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morsure

Ton sourire s’étire
La tendresse de tes lèvres s’allonge comme une promesse
Se retrousse lentement sur l’intime écrin du jambage adamantin,
Qui laisse deviner le galbe sensible des gencives
Qui dit, qui interdit la douceur du palais
Qu’une féroce langueur m’attache à convoiter

Fixité des pupilles, afflux de salive, grondement
ton sourire
ton sourire éclate en moi
des fureurs sanguinaires
Je retiens, je retiens
L’envie de me jeter dessus
Pour le mordre
Pour te mâcher les dents
Pour t’arracher la mâchoire
Pour apprivoiser l’animalicieux détenteur du délice,
Pour dompter l’animaléfique pourvoyeur de supplice
Tu souris
Te manger assez pour être dévoré
Le fouet délicat et sonore de ta voix de manteuse
Tourne et me tient sous tes arrêts prophéliques
J’ai faim
Tu feins
Me lance des cerceaux enflammés de rires
Que je franchis avec des ires grandissant
de vengeance fièvrine
A l’affût de ta moindre faiblesse
Tu souris
Eromancienne insaisissable,
tes sourires sont cruels comme des faux brûlantes
tes sourires sont mordants comme des pièges à vif
l’empreinte de tes crocs est un fantôme tremblant
croissant comme la Lune, noir comme le tourment
et de tourner encor vers toi des yeux ardents
fait de moi une bête affolée par le sang

paragraphe de confort visuel
Samedi 31 décembre 2005

bibliodécaire (3ème)

Sens-le !
(Je le sens)… hé pas mal, dis-moi…(je le sens je le hume)… oh pas mal du tout… (je le hume je le flaire)…
Holà ! Holà ! Tout doux, tu vas le défriser ! Alors, t’en dis quoi, hein ?

De tous les aspects de son métier qui eussent pu lui plaire, l’unique activité qui lui procurât encore du plaisir se résuma à :
« Allô, bonjour ici la bibliothèque municipale, je voudrais parler à Mme Mouflon…
« C’est elle-même.
« (respiration) T’AS VINGT JOURS DE RETARD SUR TES EMPRUNTS ! MOUFLURE ! NON MAIS TU VEUX QUE J’TE REMONTE L’HORLOGE PAR LA PEAU DU CUL !
On savait pas trop ce qu’il entendait par là et c’est ça qui foutait la frousse. Il avait sa petite réputation, le gars Ev’. Mais le téléphone bientôt ne suffît plus à lui faire passer sa rage. Il ne retint plus ce que son imagination chuchotait à la bassesse de son humeur. Rien de construit ne guidait encore ses actions, mais nous aurions pu nous douter qu’il n’en resterait pas là, tant il mit de science à exercer salement son métier.
Il prit de longues heures pour s’arracher des poils, choisis pour l’excellence de leur blondeur et la finesse de leur éclat (et il s’y connaissait pour le travail au pinceau nécessaire en restauration), qu’il passait ensuite de main experte à la bougie pour leur donner ce modelé doux et velouté propre aux toisons féminines, qu’enfin il insérait à la pince dans les revues scientifiques ou religieuses, conservant des spécimens drus et naturels pour les seuls romans d’amour.
Il resta pendant des journées entières et suite à une ingestion intentionnelle et méthodique de cuisine grasse et défraîchie, assis sur un volume honni de littérature d’actualité, pour après lui faire retrouver sa place sur le rayon, invisible parmi ses pairs mais chaud et hautement vénéneux, affichant, lui, au retour un sourire fin qui chantait le soulagement.
Il s’occupa enfin du jour des enfants, il s’occupa du jour abhorré qui ramenaient par vagues migratoires les tribus sauvages de la race Miochéenne. A sa grande surprise, son long labeur précipita un effet contraire à celui qu’il attendait : les Nanominidés hurleurs s’arrachèrent les bandes-dessinées. Les photos découpées dans des revues sans noms et collées sur la tête de Babar (dont certaines encore aujourd’hui me laissent un souvenir proche du cauchemar) jetèrent la fièvre charneuse dans leur imagination. De quelle étrange espèce de Marmopithèque provenaient-ils : de tous ceux qui ensuite se disputèrent les toilettes, la plupart protesta pour s’enfermer à deux ou davantage. Ev’ en demeura longtemps dubitatif, puis il conclut qu’il devait s’agir des Marmo-nobo. L’avenir confirma son jugement.
Evidemment il y eut quelques plaintes, mais déjà la consultation des livres suscitait des émotions silencieuses et intenses entre la fascination et le dégoût dont l’attente ou la crainte fébrile à chaque page tournée imprégnèrent l’atmosphère de la bibliothèque d’une inquiétude perpétuelle et savoureuse.
(à suivre)

paragraphe de confort visuel
Mardi 27 décembre 2005

bibliodécaire (2ème)

Regarde !
(je regarde) Oui, c’est un poil brun… de fille, il me semble… joli brin de poil ! alors ça vient d’où ?

Ev’ avait achevé ses riches études sur les incunables, commencé son métier, et rapidement, il avait perdu tout enthousiasme : le fond de la bibliothèque était pauvre, les clientes, inculables.
Il m’avait fait cet aveu une fois : tu comprends le livre me ramène toujours au sexe, quoique je fasse, au bout d’un temps le sommeil vient, mes yeux se brouillent et je vois soudain entre ces deux pages douces et bombées une fine raie sombre qui les séparent, duveteuse et au fond de laquelle j’imagine l’entrée vers des plaisir insensés »… finalement n’y tenant plus, il avait conçu les marques-pages troud’ballomorphés dans l’espoir de voir se propager son idée ; les marques-pages avaient bien plu, la symbolique avait totalement échappé.
Il avait cru qu’une bibliothèque ça pouvait être un lieu de rencontre choisi, pour peu qu’on la préparât consciencieusement. Afin de mettre ces demoiselles en condition, il avait conçu des chemins odoriférants : il avait rehaussé la patine des gros piliers de l’entrée en s’y frottant le cou et le dos, fait briller les montants des présentoirs qui menaient à ses rayons favoris à l’essence d’aisselles, enfin il avait briqué les rayons à la peau de fesse et enduit la couverture des œuvres à la cire de rouston. Si une fille suivait le parcours, c’était le signe indubitable qu’elle aimait son odeur et les bons bouquins ; en mélangeant les deux au comptoir, l’alchimie serait heureuse.
De quoi il lui vint…. de vieilles mémères radoteuses, des bélîtres de littéraires baveux, d’improbables étudiants idiots, des mômes…Tous à emprunter n’importe quoi, comme menés par un instinct supérieur vers tout ce qui sans erreur possible se révèlerait un feuilleté d’étron.
Ev’ en devint amer. De la lecture, il lui resta la soif.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 23 décembre 2005

bibliodécaire

Je rentre. L’horloge indique 09h07, Ev’ astique le comptoir de la bibliothèque au gin. Il frotte avec ce geste circulaire, distrait et efficace acquis de longue pratique. Sur le présentoir les célèbres marques-pages de la bibliothèque ont légèrement changé de forme mais on reconnaît toujours au centre le charmant macaron froncé rose-violet qui se referme et s’ouvre avec le livre.
- Salut !
- Ça va ? qu’est-ce que je te sers ?
Il est comme ça Ev’. Il sort une bouteille, deux verres. On trinque.
Le temps d’effacer l’ardoise de deux clientes, elles sortent sans sourciller elles le connaissent assez maintenant, il revient, il arrache ses faux-cils « ah ça gratte, c’est insupportable… faut que je te montre un truc », je le suis. « cette fois je crois que c’est l’apothéose, enfin tu vas me dire ». Avec ses talons hauts, je le trouve déjà bien parti. On emporte nos verres, dans la salle, il n’y a presque personne ; au fond un gamin lit une bande-dessinée avec une main dans la culotte, un ado renifle une étagère, une femme face aux nouveautés semble ahurie par un ouvrage, un vieil homme parcourt avec des mains tremblantes une revue scientifique. C’est calme. On entre dans la remise, je m’attends au pire.
Ev’ c’est le genre de gars qui s’achetait un bouquin de fesses pour pouvoir lire derrière en cachette des recueils de poésie ou de la philo, sauf le dimanche où il préférait étaler des hebdomadaires sur les couteaux et la vie de famille. C’était le résultat, après quelques années d’un idéal trompé, mais y en a-t-il d’autres ? On lui avait dit à Ev’, la bibliothèque comme tu la vois, elle existe que dans ta tête ; il avait répondu : mais on vit d’idéal et on meurt de réalité, non ?

Ev’ se tourne vers moi, le bras droit tendu à quelques centimètres de mon visage, exhibant entre le pouce et l’index un poil brun aux circonvolutions désarmantes.
(à suivre)

paragraphe de confort visuel
Mercredi 21 décembre 2005

le doigt dans l’oeil

Voilà deux semaines qu’aux heures les plus variables, revient s’étendre la marée d’une mauvaise céphalée. Toujours dans le côté droit du crâne. On croirait qu’un doigt émergé du cerveau cherche à pousser l’œil, venant et se retirant comme une vague aiguë toujours en avance
Toujours avançant
La peau du regard aussitôt s’en écaille, cornée aux bords fendus
Le cuir des couleurs est violet comme un gouffre
Le dos des choses est plié comme du verre avec des froissements d’encre
Ça vient, ça vient
Des éclats d’iris émaillent maintenant le fil de l’air hachuré, les motifs tournillonnent
changeant de place avec le regard
toute l’écume du ciel s’ébrèche dans les yeux

Deux semaines, je me doute bien de ce qui va suivre :
Au bout d’un moment, l’œil va tomber
A la place, il y aura un doigt.
Un index, je suppose, avec un ongle.
j’envisage :
je devrais peut-être mieux tenir la bride à ses pensées lorsqu’elles courent la lande.
je pourrais enlacer par les hanches son amante à l’envers et poursuivre par-dessus un anulingus, une caresse du doigt.
je pourrai faire peur aux enfants juste en clignant de l’œil.
Une eau gelée traverse le cerveau par ses angles
Le cycle vagalgique roulant son lunatisme étend contre le filet tendu de la vision des algues rouges et urticantes
l’onde du regard miroite à gouttes de venin de violents éblouissements
des images intercalaires scindillent en s’éloignant toujours plus près
ça vient, ça vient
des filaments disparaissent sous le cocon des paupières
La pensée contracte sa corolle empoisonnée d’univers médusé
Sous le rideau sinueux s’agite un parfum plissé félidé de noir
Je sens que quelque chose approche

Elle me regarde avec cette petite moue ironique qu’elle prend parfois quand elle m’écoute ; en tournant son café, elle me déclare qu’elle aime bien quand je lui raconte ce que j’ai dans la tête, mais pour l’anulingus, tant que j’ai cette migraine, c’est hors-de-question.

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Dimanche 18 décembre 2005

amour déraciné

Enfin je sors, enfin je vais la retrouver. L’impatience qui tournaillait en moi comme un fauve en cage se libère, j’ai toutes les peines du monde à me retenir de courir. Les bras chargés de nouveaux vêtements pour elle, pour elle comme chaque fois, j’avale à voraces enjambées la distance qui me sépare d’elle. Je sais qu’elle m’attend déjà. Elle est toujours déjà là avant moi et je suis maintenant en avance à chaque fois d’une heure sur notre rendez-vous. Je sais que je vais la retrouver dans un état pitoyable ; elle n’aura pas quitté, depuis, les derniers habits que je lui aie offerts, ils seront sales, battus de pluies, maculés de boue, froissés des innombrables mains qui se seront posées sur elle, et certainement aussi elle sera tâchée d’urine. Elle accepte tout de tout le monde, ça m’est un mystère, mais ça ne m’affecte pas ; je l’aime, je l’aime !
J’arrive. Elle est là. Elle m’accueille. Elle est toute dépenaillée, comme toujours. Comme toujours, je n’attends pas, je sors les frusques neuves des sacs en papier et comme ça en pleine rue, je la déshabille, sous les regards offensés des gens autours qui cherchent à nous marquer de leur mépris. Moi je leur souris, avec elle je suis invincible. Je couvre sa nudité d’une nouvelle jupe, longue, chaude, d’une belle couleur profonde, puis d’une chemise, d’un pull, dans ma précipitation, les vêtements se déchirent un peu, aucune importance. Comme moi, je sais qu’elle s’en fout, nous sommes ensemble. Enfin je la serre dans mes bras pour la réchauffer tout à fait.
Un homme alors s’approche, vieux, râblé, l’air circonspect :
- Monsieur, dit-il, mais qu’est-ce que vous faites enfin ?
Je me retourne, radieux :
- Moi ? Mais vous ne le voyez pas ? J’habille ma fiancée pour la noce !
Il me regarde avec insistance. Je sens qu’il retient ce qu’il pense véritablement. Il la regarde et puis moi encore :
- Monsieur… vous n’y êtes pas du tout, non seulement c’est un arbre mais, mais c’est un arbre mâle !
Je la regarde interloqué : mince, un arbre travelo.
Faut toujours que je me plante à un moment..

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Mardi 13 décembre 2005

Sagesse des anciens

- Grand-mère, je m’ennuie, je sais pas quoi faire !
- Ah oui ? Eh bien coupe ta tête et fais la rouler.
Ah, combien de fois cette réponse lui fut-elle infligée. Il repartait toujours le dépit au cœur, et puis la curiosité, et puis la revanche aussi. Comme il aurait aimé, une fois, rien qu’une fois, là tout d’un coup pouvoir ôter sa tête à lui pour voir sa tête à elle et juste là comme dans le couloir qui menait à la cuisine :
« Brrrrrrrrrr… »
- Mamie, j’ai réussi ! J’ai réussi mais je fais quoi maintenant ?
La jubilation était immense jusque ce qu’il entendit :
- Mange ta main, garde l’autre pour demain !

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Dimanche 11 décembre 2005

fin du prologue

Bruits, ** phares**
()
(il entre)
()
dans la voiture, on croirait qu’il n’y a personne. Et pourtant. Il y a lui déjà qui se trouve un peu partout. Il y a elle comme absente qui regarde ailleurs. Il l’a déjà rencontrée, autre part. Il y a lui aussi resté en station debout. Qui disparaît de plus en plus vite. Et puis quelques autres que l’on voit mal encore.
Un type ; avance ; avec une patte folle ; un peu comme ça ; le fait-il exprès ; il s’approche ; le regarde avec malice ;malaise ; il chantonne « di dah di dah di dah… » ; il s’éloigne ;;;
Une fillette atroce joue à cloche-pied… _ elle s’étale d’un trait, elle relève un visage frappé d’une laideur plus grande encore.
Il s’assoit.
I/
I_
Il pense. Nous sommes tous des points sur la même ligne. Une ligne étrange que l’on voit dessinée sur la paroi au dessus de la porte : ._._._._._
« l’histoire s’amorce ! » clame le boiteux en écalant un œuf. Il n’est pas sûr d’avoir bien compris.
Un sentiment bizarre, un peu comme lorsque on marque un point d’arrêt au milieu du parcours, sans crier gare. Le temps se crispe vers le quai d’avant, la distance s’étire vers ce quai au-delà alors que l’intérieur nous paralyse ; les lieux s’échangent, les dimensions se croisent. Il y a quelque chose d’intolérable, l’immobilité d’une rame est une entorse au cours du monde, le courant ne peut se figer.
~secousse~
Se pourrait-il que la ligne s’arrête sans rais’

vide
vide
vide
vide

Et puis le mouvement revient, et pendant un instant on se demande si le voyage ne va pas se poursuivre dans les murs. Mais tout d’un coup : * lumières *
* Il y a le * quai où l’on * attend d’attendre * pour attendre * d’arriver *
* Il y a le * quai où l’on * arrive pour fuir *
Immobiles ou turbulents, tous les quais sont vides, ceux qui y séjournent ne font que les hanter.
Des voix sans âme retentissent par moment. Revenant toujours dire les mêmes choses aux mêmes endroits.
Toutes les lignes sont courbes, elles tournent à double sens.
()
(elle sort)
()
Partie chercher une correspondance, c’est comme le début d’une relation. La fillette chantaille comme le boiteux.
Dans la voiture, on croirait qu’il n’y a personne.
Plus que huit stations. Il renoue un lacet.

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Jeudi 8 décembre 2005

Rêveil

Rêvant que je dors les yeux ouverts, je rêve que je rêve que je ne dors pas. Regardant fixement le vide.
L’insomnie est profonde, je me réveille, des bribes de souvenirs égarés du sommeil me rappellent mon rêve que je n’ai pas dormi.
Je me rendors, j’ouvre les yeux, je me réveille, je me rappelle que je ne dormais pas. Je me rendors, des bribes d’autres rêves me reviennent en mémoire, des rêves oubliés, des rêves non rêvés où je suis ailleurs, où je suis quelqu’un d’autre. Le plafond est blanc comme le temps qui passe. Je vois le matin se lever tandis que je dors encore. Le matin est blanc comme le plafond que je vois me voyant regardant le plafond qui attend le matin qui regarde mon rêve s’éveille, tandis que je m’endors, tandis que je m’endors rêvant le blanc matin du plafond vide où je me perds d’attendre le sommeil qui se lève et me réveille enfin…

paragraphe de confort visuel
Mardi 6 décembre 2005

souillure passagère

… lave encourroucée de brunir à l’oraison d’un parfum moite comme une plume divague
surfaçante
colique
alanguie comme un rêve sépare
l’aridité placentaire qui conduit sur l’échiquier à perdre l’haleine du fou.
Il n’y a rien de semblable à l’écrasement d’alors
enroulé dans le feu comme il n’était pas le mensonge du faussaire,
mais la bave du colon

paragraphe de confort visuel
Dimanche 4 décembre 2005