Finalement je me levai, l’esprit entouré de cette curieuse vase oxygénée, dont les bulles provoquent des remouds qui me semblait le spectacle inversée de la chute d’un corps dans l’eau : les bulles semblaient ascentionnelles mais en vérité leur intention était de m’enfoncer car l’air qu’elles convoyaient était celui du sommeil, comme si pour me piéger il tentait de m’éveiller à l’inconscience en provoquant dans leur éclatement de zones d’effondrement. Seulement rien n’y faisait, je demeurais en lisière aliéné par mes divagations.
Je me levai, donc. Titubant dans le brouillard épiphytique, j’allai jusqu’à mon grand coffre à diableries, j’en soulevai le couvercle et saisis mon René. Quel étrange idéal me pinaillait soudain ?, je me rendis à la cuisine, je me munis d’une cuillère, d’une cassserole pleine d’eau et d’un yahourt. Je pris la cuillère, mis le casserole au feu et je mangeais mon yahourt, songeant qu’il y avait peut-être là quelques secrets alchimiques, que faire la pesée des éléments n’était qu’une étape préparatoire, j’effectuais maintenant la première véritable opération.
Je plongeai mon René dans l’eau bouillante (il hurla bien sûr). L’eau reprit bien vite son frémissement et il ne fallut pas davantage que le temps d’échauder une tomate pour que soudain, j’en étais sûr !, un corps se détachât de René. Je retirai la casserole pour égoutter les corps et je fis cette découverte :
La Pensée venait de se détacher du corps de René (qui avait rétréci), si bien que la célèbre formule n’était plus que : « je suis donc je suis ». Magnifique tautologie qui disait tout, tout en ne disant rien et pourtant qui paraissait un peu indépassable. La Pensée gisait juste à côté, inerte car ce n’était rien d’autre qu’une étiquette, un label, celui de la philosophie venue planter son drapeau sur l’humain pour en faire une créature philosophique. « je pense donc je suis » de toute évidence était une tentative d’annexion du monde par la pensée.
Mais de tout évidence, le champs de l’existence était plus large que celui de la pensée, ils n’étaient pas alignés. On pouvait donc logiquement trouver « je ne pense pas donc je suis, » et « je pense donc je ne suis pas » et même bien d’autres choses. Au fond de tout cela résidait au moins une inconnue ou une Inconnue. Je ne pouvais pas en rester là, malgré l’heure tardive de la nuit, je sortis dans mon jardin pour attraper mon Kant qui courait dans l’herbe. Il y avait du noumène c’était sûr. Je ne me laisserai pas faire, j’avais des tours contre ce genre de luron. Parce que je ne croyais pas non plus que le noumène pût être un absolu, mettre en évidence juste un morceau, ça devait être possible. Je sortis ma rape (il hurla) et on dira ce qu’on veut mais raper du Kant à cinq heure du mat’, c’est quand même courageux. Je recueillis les copeaux que je jetai dans un bol, résolvant que tenter de rendre discernable pour la pensée quelque chose qui par définition lui échappe, ce n’était rien d’autre que mélanger des corps contraires, je versai de l’huile, je versai du vinaigre, je touillai vigoureusement (il gémit copieusement et c’est beau le cri du noumène quand l’étoile du matin lance comme une promesse l’éclaircie de ses premiers feux… et, et franchement je me serais bien bouffé une laitue). Enfin, je goûtai, si ce que je concevais était juste, le noumène (indiscernable de la pensée) aurait un goût (discernable des sens) qui provoquerait une pensée (discernable de la pensée) : ce que je ressentis me stupéfia, c’était tout chaud, délicieux et familier. Je courus chercher un dictionnaire, en le consultant je m’écriai « Mais bien sûr, le sens était là, mais comme toujours, il s’était retourné pour se cacher ! Ah maudits Québécois ! ».
Car tel était le goût du nouMène, qu’indubitablement il camouflait « nouNème », de « noune » (chatte en québec.) plus « ème » (comme phonème), qui signifiait :
plus petite partie signifiante de la chatte.
Tout était donc là
physique kantique, c’est rien qu’une expression pour désigner le cops féminin et son mystère.
Mais quel était-il ce nounème ?, voilà ce que je ne parvenais toujours pas à me figurer