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histoire d’amour

en révision

paragraphe de confort visuel
Dimanche 26 février 2006

le poing est plus près du cerveau que le cerveau

Il me dit quand même, quelle bande d’enculés ces politiques, dès qu’il y a un problème leur première réaction, c’est d’envoyer les flics, alors bien sûr ça cogne, mais c’est jamais ça qui arrange les choses ! Faut vraiment qu’i’ soient cons !
Après il allume la radio. Ça grésille. Il jure et il balance une mandale dans l’appareil. Le son s’éclaircit. Il me sourit, il commente eh ben voilà ! ch’ais pas pourquoi, elle veut sa baffe, après elle est gentille pendant une heure…
Je reste pensif, après je dis et ta femme, ça va ?
Ouais, ça va mieux, on a beaucoup gueulé, maintenant on cause, c’est mieux, on comprend des trucs…

Le bon vieux Asimov s’est planté ; la violence n’est pas le dernier refuge de l’incompétence, la violence est le premier recours de la contrariété, le dernier refuge de l’incompétence, c’est la réflexion.

paragraphe de confort visuel
Samedi 25 février 2006

la vie avec F (extrait)

Je tords mon portefeuille. Elle me dit, attends, j’ai ce qu’il te faut. Elle file dans la chambre, en revient attifée de l’accoutrement saugrenu formé par tous mes cadeaux, me reluque, puis de s’étendre et de se prélasser en susurrant « chéri, tu manques d’argent ?, oh, je suis désolée, je ne peux vraiment rien pour toi » et de rire, joyeuse.

paragraphe de confort visuel
Lundi 20 février 2006

quelques instants de la vie d’un homme

Retard. Marche rapide. Je… aïe une couille étranglée qui fait la sauvette à chaque pas… ah ça glandule, de Aïe ! ça fait mal. Retard quand même. Volonté appliquée à la jambe gauche (qui complote un écart en disgrâce, pour inviter la couille à pendouiller selon sa pente naturelle). Marche, aïe, marche, aïe. Bon c’est intolérable ; je peux tenter une méthode danseuse, m’immobiliser, relever dignement le genoux puis pivoter la jambe sur le côté vers un écart maximum, après je suppose qu’un petit entrechat emmènera délicatement cette figure vers son accomplissement, ou alors, j’ai la parade du singe des cavernes, il suffit de s’enfoncer les mains dans le benne et d’agiter le tout en sautant sur place, parce que la main dans la poche ça se verrait et ça suffirait pas. Voyons… évidemment une jolie brune me suit, ah elle me regarde. Bon.
Jambe aïe jambe aïe jambe aïe…
« Monsieur ?
Neuh…oui ?
Vous savez où est la gare ?
J’y vais.»
Elle m’accompagne. Aïe. Elle a un bandage au bras. Aïe. Elle me sourit d’une manière particulière. Aïe. Je crois que c’est seulement sa façon à elle de sourire. Aïe. Ravissante. Aïe.
On arrive à la gare, on monte sur le quai, on s’arrête. Ça va mieux. On cause. Elle a rendez-vous avec quelqu’un, qui est peut-être déjà parti, elle est en retard, elle aussi. Sa voix électrique provoque des déformations dans ma pensée et dans mon froc. Ça va beaucoup mieux. Elle dit qu’elle était contente d’être en retard.
« Voilà mon train ». Elle pose une main sur mon épaule, me tend la joue. Il arrive, elle monte. Il part…
Mais quel abruti ! c’était mon train aussi. Déprimé, je déambule sur le quai, perdant cette belle vigueur qui m’enchantait plus tôt.
Aïeuh !, j’ai un poil coincé dans la peau du gland, ça tirote. Bon, y a plus personne sur le quai. Je… Aïeaïe ça glandule encore !
Personne…personne…allez, hop ! (ounk ! ounk ! ounk !)… âââh !
Un bruit, je me retourne, silhouette – mais d’où elle sort ? Elle s’approche de moi avec un mépris évident :
- vous n’auriez pas vu ma fille, une jeune femme brune avec un bandage au bras ?

paragraphe de confort visuel
Jeudi 16 février 2006

jointures courbes (élément 1)

de l’autre côté des choses
il y a un néant discret
et rétractile
comme un tunnel

paragraphe de confort visuel
Samedi 11 février 2006

anticipation

Ça fait un bout déjà que je fais la couleuvre dans ce parc au bord de l’eau. Maintenant j’ai une copine, une vioc. Comme la plupart dans le parc, elle fait la miette aux pigeons. Moi aussi. J’adore. C’est pour ça que je suis là. Pitit pigeon, joli pigeon, pioupiou, pioupioupiou, vient piter la bonne miette. La vioc, elle m’adore, elle dit, « les gens y sentent pas les bonnes bêtes mais vous ah ! ça fait plaisir »… si elle savait…
On jète la poudre à painpain, on cause, elle est complètement tassée la vioc, elle jacte n’importe quoi et après elle y croit, c’est du Nobel… elle se miette du croûton sur les épaules et la tête, bras en croix pour que les rats ailés viennent lui pincer la béquée sur le corps, elle jubile, moi j’épingle en panoramique (un appareil palé à un pote)… cette collection de gueules, c’est de la SF, c’est ça qu’on aurait du mettre sur Voyager.
Pigeon-pigeon, oui, glouglou, aussi… y m’aiment bien les pigeons, et ça me rassure parce qu’y sont pleins, une flopée… que je sens bien qu’un jour ou l’autre ce monde va verser, que sûr ce sera trop tard quand ça va se répandre qu’y a plus assez de que dalle ou trop cher, sauf la dalle qui restera sévère calée au ventre…
Ouh le joli pigeon, viens manger dans ma main.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 9 février 2006

Frimousse

(dédié chaleureusement à K.U.)

Je peux pas tout dire là, parce que je la regarde à la dérobée

Elle a des visages Frimousse, déjà comme là, il y en a que je reconnais bien maintenant, celui-là je l’aime beaucoup, elle louche toujours un peu quand elle est contrariée, quand je me prends pour un dompteur, je l’appelle Clarence, souvent elle mord, et celui-là aussi, ce visage qui est peut-être celui que voient toujours ceux qui ne la trouvent pas si jolie,
Moi j’aime bien aussi quand elle est écaillée de fatigue, acérée de mauvaise humeur, qu’elle vient de se fendre la griffe ou de se brûler l’aile, des fois même elle est moche, Frimousse, mais
elle est mignonne quand elle est toute amochée,
Mignoche, qu’elle est, comme une friandise en manque d’eau, un cabochon renfrognée,
Des fois elle a le nez tout froncé, la joue toute rouge et la patte fumante, mais c’est juste un dragon-biquette
Là il suffit de faire le serpent-zèbre et ça va mieux
Mais des fois non, des fois elle a des visages de créatures qui n’existent pas, quand il y a comme du métal liquide qui lui monte au fond des yeux, comme une pierre livide qui la vitrifie depuis les tempes, là c’est qu’elle devient mézigovore, ça trompe pas parce qu’elle fait d’abord trembler les murs avec sa voix, son regard se tend comme un arc électrique, darde des traits trempés dans l’uranium, des trucs qui laissent des crevasses noires là où ça touche
tout à fait l’espèce de créature que je redoutais d’avoir sous mon lit avant. Mais là elle est dedans.
Elle a de ces métamorphoses,
Ma jolicanthrope
Quand elle fait la chenille qui grillone sur le canapé, frottant ses deux pattes, elle a ce visage doux et secret, des mots qui me bourdonnent longtemps dans la tête, des mots qui libèrent des lucioles là où aucun feu ne pousse
le léger gonflement de ses paupières quand lui monte le sommeil,
leur défroissement au réveil, elles s’ouvrent lentement à la lumière, et tout juste émergeante des flots trouble, la fleur de ses yeux se tend vers les miens
Elle a des visages Frimousse.
Il y a cette langue qui pointe toute nue lorsque la gourmandise lui arrondit les pommettes et lui tire les oreilles,
Son profil venimeux, sa façon de se mordre la lèvre lorsqu’elle mûrit un mauvais coup,
Frimousse

Et puis j’imagine aussi, elle a tous ces visages qu’elle a qu’avec les autres, ceux que je verrai pas, jamais
cet univers où je n’existe pas
Elle m’a chuchoté l’autre fois qu’elle était avec moi comme avec personne, ça veut dire aussi combien elle peut être différente avec chacun. Comme elle est une autre à chaque fois. Tous ces univers qui miroitent devant moi de cette lueur particulière : leur essence est que je n’y suis pas.
Dans cette sphère bizarre dont je suis le centre, j’ai tous ces visages et d’autres que je guette encore, qui sont comme des horizons, avec cette ligne infranchissable
un peu comme ces blessures que l’on ramène du sommeil qui sont moins la preuve d’une réalité que l’indice d’une disparition
tout ce que je recueille dans l’étendue de sa présence, le temps me le retire
Ses visages sont comme des éclats précieux péchés à la main qui caresse sur l’eau de sa vie
Dans le creux de ma pensée qui les fait jouer dans la lumière, ils deviennent aussitôt des nuages emportés dans la nuit de ma mémoire.

Je suis un fragment qui joue avec des reflets

paragraphe de confort visuel
Samedi 4 février 2006