ligne 07 06

joue contre joute (3/5)

Scène 3 : querelle

- (Elle) Je me demande si c’est plus de l’audace ou de la bêtise.
- (Lui) C’est de la bêtasse ! Mais c’est volatile, ça va partir,
- Non, ça va rester, dans les deux cas c’est inacceptable.
- Je croyais que tu avais une faveur pour les états de confusion.
- Oh, j’aurais confondu ?, en vérité c’était contusion.
- Aïe, ça se gâte, euh… mais, mais pourtant…
- Oui ?
- Si on mélange l’audace et la bêtise,
- Eh bien ?
- Est-ce qu’on n’obtient pas de l’amour ? C’est pas inacceptabe, l’amour.
- !… Non ! Non, c’est de la triche ! Non, ça ne passe pas !
- Si, ça passe.
- Non.
- Mais si, je le vois bien, t’as été surprise, c’est passé, haha, t’es pas contente mais c’est trop tard !
- … Oui, je suis surprise et non, je suis pas contente : l’audace et la bêtise, c’est de l’amour de cruchon, si t’as appris l’amour à Disneyland, t’as qu’à aller le singer à l’autruche qui promène son cul au bout d’une ficelle, toi qu’es fin dompteur, t’arriveras sûrement à la faire courir autour d’un noeud.
- Ouh, mais t’es en colère pour de vrai, là.
- (regard mauvais)…
- Frimousse ?
- …
- Bon, pas bon, euh, écoute, euh… euh…
- Dépêche.

paragraphe de confort visuel
Lundi 31 juillet 2006

trômatique (2)

Couloir.

Des gens passent, se croisent, il y a peu de monde mais il semble que les lois qui animent leurs gestes soient déjà celles de la cohue, comme si elle était préexistante. Il suffit que l’un d’eux soit empressé par une urgence quelconque pour que surgisse entre deux personnes un faux pas, un frottement, un déséquilibre et que tout d’un coup dans ce couple qui se refuse se rejoue comme la scène primitive que les foules vont démultiplier. Je ressens que ce couloir, et tous les autres, n’est pas un espace de quiétude mais je ne saisis pas encore pourquoi pleinement. Alors j’avance. Les murs sont couverts d’affiches qui vantent les choses « désirables » de ce monde, qui clament les dernières révélations. Comme ce sont les choses importantes de cet univers, elles ne doivent pas nous échapper, c’est pourquoi, aussi, nous ne devons pas leur échapper : on trouve toujours quatre fois la même affiche dans un même couloir.

Un peu plus loin, on trouve une série d’images étalées au sol avec un homme assis au bout. C’est toujours un « étranger », un « autre », il est exclus du monde présenté sur les affiches. Les représentations des images qu’il expose me rappelle un catalogue de posters que j’avais parcouru adolescent : on y retrouve ces dauphins, ces boxers, ces bébés, ces bagnoles… ce sont des images destinées à la chambre. Je m’arrête, je me retourne : ainsi dans le métro, on colle au mur tout ce qui appartient au salon, à la salle d’attente, à la fausse discussion d’adultes, et on réserve au sol ce qui avec une fausseté équivalente est du ressort de l’intime, du non-adulte… ce couloir n’est pas un espace de quiétude, il me suffit d’y marcher pour accomplir ma désincarnation. Au bout, il y a une caméra.

Je parviens dans une salle. Je vois un guichet, un distributeur de billet, un photomaton et puis les tripodes. Je me rends dans le photomaton, je paye, il retentit bientôt du son caoutchouteux de son flash, comme une porte automatique. Quelques instants après, je sors, je retire le carton glacé encore collant. Je suis devenu une créature de ce monde, je suis quatre moi aussi, je suis faux moi aussi. Multiple et inexpressif, monstrueux mais c’est ainsi que j’accède à l’existence puisque j’en agrafferai une sur chacune des affiches qui me définit officiellement, carte d’identité, cv, ….

Ce monde fait de moi un couloir où je suis contraint de fouler au pied ce que je suis pour exister.

l’étranger assis au fond qui propose des petites images pathétiques pour survivre, c’est ce qui reste de moi

paragraphe de confort visuel
Vendredi 28 juillet 2006

l’Amokryde (3) « l’empire des âmes mortes »

Rôdant, furetant, en chaque lieu, où je pourrais surprendre une discussion, ou entendre, comme il arrive, la geste de quelque illustre inconnu qui se narrait à voix basse et admirative, j’appris vite et sans tromper ma couverture que les Registrâârs ne profitaient pas de la meilleure considération ; si du moins je prenais garde comme je n’y manquais pas d’en écarter les autres, louangeurs invétérés, thuriféraires fanatiques qu’un même discours dithyrambique incitait à un même soupçon (il était à craindre que ce ne fussent là des adeptes de la Secte). Néanmoins, il semblait communément admis que ces Registrâârs n’avait d’appétit que pour l’argent. Mû par une méfiance naturelle, j’en vins à me demander si la Secte gouvernant les Registrâârs n’avait pas ourdi un plus vaste traquenard, un piège à aimantation : se montrant d’un côté dans l’habit de suppôt, pour mieux capturer la confiance sous le costume du renégat.
On disait assez que le danger était présent mais en des régions bien connues et signalées ; qu’il ne fallait pas s’y aventurer sans se garantir un soigneuse instruction. Quelques autres, authentiques héros ou vils hâbleurs, déclamaient forts d’une vaniteuse superbe qu’ils étaient rompus à l’exercice et l’avaient accompli de nombreuses fois. Tout semblait à la fois simple, évident et retors.

J’observai plus attentivement ces personnages dont les noms parfois fameux évoquaient des cultures et des pays que n’avaient pas encore découvert nos explorateurs. Beaucoup se préoccupaient d’enigmes à énoncé cryptique, appelant pour les résoudre des chaînes d’autres enigmes non moins absconses qu’ils accompagnaient fréquement d’une petite pastille jaune avec un sourire et deux yeux, ingrédient mystique primordial de leurs incantations. Quels pouvaient être ces gens ?
… pris d’une stupeur qui me porta le rouge aux joues, je découvris qu’ils n’étaient pas là, aucun d’eux. Les voix que j’avais cru entendre n’était qu’un écho, la discussion véritablement s’était éteinte plusieurs années auparavant. Rien d’autre nulle part. Qu’étaient-ils devenus ? Quelle étrange portion de leur âme animait encore leurs mots ? Recluse mais intangible, résiduelle mais imprégnante, témoignant toujours du même litige comme une malédiction, aussi longtemps qu’il y aurait quelqu’un pour écouter. Je sentais qu’inévitablement la manifestation deviendrait caduque, le sens irait s’amoindrissant, il ne resterait plus à la fin que l’indice d’une présence. L’anti-indice : il ne dirait pas « j’approche de quelque chose, mais quelque chose s’est éloigné de moi ». Un mirage ondula devant mes yeux, les apparitions du présent qui m’avaient d’abord semblé de fleurissantes cités avec des eaux jaillissantes aux fontaines où étancher ma soif, n’étaient que des vestiges, des vestiges grandissant ; Internet était un immense cimetière d’âmes.

Qui était capable d’une chose pareille ? La Secte ne pouvait réussir un tel forfait, en tout cas pas seule. Qui pouvait à la fois vouloir des âmes et … de l’argent…
Nom de dieu !
nom de dieu, c’était le diable !, damnée quête de toqué que je m’infligeais, et pourquoi au juste ?, il y avait pourtant tellement mieux à faire… pour écrire !, pour me transmuer moi-même en empreinte fantômatique : désigner un lieu de résidence c’était me choisir un tombeau à hanter. Fallait-il que je pactise pour me perdre ?
Le diable qui corrompait par l’argent, d’après mes souvenirs c’était Mammon. Il régnait sur quelque chose comme le cinquième Enfer et il était gros. Ma main gauche n’y suffirait jamais… j’étais prés d’abandonner. Je crus même que c’était fait

mais la mémoire déroulant son fil, il me revint que Lilith, Reine des succubes, profitait d’un rang bien supérieur à Mamon… Il m’apparut tout d’un coup de la meilleure invention, qu’il était possible de poursuivre héroïquement ma quête en allant rencontrer cette femme indocile pour lui passer un marché. Je savais dans quels genres lieux elle faisait chatoyer la traîne de ses maléfices… et s’il fallait risquer son âme, je goûtais des plaisirs autrement que l’argent.

paragraphe de confort visuel
Mardi 25 juillet 2006

joue contre joute (2/5)

Scène 2 : chamaillerie

- Aïe !
- (se frottant la main avec détachement) Oh, excuse-moi je suis confuse, alors t’as trouvé ?
- Je sais pas, ça me brûle au visage, c’est peut-être que j’approche.
- Si c’est ton mode de recherche, je peux te faire progresser très rapidement
- C’est gentil mais j’hésite parce que les tapes ça brûle et si je brûle l’étape, ça risque de tout faire foirer, étant donné l’objet du litige ça pourrait être embarrassant.
- Très délicat, et c’est comme ça que tu espères t’en tirer ?
- Bien sûr que non, avec toi je m’en tire jamais, alors ce que j’ai de mieux à faire c’est de choisir finement le motif de ma perte.
- Finement ?
- Mais oui, je sais qu’un démon enragé vit en toi, qu’il n’espère rien moins que rester au calme, en pointant tout ce qui te fait bondir, je sais bien que je nourris cette créature, que je la fais vivre, et c’est donc bien par amour de toi que je la provoque ; aussi parce que tu me veux sincère, tu sauras désormais que lorsque je pourlèche du regard quelques rondeurs passagères, je me comporte comme le plus parfait des amants, que le plaisir de ta colère tu me le dois, qu’il te paraîtra bien inévitable que pour me prémunir des violences de ton sale caractère, j’aie préféré me faire dompteur et choisir moi-même les heures de sortie de ton animal furieux…
- (voix douce et trompeuse) Dompteur ?… mais, dis-moi, t’as bien mis ton collant de cirque au moins, ça va pas t’empêcher de courir ?
- je ne trouverais pas insensé que tu te jètes instamment à mes pieds pour me déclarer toute ton adoration…
- (voix douce et bouillante) oui mais tu vois bien que l’insensé ne me fait pas peur : toi courir beaucoup et hurler très fort, mon cher coeur (tapant des ongles sur la table).
- D’accord si tu veux t’allonger pour me montrer ton ventre j’accepte.
- … Tu… tu n’as pas peur, un peu, de ce qui t’attends là ?
- Je suis terrorisé.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 12 juillet 2006

jouons avec René 2

Finalement je me levai, l’esprit entouré de cette curieuse vase oxygénée, dont les bulles provoquent des remouds qui me semblait le spectacle inversée de la chute d’un corps dans l’eau : les bulles semblaient ascentionnelles mais en vérité leur intention était de m’enfoncer car l’air qu’elles convoyaient était celui du sommeil, comme si pour me piéger il tentait de m’éveiller à l’inconscience en provoquant dans leur éclatement de zones d’effondrement. Seulement rien n’y faisait, je demeurais en lisière aliéné par mes divagations.

Je me levai, donc. Titubant dans le brouillard épiphytique, j’allai jusqu’à mon grand coffre à diableries, j’en soulevai le couvercle et saisis mon René. Quel étrange idéal me pinaillait soudain ?, je me rendis à la cuisine, je me munis d’une cuillère, d’une cassserole pleine d’eau et d’un yahourt. Je pris la cuillère, mis le casserole au feu et je mangeais mon yahourt, songeant qu’il y avait peut-être là quelques secrets alchimiques, que faire la pesée des éléments n’était qu’une étape préparatoire, j’effectuais maintenant la première véritable opération.
Je plongeai mon René dans l’eau bouillante (il hurla bien sûr). L’eau reprit bien vite son frémissement et il ne fallut pas davantage que le temps d’échauder une tomate pour que soudain, j’en étais sûr !, un corps se détachât de René. Je retirai la casserole pour égoutter les corps et je fis cette découverte :
La Pensée venait de se détacher du corps de René (qui avait rétréci), si bien que la célèbre formule n’était plus que : « je suis donc je suis ». Magnifique tautologie qui disait tout, tout en ne disant rien et pourtant qui paraissait un peu indépassable. La Pensée gisait juste à côté, inerte car ce n’était rien d’autre qu’une étiquette, un label, celui de la philosophie venue planter son drapeau sur l’humain pour en faire une créature philosophique. « je pense donc je suis » de toute évidence était une tentative d’annexion du monde par la pensée.
Mais de tout évidence, le champs de l’existence était plus large que celui de la pensée, ils n’étaient pas alignés. On pouvait donc logiquement trouver « je ne pense pas donc je suis, » et « je pense donc je ne suis pas » et même bien d’autres choses. Au fond de tout cela résidait au moins une inconnue ou une Inconnue. Je ne pouvais pas en rester là, malgré l’heure tardive de la nuit, je sortis dans mon jardin pour attraper mon Kant qui courait dans l’herbe. Il y avait du noumène c’était sûr. Je ne me laisserai pas faire, j’avais des tours contre ce genre de luron. Parce que je ne croyais pas non plus que le noumène pût être un absolu, mettre en évidence juste un morceau, ça devait être possible. Je sortis ma rape (il hurla) et on dira ce qu’on veut mais raper du Kant à cinq heure du mat’, c’est quand même courageux. Je recueillis les copeaux que je jetai dans un bol, résolvant que tenter de rendre discernable pour la pensée quelque chose qui par définition lui échappe, ce n’était rien d’autre que mélanger des corps contraires, je versai de l’huile, je versai du vinaigre, je touillai vigoureusement (il gémit copieusement et c’est beau le cri du noumène quand l’étoile du matin lance comme une promesse l’éclaircie de ses premiers feux… et, et franchement je me serais bien bouffé une laitue). Enfin, je goûtai, si ce que je concevais était juste, le noumène (indiscernable de la pensée) aurait un goût (discernable des sens) qui provoquerait une pensée (discernable de la pensée) : ce que je ressentis me stupéfia, c’était tout chaud, délicieux et familier. Je courus chercher un dictionnaire, en le consultant je m’écriai « Mais bien sûr, le sens était là, mais comme toujours, il s’était retourné pour se cacher ! Ah maudits Québécois ! ».

Car tel était le goût du nouMène, qu’indubitablement il camouflait « nouNème », de « noune » (chatte en québec.) plus « ème » (comme phonème), qui signifiait :
plus petite partie signifiante de la chatte.

Tout était donc là
physique kantique, c’est rien qu’une expression pour désigner le cops féminin et son mystère.

Mais quel était-il ce nounème ?, voilà ce que je ne parvenais toujours pas à me figurer

 

 

paragraphe de confort visuel
Samedi 8 juillet 2006

joue contre joute (1/5)

Scène 1 : discussion

- Ta théorie, ton truc là sur René, je suis pas d’accord.
- Ok, bon, comment tu veux que je te punisse ?
- (elle sourit avec férocité)… je pense c’est rien qu’une pensée de mec.
- Quoi ? Mais comment ?
- Tu penses que les « je » sont tous différents à chaque fois, tu vois les « je » comme plein de micro-identités séparées, moi je les vois comme confondus à l’intérieur d’un même ensemble, tu comprends, la matrice.
- Tu veux dire que la manière dont on se perpétue, ovule ou spermatozoïdes, ça aurait une influence sur la construction de notre identité ? Ça me plait ça, on est aussi ce que l’on transmet.
- Ben ouais, regarde, les mecs c’est toujours un peu blindé comme compagnie, ça compartimente, les filles c’est plus diffus.
- Confus aussi non ? Une femme enceinte, y a deux êtres qui habitent le même corps, ça veut dire quoi quand elle dit « je » ?
- Aussi oui… mais jamais au point de quitter du regard son amour pour lorgner les fesses d’une passante, tu veux mes yeux ?
- Mais non, t’inquiéte c’est compartimenté…
- Mais ! mais i’ continue le salopard, mais tu vas t’arrêter de la reluquer, oui ?
- Impossible ! Par ce beau soleil, il faut absolument que j’assiste au mouvement de ses courbes épanouies sous le jeu des caresses zénithales sans quoi le secret diffus de son mystère va m’échapper.
- Pardon ?
- Euh..
Clac !

paragraphe de confort visuel
Jeudi 6 juillet 2006

rêve de vieux

pince-moi, je bande !

paragraphe de confort visuel
Lundi 3 juillet 2006