poésie
le jour se lève
c’est un nouveau monde qui commence
bof
le jour se lève
c’est un nouveau monde qui commence
bof
On trouvera sûrement Greuk, beaucoup trop discret. C’est vrai. Aussi sachez qu’il s’agissait là de l’une de ses premières affaires, même s’il avait une longue habitude des postes de police, il était tout nouveau pour ses collègues d’avoir à le considérer comme un collègue.
Pourtant, il l’élucida, ce qui n’est pas rien comme l’expose le dossier ci-dessous, titré :
« Juju la bonne berrichonne était morte des mains barbares d’un jockey anglais »
(avertissement : cette grille fait appel à des tours déloyaux, fallait pas compter que je fasse les choses proprement )
eh oui, sinon on va plus s’y retrouver et ça va devenir terrible
Terrible !
je veux même pas y penser
maintenant, comment concilier des séries passées qui ne sont pas allées assez loin avec des séries futures, qui elles bien sûrs le sont allé beaucoup trop ?
Oui, j’en conviens, il ne tenait qu’à moi de procéder autrement
enfin, c’est ce que vous croyez, parce que moi je sais bien ce qu’il en est : moi, vraiment j’aimerais être comme vous (ben oui) et n’en avoir rien à foutre de mon écriture (ah liberté).
Mais bon voila c’est l’autre qui commande, alors… (et avec des arguments d’un spécieux, je vous jure, il mériterait bien sa série ce !)
Alors j’en étais là de ma mentalgarade quand je conçus que pour me sauver, l’unique recours serait un héros surgi du passé.
la boucle se referma en coulant et je me rendis compte que si je faisais n’importe quoi, je ne le faisais pas sans talent, et même, j’avais quelque chose comme un chance de pendu :
il suffisait de hisser maintenant l’un des projets qui m’avait fait partir
J’invoquais donc Greuk l’anarkeuf
et devant vos yeux arrachés d’admiration hurlant par les cheveux je créais…
Les mots-croipolar !
(mais si, vous êtez contents)
Je redescends les marches et mes pensées
serait-ce une illusion ?
un escalier de béton aux angles ferrés, flanqué par deux rampes de méral noircie collées aux parois, une troisième au milieu
polythéiste mécréant…
il n’y a qu’un escalier mais avec la rampe centrale, cela fait deux voies. Il y a aussi deux volées de marches
au bout, au bas, quatre portes qui s’ouvrent à double-sens. De l’autre côté, un couloir.
C’est un espace ordonné. Je peux bien être n’importe qui, je peux bien être quatre personnes différentes, de l’autre côté nous serons les mêmes. L’espace se divise et il se multiplie pour mieux canaliser. Je suis dans un lieu de concentration.
… ne serait-ce qu’une foi de simulation, intéressante pour explorer, pour fuir ?
Je passe sous la rampe centrale. Sur une marche un journal maculé, tout dépenaillé dans l’angle laisse encore flotter une aile battue au vent.
Il y a quatre portes. Il y en a toujours une de fermée, en général c’est celle que je décide d’emprunter.
dire que le monde est adéique, c’est dire qu’il est absurde, mais dire qu’il est absurde, c’est déjà sensé et projeter du sens, c’est les deux à la fois
Je pousse. Je tire
elle s’ouvre
mon reflet dans la glace est avalé par le mur de l’escalier, je reconnais une affichette jaune et rouge qui vante les dons héréditaires d’un rare marabout issu de l’ordre du Lac Sacré de la Grande Forêt
J’avance la tête,
mais que puis-je faire d’autre ?, et si toute mon attitude consiste à projeter des illusions et les déclarer vraies pour le motif que je les sens bien, j’ignore en quoi je me distingue d’un fou ou d’un illuminé
je renifle, je scrute ; un type s’éloigne la jambe gauche toute raide, ça sent l’oeuf. Ma vie aurait-elle changé si j’avais franchi celle d’à-côté ? Je suis à peu près certain que non. Il n’y a qu’un seul couloir, pourquoi cela ferait-il une différence ? Je recule. Je vais vers l’autre porte. Je n’ai jamais observé qu’un seul pouvoir à ces portes ; celui d’être pénible à ouvrir pour une femme. Je pousse.
Elle est fermée.
Je me rappelle que c’est l’absurde qui est cohérent, le sens est si facilement contradictoire
Une femme passe à côté. Elle me lance un regard interrogateur, mais quand même elle me tient la porte. Je passe, je la regarde (je me jète à ses pieds, je déchire sa robe, je plonge entre ses cuisses, elle soupire oui, oui, emmène-moi, je me relève, je siffle la trille ésotérique du Maître des Mâlefreniers, accourt Turbine, mon hypermulet aux sabots de feu qui nous emporte jusqu’au coeur en fusion du soleil où le dessin agité de nos ombres confondues capture pour longtemps l’attention des peuples médusés) je lui souris, je la remercie, je m’éloigne.
Le sens c’est comme un arc lumineux qui me tire du néant. L’absurde, c’est la fosse sans fond que je traîne partout à mes pieds.
je suis dans le couloir. Le sol est noir, sale, légèrement luisant, ma silhouette déformée y rampe jusqu’à s’y fondre. Le ciel a disparu, le plafond est d’un blanc arrondi en voûte à berceau.
Je suis sous terre ; il n’y a plus de différence entre avancer et s’enfonçer
Sur la table je regarde ses mains. Je suis épouvanté d’attendrissement au rose de ses paumes. Je relève la tête, le noir de ses yeux est si intense que j’en éprouve un goût de sucre dans la gorge . Akilah. Si désirable devant moi, juste en allongeant le bras, je pourrais lui toucher la joue.
Elle me pose beaucoup de questions, je lui parle de mon site. Elle s’en intrigue. Je m’en étonne, mais elle veut tout savoir. Je lui décris l’idée, son sourire se fait complice Elle aimerait lire. Elle me demande ce qu’en disent mes visiteurs. Je lui avoue qu’ils sont discrets, que ce que j’écris n’incite peut-être pas à la discussion. « ou c’est peut-être que tu les impressionnes », elle dit (elle ose !) d’une voix enjôleuse qui susurre moins le compliment que la provocation désirante. Je m’apprête à abuser de son audace quand à la table d’à côté éclate :
- Acides foriques ? mais bien sûr je connais ! attends, hé, j’ai lu ! : le vrai nom c’est Basique Foireux !
- Haha ! et l’auteur c’est Ami-crotte !
- Hahaha !
Akilah…
si désirable de dos, moi, juste en repliant le bras, je peux me toucher la joue.
Je vais vous paraître d’une modestie extraordinaire, mais je ne suis pas allé saluer mon public.
« je pense donc je suis », ça faisait longtemps que je n’y avais pas pensé.
voyons
l’interprétation courante s’illustre bien à travers une décomposition mathématique (normal c’est rationnel) :
le « donc » pose une implication, dans le sens de la lecture disons une égalité
je pense = je suis (ou comme il disait ailleurs « je pense, j’existe ! » clapclapclap !)
les multiples « je » ne modifient pas l’équation, on peut donc les retirer, ce qui donne en langage courant :
pense : suis
L’acte de penser révèle l’existence.
Ça a l’air super
Seulement,
Quelle assurance avons-nous que le « je » de « je pense » soit bien le même que le « je » de « je suis » ?
Comparons ces assertions :
- Je pense
- Je vole !
- J’ai faim
- Je meurs (les gourmets ajouteront « hélas » avant « je », et « me » après).
Ça sonne pas pareil, vous en conviendrez
La révélation s’accomplit toute seule avec « j’ai faim », on sent bien que « j’ai faim = je suis », mais est-ce que « j’ai faim = je pense » ? Prenons « je vole » : c’est un acte de pensée équivalent à « je pense », puisque pour dire « je vole », il faut pouvoir dire « je pense que je vole ». Mais lorsque je vole, si je me dis « je vole ! », c’est certainement que je n’y crois pas : quel genre d’existence est-ce là ? A l’inverse, je ne me dis jamais « je cours » quand je cours ; est-ce que pour autant je n’existe plus ? Il existe de fortes variabilités dans nos façons de révéler notre existence, décalage suffisant pour dire : Je (pense) différent de Je (suis). Il ne s’agit plus d’une équivalence donc je retire le « donc ».
Voilà. Tout vient de se casser la gueule (ah je suis maladroit). Bon, je sors une balance.
D’un côté, j’ai « je pense » , clonk !
lorsque je pense, je ne me dis jamais « je pense » : penser, comme courir, c’est un acte. Ils sont exclusifs. Penser, courir ; c’est quand j’ai terminé que je peux prendre conscience de ce que j’ai fait. Je me rends compte que j’existe, oui mais toujours trop tard : mon existence , c’est déjà du passé, autant dire plus rien. Ou alors je considère une déclaration (telle par exemple que les incrédules parmi vous aimeraient m‘adresser) : « je pense que tu dis rien que des conneries ». Effectivement, on sent bien une existence immédiate cette fois, mais l’intensité de pensée atteinte en discussion étant bien plus superficielle, il devient contradictoire que notre existence se manifeste par notre superficialité tandis qu’on aime au contraire à se penser selon notre moi le plus profond.
Dans chaque cas, il y a pourtant bien pensée. C’est le « je » qui adopte un comportement étrange, aussi je le noterais : (je ?).
De l’autre côté : « je suis » clonk !
Lorsque je dis : « je suis », il semble bien que la déclaration soit performative : simplement en disant « je suis » : je suis. Seul un être existant peut dire « je » (réservons pour une autre étude les personnages de fictions ou les machines vocales, ils constituent des simulacres que nous élucidons sans peine, cela dit, c’est vrai que les frontières ne sont pas nettes). Le « je » de « je suis » est beaucoup plus stable. Quel que soit son emploi, il désigne exactement ce que l’on attend de lui, à tel point même que « suis » est redondant, puisque lorsqu’on a dit « je », il est bien entendu que l’on a déclaré une existence. Je retire « suis ».
L’aiguille indique : (je ?) pense, je
L’existence (je) se trouve aux deux extrémités de la formule. Entre les deux, la pensée fonctionne comme un transformateur qui convertit une entité incompréhensible « (je ?) » à la racine de notre être, en entité manipulable et identifiable « je ».
alors bon, la foudre est tombée sur ma cahute, une petite fumée noire s’est échappée du modem.
Me voila nomade, comme on dit.
le ciel est donc contre moi, bien sûr étant donné ma confession, je ne pouvais rien espérer de mieux, mais quand même ça complique bien les choses
Il y a longtemps déjà, j’ai résolu que l’athéisme était un mensonge, parce qu’il faisait mine de supprimer Dieu mais n’enlevait pas la foi : le déicide accompli comme simple formalité n’ébranlait pas l’empire divin, il laissait seulement un trône vacant. N’importe qui pouvait lui faire succession, n’importe qui mais doté d’un pouvoir supérieur à l’ancien Dieu :
Il serait inattaquable : la preuve formelle de l’inexistence de Dieu ayant été faite, même agissant comme un dieu, tout aussi intouchable, sacré, absolu (comme la Science, la Démocratie, la Médecine, etc…), aucun déicide ne pourrait l’abattre : un dieu pouvait chasser un autre dieu, mais l’athéisme était immunisé contre l’athéisme.
Il serait multiple : le trône vacant ne pouvant officiellement être occupé, alors il serait proposé tour à tour ou en même temps à plusieurs (la pub, …). Quand bien même un héros hisserait sa valeur jusqu’à en terrasser un, un autre viendrait le remplacer.
Il serait occulte : abandonnant le concept de Révélation au fondement des monothéismes, il se contenterait d’être implicite.
Grâce à l’athéisme, la démocratie posait son comptoir sur l’Olympe pour y organiser ses élections mercantiles.
S’évader se fit impérieux. S’évader demandait de perdre la foi. De trouver son origine, son gîte, de plonger à l’intérieur pour y enfouir les mains, arracher les racines, les brûler enfin.
Mais l’origine,
c’était moi. J’étais mon premier temple, la foi vivait en moi. Parce qu’avant tout, j’avais foi en moi. Tant que perdurerait cette aliénation, je serais toujours vulnérable. Avoir confiance entrait bien dans les prêches de toutes religions. Les soutaneux n’en ignoraient pas le secret ; s’ils nous assurent que Dieu est en nous, c’est aussi parce que c’est en nous que se situe le siège de la confiance ; alors croire en soi, c’est comme croire en Dieu.
Je perdis confiance en moi.
C’est un exercice dangereux que je ne conseille pas. Je peux bien dire que j’ai brisé les vitraux, enflammé l’autel, démoli les statues, qu’à grands coups de masses silencieuses, j’ai provoqué l’effondrement des murs ; en sortant, je ne savais plus me tenir debout, j’étais incertain de la personne qui commandait ma main, je me trompais à reconnaître les objets. Le temple était toujours debout. Il semblait lié à l’essence de ma vie (« je suis », c’est un acte de foi comme « dieu existe »).
J’avais échoué. Je serais donc une créature de foi. Puisque je n’avais su me libérer de tout, je décidai que le mieux était de ne pas choisir. Je ne comprendrais pas l’univers si je me restreignais à n’en considérer qu’un morceau, je les prendrais donc tous. Je serais donc religieux et athée simultanément.
Je serais polythéiste mécréant.
Serait-ce une nouvelle illusion ?
Je lève la tête. Je vois « Filles du calvaire » Ligne 8.
J’hésite…
Je redescends
Pour une raison que j’abandonne à l’inconséquence des dieux tricottant mon destin, j’avais encore du courage. Et même davantage que je n’aurais voulu ce dont je ne m’arrangeais pas bien ; cet allant qui m’emballait se montrait d’une espèce et d’un genre prompt à s’enfouguer, je craignais à tout instant de me voir quitter le chemin pour m’en aller sitôt ruer dans des champs d’adversités les plus aléatoires et les plus périlleux. Il faut bien le dire : jamais courage ne me causa autant d’angoisse.
Pourtant, mais après bien des embarquements, je parvins face au Très-Docte de haute renommée, dans un lieu si lointain que l’itinéraire s’en est perdu en route. Sa sincérité, sa justesse et sa simplicité m’avaient été vantées à hauteur de la profondeur de son savoir. C’était un moine du paradoxe, j’avais confiance, je l’entendis :
« Pour avoir un chez-toi, il te faut un Nom ».
Ainsi.
Il venait de m’en dire beaucoup plus qu’il ne l’imaginait.
Je découvrais que le monde était tombé aux mains d’une secte redoutable, dont j’évaluais pleinement la puissance, le pouvoir et la force pour m’en être fait adepte durant une partie de ma jeunesse. Les gens que je me devais de convaincre étaient précisément ceux auxquels j’avais faussé compagnie de la manière la plus veule, profitant du noir, me faufilant à la détalette, chuchotant au gardien « non, non, je vais pisser, je reviens », pour m’en aller vivre comme Diogène (où du moins sur son exemple, car s’il avait le tonneau vide et la tête pleine, je vous accorde que pour moi c’est le contraire, mais raison pour laquelle aussi, je fais assidûment mes classes en le vidant)… j’avais reconnu la secte des Nominalistes. C’était eux qui dissimulaient leur conspiration derrière cette entité ubiquiteuse et polymorphe nommée de tristes légendes : Registrâââr. C’était à eux que je me devais maintenant de dire : « euh, ahem, ça y est, j’ai fini ».
Cela demandait un minimum de précautions…, je révisai mes anciennes Lois.
« Ô Nominalisme ! Ce n’est plus l’étendue qui fait mon nom, c’est mon nom qui fait l’étendue. L’Existence exigeait qu’on prononçât d’abord le concept du Chez-moi pour qu’il devint pensable. L’objet n’existe pas s’il n’existe pas de mot pour dire « objet », la preuve, c’est qu’à la question qu’est-ce qu’un objet ?, on peut répondre : c’est tout ce que tu décideras de nommer objet ».
Ils sont comme ça les Nominalistes.
Les Registrââârs étaient nombreux, la vérité de leur nature si diversement révélée selon les endroits, qu’il n’en n’émanait que ruse et duplicité. Proférer un nom, l’inscrire, m’évoquait trop fortement graver sa marque sur les tables du Destin ; il ne faudrait pas faillir en vigilance à l’instant de choisir de quel dieu j’allais solliciter les faveurs.