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parfois ça devient une présence

je la sens ça fait comme une langue à l’intérieur
plusieurs peut-être
qui rentre par la nuque
espacepour frapper juste sous le cerveau
espacedans la conscience
espacecollée à la conscience par la nuque
qui la renverse pour l’engloutir
c’est là qu’il faut résister
le crâne est une mâchoire et les dents poussent à l’intérieur
la pression s’amorce sur toutes les paroies font des gencives puis serre progressivement
ne pas se laisser disloquer
pas maintenant
résister encore
ne pas être avalé à l’intérieur
combien de temps puis-je tenir
est-ce maintenant que je me rencontre
devrais-je…
devrais-je tenter une immersion
juste la tête
très vite juste pour voir
si je peux m’habituer, si je peux m’adapter
je suis recraché

A quoi ai-je tenu pour remonter
ce n’est pas une bouée c’est de la boue
j’ai des traces dedans les yeux j’ai
des traces de dents les yeux j’ai des
traces d’oeufs dans les yeux
je ne m’habitue pas

paragraphe de confort visuel
Dimanche 25 juin 2006

fin de soirée

Il est tard, je rentre. Je prends la rue de S*** et puis je coupe par un passage qui sépare deux ensembles résidentiels. L’animation de la rue s’éloigne dans mon dos comme un souffle trop dense pour parvenir jusqu’ici. Des veilleuses palpitent sur des murs sans porte (je sais qu’elles sont fermées), qui prennent sous le halo une coloration brune-orangée, vive, nette, inerte comme une écaille, alors que les bâtiments continuent de se mouvoir lentement sous la respiration de leur chair bleu-noir.
Le passage fait une suite de coudes avec des ouvertures sur des cours bétonnées qui servent de parking, de cours ou de rien. C’est peut-être de sentir comme les choses sont tapies en elles-mêmes, les contours secrétant une bave flottante comme si l’intérieur franchissait les frontières de son enveloppe pour se dissimuler, la forme enfouie aux coeurs des choses, comme l’ombre variable pour le regard se révéle sous la main dure et aiguë, l’intérieur fait une arrête à l’angle du mur. Je sais que je ferais mieux de reculer. Maintenant. Le dallage a changé, lisse et humide. Je retiens ma cadence pour enchuter ce bruit de claquement mouillé.
Une plainte. Derrière une voix crache des mots incompréhensibles, menaçants. Une autre plainte, plus glaçante, on dirait une voix d’enfant. Je sais déjà ce qu’il se passe. La peur m’est montée dans les jambes, le sol n’est plus une surface d’équilibre sûre. Si je me retourne, je risque un faux pas, on m’entendra.
Sur la gauche. Sur la gauche un renfoncement. Un homme de dos, avec une lame en main gauche, pointée sur la gorge d’un autre, plus grand, gros, qui geint à chaque bruit de claquement. L’homme qui persifle des insultes et des promesses de tortures, rabattant ses hanches avec plus de violence. Prise aux cheveux, cris, peur et douleur, mouvements, tête du gros dans la lumière. Visage trisomique et porçin. Le mur, le passage, je cours.
J’entends les cris se précipiter aussi. Il me faut plusieurs instants, il me faut beaucop de force pour contraindre mes jambes à s’immobiliser. Mais quand même je me retourne et je reviens parce que non. Je sais que je n’ai pas l’avantage de la surprise, il m’a entendu, je sais qu’il a un couteau, je sais que j’ignore ce que je vais faire et ça a l’air idéal pour se faire tuer. Mais quand je ferme la paupière, l’oeil n’en profite pas pour se retirer, n’est-ce pas ? J’avance, les gémissements me lancent des ordres et me paralysent, j’avance, je cherche une pierre ou quelque chose et tout d’un coup plus rien.
L’homme sort dans le passage, son couteau est ensanglanté. Il me regarde.
Je m’enfuis. Il me poursuit. Ma jupe m’entrave, je ne parviens pas à la déchirer. Au bout je vois des lumières, une sortie. J’accélère comme je peux, je parviens à le tenir à distance.
J’arrive au bout du passage.
Ce n’est pas une sortie, seulement une cour plus grande avec un parc. De l’autre côté une nationale. Je dévale l’escalier pour la rejoindre. Je pèse tellement peu que j’ai l’impression de voler. Je vais beaucoup trop vite sur les marches. Je n’ai pas réussi à toucher la dernière. Je vole encore mais je commence à tomber. Il est un peu plus loin mais toujours derrière. La fin de l’escalier approche, je crois que je vais simplement m’incruster dans le sol. Le choc est violent sur tout le côté gauche de la cheville à la tête, mais je roule. J’entends de grands bruits. Je me relève, je suis de l’autre côté de la nationale. Des voitures filent dans les deux sens à vive allure. Je ne peux pas retraverser, je ne peux pas longer la voie, si je reste là il va me voir. Je m’enfonce dans un terrain vague taillé en cuvette. Il est plongé dans le noir, j’espère que cela me sauvera. Quand je franchis le fond, un bruit de clapotement devient audible. Je m’éloigne, il va falloir grimper de l’autre côté. C’est raide et boueux, sauf à droite, il y a une pile de pneus. J’y vais, j’escalade. A mi hauteur, ils deviennent instables, certains tombent. Aux bruits liquides de leur chute, je tourne la tête, la cuvette s’inonde progressivement d’une eau noire, les lumières de la nationale révèlent des sillages de bulles.
Je m’efforce d’aller plus vite. De l’autre côté apparaît un square avec une balle. Je vais bientôt être à hauteur pour sauter sur le trottoir. Une voiture est garée devant.
C’est lui.
Je ne peux plus reculer. Je saute. Il tapote le volant d’une main impatientée, ses ongles sont bleu-noir, de l’autre il tient le couteau. Il me toise de mauvaise humeur, il dit :
« bon, alors, tu viens ? Ce soir on fait la fête et demain je te marie ».

paragraphe de confort visuel
Samedi 24 juin 2006

eau de rose (1)

A cet endroit de la pinède, il n’y avait plus personne. Le soleil devenu rasant enflammait les premières odeurs du crépuscule, faisant courir comme des couloirs ses lumières dont les arbres étaient les ombres. Mais ce pouvait être aussi des cuisses, comme il reluquait les siennes en cet instant par contre-jour sous le tissu de sa robe. Feignant l’un et l’autre l’ignorance et le plus parfait naturel tandis qu’à cette heure en ce lieu, il ne pouvait plus être question de savoir ce qu’il se passerait, mais comment ; ils devisaient toujours comme innocemment. Recueillant, elle, les dernières chaleurs de l’astre, pour un plaisir qu’elle savait double et dont elle abusait malicieusement, savourant, lui, tout le merveilleux de cette éclipse de soleil mouvante, qui avait avantage sur la Lune de se déhancher et de porter au ciel des infinis de convoitise.

On lui avait dit, fais pas ça, vieux, cte fille, c’est une crasseuse, nocive même, des gars qui lui sont passés dans les pattes, y en a plus un qui marche droit, et certains sont toujours à l’hosto.

Comment aurait-il pu le croire ?

paragraphe de confort visuel
Samedi 17 juin 2006

surbjectivité

A la proximité ce corps irrémédiable

espacede ce corps irrémédiable

espaceespacefomentent mentent et faussent

espaceespace une réalité des voix

espaceespacecomposite

espaceespaceespacede toutes trajectoires

jusqu’à l’arrêt

les mouvances de ce corps comme ce corps est étranger du visage est inconnu des voix comme ce corps sont étrangères

espacede ce corps irrémédiable

espacede ce visage au devant

des mouvances aux sillages de l’hôte des mouvances

aux silences de l’Autre

les voix

les voix mouvantes d’échos en tout sens

espaceespaceles voix n’ont pas de bouche

espaceespaceespaceespaceNi origine

vide

A la proximité ce visage au devant

au devant

au devant delà face aux trajectoires

ce visage creux comme une fosse

espaceespacementent mentent et faces

et fasse

ces mots ne sont pas prononcés mots ne sont que d’autres sont que d’autres sons comme gisent dans la masse de la masse vive et les voix masse et les voix comme sont dans la vives sont dans la masse ne sont que d’autres sons dans d’autres ne sont que l’Autre

espacene sont que l’Autre

espaceespaces’échoalise

espaceespaceespaceespaceNi direction

vide

A l’aproximité gîte l’Autre

et la fosse au visage est inconnue des faces sont des hôtes tout autour

comme les voix n’ont pas de bouche comme ce corps irrémédiable

espacede ce corps irrémédiable

espaceespacefomentent mentent et fuient

jusqu’à l’arrêt

espaceet la mouvance devient roide et

espaceet

espacela mouvance devient roide

espaceespacefroide

espaceespacece visage

espaceespacece corps

espaceespacece visage ce corps

espaceespacemorts

espaceespaceespaceespaceNi sens

paragraphe de confort visuel
Dimanche 11 juin 2006

allongé près d’une flaque

Sortant du métro, d’une rue ou d’ailleurs, j’ai un mauvais frisson. Le ciel est gris comme un cimetière, ma main trempée de l’eau sale qui couvrait la rampe. D’avoir trop couru, j’ai au côté un coin pointu comme une aiguille. Les rues poudreuses et scintillantes semblent un tapis rugueux en gravier suifique de métal et de verre. Les bâtiments noircis ou ténébreux, aux façades crevées, aux angles fendus tiennent leurs hauteurs comme des souvenirs qu’ils imitent de leurs ombres déchiquetées et obliques. Des véhicules aux mouvements froissés, portières crispées, roues recroquevillées, ailes brisées agonisent comme s’ils avaient été gazés. Des plaintes, la mitraille au loin et plus près aussi. La mort s’entend partout, ses pas sur le sol se comptent par millier en empreintes de sang, les cadavres ont disparu. La guerre est dans la ville, insaisissable et fulgurante, et la cendre dans le vent s’épaissit partout comme unique horizon.
Un cri. Voix de femme à l’intérieur. Je suis la piste sonore sans savoir pourquoi. Vite. J’entre, le hall en ruine, l’escalier défoncé, j’arrive.
Des orphelins, armés. Tellement d’adultes ont succombé, ils sont devenu les pires adversaires. Elle est derrière, le côté du visage taché de suif. Un regard échangé nous engageons la lutte. Violences contre violences, nos coups sont plus fatals. Trop jeunes peut-être pour être assez camés, quatre des leurs jetés à la mort, ils s’enfuient en hurlant des pleurs par toutes les crevasses du bâtiment. Nous fuyons aussi.
Nous marchons côte à côte, on s’ignore mais nous le savons, on va rester ensemble quelques temps. Que pourrait-on faire d’autre ? l’unique refuge est l’endroit où on se trouve tant qu’il ne s’y passe rien. On s’éloigne du bruit, attentivement. On s’éloigne. On se regarde. On se rapproche.
J’enlève la poussière sur son visage. Elle retient ma main, montre sur mon flanc une blessure de lame bave abondamment. Ça fait mal. Elle me caresse la joue, elle m’entraîne par le bras et des ruelles qu’elle connaît vers un hôpital. Nous marchons, nous sommes prudents. Nous parlons à mi-voix. Ma blessure devient de plus en plus douloureuse. Nous marchons, elle m’aide.
Sous l’effort du parcours, la plaie s’aggrave, sous l’effet du parcours, la plaie se déplace. Lentement. Elle s’approche du poumon et nous de l’hôpital. Le mal est grandissant mais je résiste parce qu’elle est là. Son regard contient tellement de mondes possibles. On se repose le temps de reprendre son souffle. Le seul refuge, je me dis, ça pourrait être juste l’endroit où elle se trouve.
Je tiens.
Lorsque arrive enfin l’hôpital, les urgences sont bondées et j’ai la plaie au cœur.
Elle m’étend dans l’herbe malade, me regarde un moment,
et puis s’en va.

Allongé près d’une flaque
Ma main flotte comme mon regard
De l’autre côté je ne sens rien
Le ciel est toujours gris.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 7 juin 2006

mocroipolar 1 (solution)

télécharger la solution en .doc

Appréciez votre niveau

Vous n’avez rien foutu : vous êtes un civil donc vous êtes suspect
Circulez
Vous avez rempli la grille avec toutes les insultes de votre répertoire : vous êtes un délinquant
Garde à vue
Vous avez trouvé des indices (h3, h3-2, h6-2, h8, v5, v7-2): vous êtes une bleusaille
Vous resterez ici en faction pour interroger toutes les personnes qui passent.
Vous avez trouvé des preuves (h1, h4, h9, v2-2, v3-2, v6, v8): vous êtes inspecteur, c’est le niveau de Greuk.
Pas mal, j’aurais bientôt un autre petit boulot pour vous.
Vous avez achevé la grille : vous êtes coupable, vous avez fait mieux que mon héros, c’est intolérable.
En tôle

paragraphe de confort visuel
Dimanche 4 juin 2006