noyade infralucide 2 (1ère partie)
… conscience… vase… lourdeur, sensation liquide à l’intérieur… conscience, événement connu, nausée… maintenant assis, mauvais tournis, des images… gazes oranges dans la poubelle, défaut du miroir, escalier vers le tube… souvenirs, nausées, maintenant debout, chancelant… robe rouge évasée sur le rêve, mouvements en appui sur le mur, fuite d’un objet luisant entre les voies… salle de bain, souvenirs, son corps sous les draps… saisie du sac vert, dépliage,
recroquevillement
silence…
silence… déjà mieux, mais insuffisant… respiration
silence,
silence, sensation de vide intérieur, soupir
c’est fini, simplement ivre et crevé maintenant
dans le sac la masse liquide couleur de sang s’est répandue en étoile à peine formée avec des taches blanches dedans comme un avorton à forme humaine, la chair à vif, des taches noires à la place des yeux, la bouche coagulée qui tortille sur la banquette de l’hôpital,
rouge sur blanc… mon âme est dans le même état que le sac, qu’il vient de retourner un instant avant. Tu n’aurais pas du revenir, elle dit. Je n’en reviens pas. Puis on regarde le médecin qui masse l’être informe, de fines plaques de peau s’en détachent… tout fout le camp, il se tord, il suinte, on dirait que ça remue à l’intérieur. On sort du bloc, je lui promets de ne pas la laisser tomber. Là-bas, n’essaie pas de parler, ça me couperait les jambes, elle ajuste un gant , je vois des bris de verre dessous, cette fois c’est mon tour, j’espère que je n’ai pas trop perdu la main.
Je respire. Je me relève, mon bras passe au travers du lavabo, je chute, ma main est luisante, je reconnais mon visage dedans, je peux l’écraser entre mes doigts… de l’autre côté des choses, il y a un néant discret et rétractile comme un tunnel, ses jambes sont comme des aiguillages, mon dos comme une plaque ouverte sur la nuit.
Je ressors des toilettes,
un aquarium à l’entrée et des miroirs partout dans la salle, jusqu’aux mouvements polis et métalliques du plafond, les serveurs ondulent entre les tables, derrière F sur le mur je vois la chevelure d’une femme qui pourrait être tant de personnes dans tant d’endroits. Sa robe lui tombe si bien. Le brouhaha fait des filets de bulles, avec des sons de téléphone. L’une de ses crevettes était tombée dans mon verre, il avait débordé, les têtes et les carapaces formaient un monticule dans son assiette. Pincée entre les doigts, je lui exposai scientifiquement pourquoi la tête de crevette ferait un magnifique engin spatial et ce que nous pourrions y faire cachés tous les deux à l’arrière. Le serveur était derrière moi, elle éclate de rire.
Elle se relève, j’ai l’impression de n’être qu’une projection de son regard. Elle se relève, elle a une sensation de déjà vu. Un téléphone sonne, comme ça tu rêveras un peu de moi, je serais moins jalouse…. L’air est humide, il pleut, je t’appellerai…
Nous irons à la gare, je ne dirais plus rien, le temps passera trop vite, nos mains se dénoueront, le bras ravisseur du train l’emportera, traçant dans son double sillage ferré l’échelle abattue de nos nuits, dont les marches s’enfoncent au loin , où l’on s’allonge pour mourir, je verrai deux lueurs rouges s’éloigner, je sentirai dans mon corps l’envie de se retourner sur lui-même … je n’ai rien, elle dit une main sur le ventre. Elle retrousse les lèvres pour sourire va pas comprendre tout à l’envers, pas la peine de te faire un sang d’encre ; tu t’en sortiras… tu m’oublieras…, elle se mord la lèvre, elle a du mal à se retenir.
tous les trains se jètent à la mer et la mer se jète dans le vide,
… mon cerveau est logé au cœur de ma main, mon corps tout entier se délie pour saisir mon verre salé et cristallin, je suis l’entité couvrante qui épouse l’objet pour l’extraire de la masse informe de l’univers, je peux m’enrouler autour, tout mon corps reconnaît l’objet, mon cerveau est préhensile, ma pensée est amoureuse, je ne fais plus la différence entre réfléchir et embrasser, mais je sais qu’il est des enlacements mortels, d’autres qui provoquent d’horribles céphalées.
Boire. Quelque chose en moi est englouti
Miroir… c’est bien moi. Je n’ai pas de cloques sur les bras et les jambes.
juste un mauvais rêve, fatigue
je retourne dans la chambre, je jète un dernier mouchoir dans la poubelle, il y a des étoiles opaques et filamenteuses entre les objets.
Je me recouche, sa chevelure nage entre les draps et son odeur.
Juste un mauvais rêve, dormir pour oublier ou l’inverse,
tout aura disparu demain



