L'Amokride

furoncle

quel joli mot !
(je vous remercie de votre attention, c’est tout pour aujourd’hui)



en fait je n’aurais pas détesté publier quelque chose, mais à Blogspot, tant que je ne demandais rien, il ne donnait pas grand chose, maintenant que je m’agite, c’est l’interpellation : trois jours d’acharnement pour publier un truc et comme seule conséquence Blogspot m’envoie des contrôleurs. Alors rassurez-vous lecteur, lectrice, Blogspot, et ce très courtoisement, m’a indiqué toute sa confiance, c’est sans doute une erreur, je ne suis pas un « blog indésirable »…
mais au cas où, en attendant la fin du contrôle, j’ai jugé que ce billet servirait bellement ma postérité.

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Vendredi 7 avril 2006

ne sais quand reviendrai

Tout d’abord, soyons honnête, je…

… ah j’ai du mal, mais il le faut, je… …, ah c’est pas vrai ça !, gnnn

gnnkkBlogspot-a-fini-son-enquête-je-ne-suis-pas-un-blog-indésirable… voila

Bien sûr je le prends très mal…, il n’y a pas pire injure, les salauds !

Ah, hein !… mais qu’est-ce qu’il faut que j’écrive foutredieu ?

Alors, ce n’est pas la raison maîtresse qui motive ma décision, néanmoins elle y contribue : ce site est en voie de fermeture, je ne parviens pas à résoudre mon problème de publication, je vais donc m’installer ailleurs.

Pour cela, il faut cependant être capable de lire et même d’écrire dans des langages abscons et terrifiants, au sein desquels je vous jure que j’ai reconnu l’empreinte du mal absolu. J’aurais aimé passer une vie entière sans avoir à affronter cela, parvenir jusqu’à la vieillesse, pouvoir assurer à mes petits enfants que non jamais notre famille n’y avait touché, qu’il n’y avait rien à craindre, nous serions toujours à l’abri

Hélas, il faut que je me mobilise.

Je n’ai qu’un seul atout, je sais qu’il va me falloir l’utiliser très judicieusement, il n’y aura pas de seconde chance : dans toutes mes recherches, je n’ai trouvé nulle part de « HTML pour les gauchers », il ne s’attend sûrement pas à ce que je le prenne de ce côté… (chuchotement) « ils » devrais-je dire, car c’est une hydre et ses avatars maudits ont noms: Céhèssesse, Péachepé, Registrâââr.

Vous imaginez si j’ai peur. Mais il faut.

J’en découvre que l’on trouve le courage tout au bout de la lâcheté, un peu comme la main à l’extrémité du bras, ce qui est finalement logique car si nous avions la main sortie de l’épaule, on se demanderait assez de quoi sert ce long moignon articulé (vous comprenez, on ne fait pas plus lâche que sans main)

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Samedi 8 avril 2006

on ferme ! (ding ! ding ! ding !)

Allez, Mesdames, Messieurs, on finit son verre, s’il vous plait. C’est l’heure, eh oui, eh non ,je peux pas rester ouvert tout le temps c’est la mairie, qu’elle a dit ça, … eh oui, moi sinon, tu penses… ah non pas de petit dernier pour la route, je peux pas, je suis désolé…

Shrrrrrrrrrrrrrr….

Rideau.

vide

vide

Quoi ? Vous êtes encore là ?… Ah vous exagérez… bon… bon, alors on passe à la cave, ce sera plus discret.

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Lundi 10 avril 2006

idolâtrie

On voyage dans une grosse voiture. Ça sent bon le cuir, c’est grand. Je suis à l’avant, il est à côté de moi, juste là, j’en palpite. Il conduit. Vite. Il passe plein de feux rouges et ça j’adore. Je sais que je vais passer une soirée exceptionnelle. C’est une soirée que j’attends depuis si longtemps. Avant même qu’on se soit présenté, je lui avait dit que c’était lui que j’avais choisi. Ça l’avait ému, il s’en était vanté à d’autres devant moi. J’en étais rouge de joie et de confusion . J’aime son odeur, son visage, le timbre de sa voix et la manière dont il me parle, l’ensorcellement de son attention qui me rend la personne la plus précieuse du monde. Il me parle toujours comme si j’avais tellement d’intelligence et d’importance. Il a cette façon charmante de me reprocher mes idioties, comme si c’était des paresses de ma part, comme si j’avais manqué à l’excellence de ma nature, et comme souvent je le satisfais, j’y crois. Nous roulons longtemps, c’est un voyage dont je ne voudrais pas voir la fin, mais bien sûr nous arrivons.

L’endroit est très grand, très beau, il dépasse ce que je peux couvrir du regard. Il y a partout des détails adorables et majestueux. Les lumières sont flamboyantes. C’est là que nous allons manger, c’est là que nous allons dormir. Et nous mangeons, parmi plein de personnes qui semblent très sérieuses et très chics. C’est très impressionnant, mais sa présence m’est un rempart contre le monde entier. Il suffit que je le sente pour sourire, pour dire toutes ces bêtises qui lui dévorent le visage d’un joyeux attendrissement, qui plissent ses yeux d’une complicité délicieuse. Le repas est d’une grande finesse, il a soin de m’en expliquer tous les secrets, il me parle aussi, comme toujours, mais là… Là, c’est encore mieux, de toutes les choses du monde qu’il sait si bien ouvrir à mon esprit, et surtout de musique, de musique, de musique…

Le repas se termine, il m’emmène dans notre chambre. Elle est vaste avec un grand lit. Je suis un peu ivre. Il m’incite à me coucher paisiblement pendant qu’il arrange nos affaires. Je me dévêts et m’allonge entre les draps goûtant une langueur bienheureuse. Mes yeux papillonnent entre le plaisir et le sommeil que me susurre l’alcool, mais je lutte. Il reparaît bientôt, il est nu, il est beau, c’est la première fois que je vois un homme. Il entre dans le lit, il me sourit. Il me parle à voix grave, j’ai le coeur qui bat, puis il ajoute :  » serre-toi contre moi, Lolito, ça me donnera l’impression d’être déjà papa ».

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Vendredi 14 avril 2006

bab el web (la légende de l’Amokryde)

Ainsi je pris ma main gauche et je me mis en chemin.

Quelle étrange émotion avait soudain envahi mon sang pourtant si bien gâté par l’extrémité racornie de la branche généalogique où je pendouillais, pourtant si bien coupé par tout ce que je jugeais bon de lui adjoindre, vraiment je ne manquais pas de la certitude que jamais, jamais le ciel en ses tocades fatidiques n’allongerait jusqu’à moi son doigt funeste.

Seulement l’émotion était bien là, elle animait mes humeurs d’une vigueur altérine qu’aucune de mes médecines n’avait pu amadouer. Le tremblement qui agitait mon pas n’était pas un signe moindre des conséquences irrémédiables de cette noire péripétie qui m’avait en une seule passe saisie de mon siège et jeté hors de chez moi. Car tout était là.

Sorti par colère de n’avoir rien pu inscrire, je me tournai pour frapper la porte et vis qu’elle avait disparu ; basculé un moment en stupeur, je ne me relevai pas sans être écrasé derechef , et de manière fort peu courtoise, par le sens de la quête qui venait de m’échoir. Elle tenait en une formule d’une étonnante simplicité sans qu’aucune réponse sensée put cependant lui être rétorquée : « où trouverais-je un chez-moi ? » me répétais-je sans cesse au point que c’en devenait un paradoxe, je n’en sortais plus « où trouverais-je un chez-moi ? »

En créature marginicole, j’avais projeté un peu rapidement qu’il suffirait de voyager jusqu’à l’agence de coursiers la plus proche, d’en mander une dizaine pour les envoyer promptement à la traque des précieux renseignements. Comme il est propre aux serviteurs de la race des google, ils s’en étaient tous revenus fort tôt, mais porteur chacun d’un secret différent.

Il fallut en dépêcher de nombreux autres. Il fallut s’embarquer vers de bifurquantes destinations, en lesquelles j’avais traduit de sources palimpsesteuses qu’on y avait enfermé une partie de l’énigme. Après de longues consultations dans des lieux des plus insolites que j’hésite encore à nommer bibliothèques, j’avais déjà acquis la conviction que ce monde est beaucoup plus vaste que ce que j’en avais imaginé. Mais ce que je goûtais moins, c’est qu’il allait falloir aussi que j’allasse jusqu’à ce beaucoup plus loin.
(à suivre)

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Mardi 18 avril 2006

l’Amokryde (la secte du passé)

Pour une raison que j’abandonne à l’inconséquence des dieux tricottant mon destin, j’avais encore du courage. Et même davantage que je n’aurais voulu ce dont je ne m’arrangeais pas bien ; cet allant qui m’emballait se montrait d’une espèce et d’un genre prompt à s’enfouguer, je craignais à tout instant de me voir quitter le chemin pour m’en aller sitôt ruer dans des champs d’adversités les plus aléatoires et les plus périlleux. Il faut bien le dire : jamais courage ne me causa autant d’angoisse.
Pourtant, mais après bien des embarquements, je parvins face au Très-Docte de haute renommée, dans un lieu si lointain que l’itinéraire s’en est perdu en route. Sa sincérité, sa justesse et sa simplicité m’avaient été vantées à hauteur de la profondeur de son savoir. C’était un moine du paradoxe, j’avais confiance, je l’entendis :
« Pour avoir un chez-toi, il te faut un Nom ».
Ainsi.
Il venait de m’en dire beaucoup plus qu’il ne l’imaginait.

Je découvrais que le monde était tombé aux mains d’une secte redoutable, dont j’évaluais pleinement la puissance, le pouvoir et la force pour m’en être fait adepte durant une partie de ma jeunesse. Les gens que je me devais de convaincre étaient précisément ceux auxquels j’avais faussé compagnie de la manière la plus veule, profitant du noir, me faufilant à la détalette, chuchotant au gardien « non, non, je vais pisser, je reviens », pour m’en aller vivre comme Diogène (où du moins sur son exemple, car s’il avait le tonneau vide et la tête pleine, je vous accorde que pour moi c’est le contraire, mais raison pour laquelle aussi, je fais assidûment mes classes en le vidant)… j’avais reconnu la secte des Nominalistes. C’était eux qui dissimulaient leur conspiration derrière cette entité ubiquiteuse et polymorphe nommée de tristes légendes : Registrâââr. C’était à eux que je me devais maintenant de dire : « euh, ahem, ça y est, j’ai fini ».
Cela demandait un minimum de précautions…, je révisai mes anciennes Lois.
« Ô Nominalisme ! Ce n’est plus l’étendue qui fait mon nom, c’est mon nom qui fait l’étendue. L’Existence exigeait qu’on prononçât d’abord le concept du Chez-moi pour qu’il devint pensable. L’objet n’existe pas s’il n’existe pas de mot pour dire « objet », la preuve, c’est qu’à la question qu’est-ce qu’un objet ?, on peut répondre : c’est tout ce que tu décideras de nommer objet ».
Ils sont comme ça les Nominalistes.
Les Registrââârs étaient nombreux, la vérité de leur nature si diversement révélée selon les endroits, qu’il n’en n’émanait que ruse et duplicité. Proférer un nom, l’inscrire, m’évoquait trop fortement graver sa marque sur les tables du Destin ; il ne faudrait pas faillir en vigilance à l’instant de choisir de quel dieu j’allais solliciter les faveurs.

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Jeudi 4 mai 2006

illumination

alors bon, la foudre est tombée sur ma cahute, une petite fumée noire s’est échappée du modem.
Me voila nomade, comme on dit.

le ciel est donc contre moi, bien sûr étant donné ma confession, je ne pouvais rien espérer de mieux, mais quand même ça complique bien les choses

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Mardi 9 mai 2006

l’Amokryde (3) « l’empire des âmes mortes »

Rôdant, furetant, en chaque lieu, où je pourrais surprendre une discussion, ou entendre, comme il arrive, la geste de quelque illustre inconnu qui se narrait à voix basse et admirative, j’appris vite et sans tromper ma couverture que les Registrâârs ne profitaient pas de la meilleure considération ; si du moins je prenais garde comme je n’y manquais pas d’en écarter les autres, louangeurs invétérés, thuriféraires fanatiques qu’un même discours dithyrambique incitait à un même soupçon (il était à craindre que ce ne fussent là des adeptes de la Secte). Néanmoins, il semblait communément admis que ces Registrâârs n’avait d’appétit que pour l’argent. Mû par une méfiance naturelle, j’en vins à me demander si la Secte gouvernant les Registrâârs n’avait pas ourdi un plus vaste traquenard, un piège à aimantation : se montrant d’un côté dans l’habit de suppôt, pour mieux capturer la confiance sous le costume du renégat.
On disait assez que le danger était présent mais en des régions bien connues et signalées ; qu’il ne fallait pas s’y aventurer sans se garantir un soigneuse instruction. Quelques autres, authentiques héros ou vils hâbleurs, déclamaient forts d’une vaniteuse superbe qu’ils étaient rompus à l’exercice et l’avaient accompli de nombreuses fois. Tout semblait à la fois simple, évident et retors.

J’observai plus attentivement ces personnages dont les noms parfois fameux évoquaient des cultures et des pays que n’avaient pas encore découvert nos explorateurs. Beaucoup se préoccupaient d’enigmes à énoncé cryptique, appelant pour les résoudre des chaînes d’autres enigmes non moins absconses qu’ils accompagnaient fréquement d’une petite pastille jaune avec un sourire et deux yeux, ingrédient mystique primordial de leurs incantations. Quels pouvaient être ces gens ?
… pris d’une stupeur qui me porta le rouge aux joues, je découvris qu’ils n’étaient pas là, aucun d’eux. Les voix que j’avais cru entendre n’était qu’un écho, la discussion véritablement s’était éteinte plusieurs années auparavant. Rien d’autre nulle part. Qu’étaient-ils devenus ? Quelle étrange portion de leur âme animait encore leurs mots ? Recluse mais intangible, résiduelle mais imprégnante, témoignant toujours du même litige comme une malédiction, aussi longtemps qu’il y aurait quelqu’un pour écouter. Je sentais qu’inévitablement la manifestation deviendrait caduque, le sens irait s’amoindrissant, il ne resterait plus à la fin que l’indice d’une présence. L’anti-indice : il ne dirait pas « j’approche de quelque chose, mais quelque chose s’est éloigné de moi ». Un mirage ondula devant mes yeux, les apparitions du présent qui m’avaient d’abord semblé de fleurissantes cités avec des eaux jaillissantes aux fontaines où étancher ma soif, n’étaient que des vestiges, des vestiges grandissant ; Internet était un immense cimetière d’âmes.

Qui était capable d’une chose pareille ? La Secte ne pouvait réussir un tel forfait, en tout cas pas seule. Qui pouvait à la fois vouloir des âmes et … de l’argent…
Nom de dieu !
nom de dieu, c’était le diable !, damnée quête de toqué que je m’infligeais, et pourquoi au juste ?, il y avait pourtant tellement mieux à faire… pour écrire !, pour me transmuer moi-même en empreinte fantômatique : désigner un lieu de résidence c’était me choisir un tombeau à hanter. Fallait-il que je pactise pour me perdre ?
Le diable qui corrompait par l’argent, d’après mes souvenirs c’était Mammon. Il régnait sur quelque chose comme le cinquième Enfer et il était gros. Ma main gauche n’y suffirait jamais… j’étais prés d’abandonner. Je crus même que c’était fait

mais la mémoire déroulant son fil, il me revint que Lilith, Reine des succubes, profitait d’un rang bien supérieur à Mamon… Il m’apparut tout d’un coup de la meilleure invention, qu’il était possible de poursuivre héroïquement ma quête en allant rencontrer cette femme indocile pour lui passer un marché. Je savais dans quels genres lieux elle faisait chatoyer la traîne de ses maléfices… et s’il fallait risquer son âme, je goûtais des plaisirs autrement que l’argent.

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Mardi 25 juillet 2006

Acides foriques vous informe

suite à d’importants travaux d’extension des voies (prévision d’achèvement de l’électrification courant décembre)
suite à l’incompétence totale de l’équipe technique (courant décembre 2038, donc)
suite à l’inévitable propagation de maladies dues à la percée de tunnels en zones sensibles (fiévrôme, gnanfite, nimportawaze et oniroverdose)
suite à des obligations aussi saugrenues que scandaleuses (comme sauver sa vie)

de la prochaine mais lente reprise du trafic (les pertubations devant cesser mi-octobre)

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Jeudi 20 septembre 2007

B&D 2: la geôle (l’Amokryde)

La blogosphère avait quelque chose de l’institution totalitaire. Le blog n’était pas sans accointance avec la prison. Il me semblait à sa manière une fuite (volontaire, quoique le mot mérite quelques précisions) dans un espace carcéral sous triple surveillance, celle du blogueur tout d’abord active grâce au Compteur de visites (absent sur AF, sentez-vous libres, AF n’est pas un blog), celles des visiteurs ensuite dont l’attitude consistait à faire le tour des blogs favoris comme on fait une ronde (le visiteur avait quelque chose du maton, si le comportement du blogueur présentait selon lui des défauts, il s’empressait d’avertir, de corriger, ne serait-ce que les erreurs d’orthographes), celle de la blogosphère enfin par le système d’aggrégation. La surveillance non plus exercée par un seul mais par tous sous couvert d’échange sympathique, il y avait là un aspect qui n’aurait pas déplu à Foucault.
La meilleure manière de progresser dans la blogosphère consistait à participer le plus possible, à se tenir au jus de la moindre nouveauté. Il y avait de quoi se demander quelle proximité le blogueur ou le visiteur entretenait avec le « fou » décrit par Goffman dans Asylum ; quoique l’un voulût rentrer et l’autre sortir (quel beau retournement), il fallait d’abord affronter des spécialistes à fortes positions d’autorité et soucieux d’avoir continuellement raison (…posture dans laquelle le lecteur prudent n’omettra pas de m’inclure un instant, le temps j’espère d’exercer son sens critique). Tous les jargons disponibles pouvaient servir à marquer des différences, à délimiter des cercles. Le langage avait-il jamais autant servi à fonder des exclusions ? Fallait-il s’étonner que le blog se fasse aussi efficacement le relai de la pub (la sainte morale) ? Le blog fonctionnait sur un principe contradictoire, moteur d’une « singularité » saisie dans un réseau : il s’agissait de relier un maximum de personnes pour mieux s’en extraire. Réunir et exclure devenaient une opération unique car la singularité ne pouvait se fonder que par la négative : une personne se détachant du plus grand nombre. Les liens indiquaient aussi quelque chose du « voilà le niveau à partir duquel je suis différent de… ». La plupart du temps la valeur des liens restait comparable à celle d’un catalogue (« nous avons aussi la marque untel ») sous le voile constant de la Grande Société des Gens Biens.
Que l’intention déclarée dans l’ensemble fût plutôt bienveillante n’empêchait pas une dose d’oppression dans les gestes, que la motivation soutenue fût celle de la distraction ne modifiait pas les lois du dispositif. Au contraire l’intention et la motivation semblaient davantage provenir d’une adaptation définie par des représentations modernes : la distraction bienveillante définissait le code comportemental approprié à la société de loisir. Il suscitait la transformation d’une contrainte extérieure (l’autre m’empêche d’être moi, l’enfer c’est les autres) en désir, désir de correspondre pour être visible (l’autre me permet d’être moi, le paradis, c’est les autres). Tout jeu de mots inclus, le blog fonctionnait sur une logique de correspondance, basée sur le divertissement, c’est-à-dire la diversion, pratiquant une suppression du monde pour en délivrer une copie. Aussi bien la parole des satanistes « rien n’est sacré, tout est permis » s’était modifiée pour devenir « tout est factice, amuse-toi bien ».
Projection fidèle ou peut-être servile de notre monde « post-moderne ».

paragraphe de confort visuel
Mercredi 23 janvier 2008
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