 2006

jointures courbes (élément 1)

de l’autre côté des choses
il y a un néant discret
et rétractile
comme un tunnel

paragraphe de confort visuel
Samedi 11 février 2006

rêverie

Le printemps de cette année 2006 à peine éclos de l’hiver étendait déjà partout les douceurs lumineuses d’un soleil chaleureux. Comme à l’accoutumée dans ce pays de France qu’on dit charmant, mes concitoyens ranimaient leurs verves protestataires et Paris se faisait le près de manifestations en tout genre où l’excellence des croyances démocratiques s’exprimaient partout dans l’exaltation de faux problèmes.
L’effet le plus réussi de toute cette animation se tenait pour moi dans la migration policière qu’entraînaient ces défilés, dont je me demandais toujours s’ils ne servaient de prétextes occultes à la répétition collective de scènes tout aussi primitives que mythologiques, tant je trouvais dans leur déroulement de ressemblances avec ce qu’il advient des troupeaux d’antilopes surveillés par les fauves ; car dans les quartiers que j’aimais à fréquenter on goûtait soudainement un calme délicieux et les gens, moins pressés de se croire en danger, pour la raison que l’on ne voyait plus des inconnus armés et costumés rôder partout, se laissaient aller au plaisir de sourire, de baguenauder, de se vivre simplement sous le jour hospitalier.
Faire le crochet par le parc de l’Escabelle dans ces moments-là m’était devenu une habitude (c’est situé sur la colline qui fait face à Montmartre), aussi je bifurquais par la rue de S*** et ne fus pas mécontent de ma surprise une nouvelle fois.
Parvenant dans le dos du parc qui s’allongeait telle une femme indolente abandonnée aux plaisirs soyeux de ses vernales exhalaisons, je découvrais après quelques distances un homme entre deux arbres gesticulant des hanches avec une passion enfiévrée le bras gauche levé comme s’il tenait d’invisibles rênes, la main droite giflant la croupe d’une invisible créature avec une expression ahurie et lubrique. Plus loin c’en était deux à côté des lilas, qui se remuaient en file et en rythme déployant comme de longues caresses sur un corps imaginaire qui se trouvait entre eux, lequel semblait bouger aussi apportant à chaque fois un bonheur ineffable à celui dont il se rapprochait. Descendant les petites marches, l’on voyait après à l’ombre d’un buisson de roses deux femmes allongée ou à quatre pattes qui s’adonnaient séparées l’une de l’autre à toutes sortes de gestes et de déhanchements dont il paraissait que leurs visages étaient à la fois l’origine et la destination comme tout ce qui provenait du visage de l’une se voyait sur le visage de l’autre, je vous assure qu’elles faisaient un drôle de numéro.
Tout émerveillé par la gentillesse de ces spectacles, j’arrivais dans le bas du parc où se trouvait l’entrée principale et j’assistais là à l’apothéose de cette journée : sur le gazon autour de la fontaine une trentaine de personnes s’agitaient en tous sens dans les postures les plus variées offrant à tous et à chacun la joie d’un mime particulier dont l’outrance était la perfection. Je croyais les entendre.
Je m’approchai d’une femme accroupie au-dessus du visage d’un homme qu’on aurait cru dire « ah glouglou, donne -moi du pipi pour la vie ». Je dis « mademoiselle, quel est ce jeu ?, je veux en être ! », « Monsieur, c’est du Air Fuck, faites tout ce que vous voulez et amusez-vous bien »

paragraphe de confort visuel
Mercredi 1 mars 2006

quadrature du cercle (élément 2)

rêve robe rouge

orbe jour vers

nuit bleu vie

paragraphe de confort visuel
Mercredi 8 mars 2006

vie avec F 3 (élément 3)

On a raison de dire que pour séduire une femme, le mieux, c’est d’être déjà accompagné. Depuis que je suis avec F, je ne cesse plus de faire des rencontres.

Nous entrons dans un élégant restaurant de fruits de mer. De longs miroirs multiplient partout les lumières. J’aperçois très vite la chevelure soyeuse d’une femme dont l’élégance des gestes, la douceur de la joue qui se laisse deviner lorsqu’elle détourne la tête achèvent de me séduire. Elle semble d’humeur gouailleuse, sa légère cruauté lui va très bien. Je l’indique à F qui déguste ses crevettes en se léchant les doigts, elle hoche la tête puis ajoute que cette fille est même beaucoup trop bien pour le type qui l’accompagne. J’acquiesce en homme averti. La femme découvre mon reflet, de temps à autre elle me regarde avec amusement.
- ch’est bon hon truc ? gloup
- euh, moi j’aime bien
- je peux goûter ?
- tiens…
- gloup… mh, c’est bizarre…
- et tu m’en prêtes une, de crevette ?
- non. Pas question. Tu vas encore la tripoter pour faire des trucs dégueus
- c’est pas vrai !
- je te crois pas
- bon, ben pour la peine, je vais au toilettes
- quoi ?
- héhé et je me demande bien ce que je vais y faire
- je vais te dire : t’as tout juste le temps de trouver un mot gentil pour que j’oublie ta muflerie
- haha
En sortant des toilettes, je remarque que l’homme qui accompagne la femme soyeuse a disparu. Profitant de son absence, je m’approche d’elle et je lui glisse d’une voix suave tout en m’asseyant tranquillement :
« écoutez mademoiselle, il fallait que je vienne vous féliciter : enfin vous êtes seule ! », je la regarde plein d’une joyeuse ferveur. Sur la table je rapproche doucement ma main de sa fourchette dont je caresse amoureusement le dos à deux doigts délicats, « vous méritez beaucoup mieux que le rustre qui amuse votre solitude ». Elle regarde avec curiosité. Je passe ma main au dessous, serrant à peine les doigts de métal dans un jeu de passion sensible et de timidité brûlante « vous sentez bien qu’on va s’entendre tous les deux », elle écarquille les yeux, elle ricane. « vous allez voir comme la vie peut être folle ensemble », je m’apprête à porter la fourchette à mes lèvres pour un tendre baiser… elle penche la tête, jouant avec la pointe de son couteau, F me répond :
- essaye de me piquer une crevette, juste une, tu crois que je te vois pas venir ? Tiens d’ailleurs, je les bouffe toutes, srcouch, glourp, smortch, hoila, mainhenant fi hu heux, gloup, tu peux galocher l’assiette et lécher la cuillère !
- Enfer ! raté !
- et si tu t’avises encore de draguer une inconnue devant moi… », elle tend l’index vers la fourchette « c’est avec cette main là que je viendrais te féliciter
- ah, euh, bon je vais juste lécher ta cuillère alors…
- tu insistes, d’accord, mais pas ici
- oh !… j’aurais du me douter qu’en t’invitant là, la note serait salée !
- continue et tu comprendras pourquoi on appelle ça la douloureuse
- euh, mon cœur, tu veux un dessert ?

(elle finira par avoir ma peau)

paragraphe de confort visuel
Vendredi 17 mars 2006

rituel (élément 4)

Nuage de bruits en déplacement, brouillage… parasites radio,
Jour.
Rancune, allongement du bras, silence,
Pensée au berceau, image de rêve…rien,
Souffle, colère lente, dégagement des couvertures
Froid
Marche en mode minimal, froid.
Porte, main au jugé, ouverture
Pong, aïe,
Salle de bain, blanc, jour
Abandon du linge de nuit, mode minimal
Douche, eau froide… recul
tiède,
Visage, immersion, j’arrive
L’eau m’enveloppe
Chaude,
Tout mon corps me revient à l’existence,
Puisqu’il est là, ma pensée se gorge progressivement
Brûlante
Toutes les lisières de mon corps plongent à l’intérieur
J’arrive
Je connais l’ensemble des actes que je dois accomplir avant que l’heure tourne, car aussi
Le temps s’écoule… ça y est, je suis là
un peu pressé d’en finir, c’est pour cela aussi je ne commence pas tout de suite
et puis
allez tant pis, savon,
sans la température, la caresse remonte à la surface, glissante, j’en profite toujours pour penser à autre chose, tandis que mes mains parcourent la totalité de mon enveloppe, en vérifient la cartographie
douleur à la tête, bosse
ça picote dans l’œil, rinçage,
je suis tout à fait là, je suis prêt, j’ai tout fait pour savoir que j’étais bien là, je suis incarné de nouveau,
ou aurais-je oublié quelque chose
je sors. Serviette, buée dans le miroir.
J’ouvre la fenêtre, le monde
je suis prêt
J’éternue, je ferme la fenêtre.
Je m’approche du miroir, c’est bien lui, c’est bien moi. Oh ben j’ai l’œil gauche en émeute
La buée s’estompe, je m’approche, tiens le miroir est ébréché
Ah non, c’est l’étain ou… je scrute d’un oeil
Dans l’angle du miroir, je lis en petites lettres à l’intérieur du verre :

tnietnoB srioriM
1007-8558°N
étilauq ed nopmaT

paragraphe de confort visuel
Mardi 21 mars 2006

élement 5/5 (mémoire insuffisante)

!
(message introuvable)

remplacé par :
message suivant « Noyade infralucide »

paragraphe de confort visuel
Mercredi 29 mars 2006

noyade infralucide 1 (2ème partie)

mon crâne tinte comme une coupole de métal suspendue, mauvais rêve. J’ai les yeux comme des plaques de verre, les abat-jours coniques flottaient sous la surface du plafond avec des fils de perfusion piqués partout dans le corps comme sous le halo d’une méduse, pas un restaurant, un hôpital. La tête gonflée et toute molle, ou alors c’est un ventre, mais il y a trop de membres autour. Masque à oxygène, il y a deux silences puis une respiration. La plupart ne survit pas, elle me dit, ceux qui survivent sont remis à l’eau. Certains s’en sortent, on les suit à la trace pour les faire disparaître. Je lui demande de quoi il retourne. Ils pensent que le prochain, c’est toi ; tu le portes déjà. On sort. A travers la vitre je vois une femme accouche, une forme de chair sort de son ventre, plissée d’abord puis elle se tend, elle grandit, elle enfle, la femme hurle, la forme gonfle encore puis soudainement, avale la femme,le corps disparaît avec la tête, les lèvres se retournent et se referment sur les bras et les jambes
Une pieuvre s’enfuit
Pourquoi ai-je cru que F était là ? Le lit est un bain de sueurs chaudes et froides tellement salé qu’il ressemble à un escalier souterrain. Je vais aux toilettes J’ai le sentiment que quelque chose d’écœurant s’est produit.
au bout, m’indique le serveur, je la rencontre de nouveau, Lore, ses cheveux sanguin tournent comme une robe, elle a changé, son corps est comme métalysé, je me reflète à demi dedans, tu ne te rappelles vraiment rien ? je ne me souviens pas. le verre est un liquide, il va exsuder après il y aura infiltration, il y a un lien ça va te revenir, ça remonte de loin, mais le temps est contre nous, le train va partir, il faut que je me dépêche. A l’aérogare, une flottille de trains oscille enchevêtrée autour de cinq ou huit étages, je ne dois pas être au bon endroit, les trains sont ruisselants avec des algues accrochées aux caténaires. A l’arrière, l’air devient liquide. Je me retourne, j’essaie de lui dire quelque chose mais je ne trouve pas quoi. elle a un regard vers moi, le sang fait deux étoiles sur la vitre, elle se voile, les étoiles glissent vers le sol, son corps s’effondre… je ne sens plus mes jambes, j’ai manqué quelque chose, des hommes en blouse la traînent, deux tâches rouges s’allongent, je flotte, je ne me suis pas réveillé, je voudrais sortir mais le train s’engouffre. Bloqué un moment comme prisonnier dans le tube, puis il jaillit dans l’eau sale du port. La mer est coupée en deux par un fil. Je me renverse sur le siège, Je sais que le train m’emmène vers F, mais je ne veux plus me réveiller, apprendre une seconde fois ce qu’il s’est passé. Au bord de mon rêve coule la lymphe, mes testicules se serrent, s’écrasent contre mon corps pour y rentrer, appelés à remonter à l’intérieur jusqu’à affleurer sous la gorge.
Ça me revient
Salle de bain
L’ombre de sa chevelure flottait sur les dalles et son odeur. Au bas des marches, F, je n’ai rien pu retenir. Son visage recouvert d’un tissus, la robe retroussée sur les jambes, lisses qui se croisent avec des jointures courbes.
Blanc sur rouge,
rien ne bouge.
Quelque chose m’encombre, je me mouche, une sensation de malaise me secoue le corps, la gène est toujours là, j’en sens comme l’extrémité mouvante avec mon souffle. Appréhension. A deux doigts enfoncés, je pince, je tire, quelque chose de caoutchouteux bouge au fond de ma gorge, répulsion, je tire, douleur, libération : je tiens un tentacule de poulpe
Tournis…
…J’ai oublié mon sac de gerbe, ça me revient,
il était crevé, un filet sinueux et grenelé disparaît sous la bonde de la baignoire. Je l’essuie. Plus de trace, vertige. Le pommeau de douche me remue sa chevelure à la face.
Boire, je respire de nouveau.
ça me revient
Le téléphone sonne, je sors ruisselant, je décroche trop tard, c’est F, sa voix est comme métallisée. C’était un accident. Silence, silence,
respiration. Je lui dis que je suis capable de marcher, que je ne me répandrai pas. Si elle peut avaler, on peut dîner. Elle a mal, la tête lui manque encore. Elle me demande si on sera mieux après, bien sûr que non, on sera plus mal encore, mais souffrir ensemble c’est tout ce qu’il nous reste… on se retrouve comme l’autre fois… ou ailleurs, tant qu’elle est là ça revient au même.
Miroir… hâve, cernes noires, ecchymoses, lèvres coupées, je n’ai jamais eu une figure pareille.
ça me revient

paragraphe de confort visuel
Mercredi 29 mars 2006
marge bas