joue contre joute (4/5)
Scène 4 : fureur
- (Amokryte) Ok… ok tant pis… t ‘es en colère ? t’es hors de toi, là ? … Tu le tiens fort, hein ? Tu risques pas de le perdre tout de suite ?
- (Frimousse, voix noire) Non, rassure-toi, je risque seulement de te jeter après.
- Bon… parfait, c’est parti de rien mais ça n’ira pas nulle part, tu vois là ?… là ce monde… tout ce monde que je dégueule… il faut bien quand même, hein, il faut bien que je le justifie tout entier pour t’aimer : parce qu’il te contient, parce que tu viens de lui, parce qu’à chaque fois que je te serre dans mes bras, c’est comme si je lui disais merci, tu vois, et avec c’est toutes ces saloperies de lois naturelles que je valide d’un coup… c’est pour ça que j’ai tout le temps envie de te voler au monde mais j’ai pas trouvé de quelque part où aller, je sais juste te tenir contre moi, et c’est si faible et c’est tellement dérisoire, comment ne pas être furieux ?… la colère c’est l’état le plus naturel de l’amour, comment aimer en paix si tu es en révolte contre le monde ? … non, c’est ça la vraie triche… j’ai besoin de sentir ton refus de moi, parce qu’on aime toujours par défaut de ne pas avoir trouvé mieux. Si tu n’es pas en colère d’abord, comment pourrais-je croire au mythe d’une histoire ? Ce ne serait plus une évasion mais une prière, une infâme agenouillade, la colère, c’est aussi pour rester debout, il n’y a que debout que je peux croire en toi, debout, droite, fière, folle de rage : c’est à ce moment là, tu comprends, c’est maintenant, tout juste maintenant, parce que tu veux me quitter, qu’il est intolérable que tu restes, qu’il est insupportable que tu partes, c’est maintenant que j’ai le plus besoin de t’enlever, maintenant que tu es juste devant moi et que pourtant tu me manques, que je t’en veux, que je te veux, que je tiens à toi je tiendrai, si tu as encore mal, tu peux taper plus fort.
- …
- …
- (F)… (regardant ailleurs) moi aussi… c’est comme s’il fallait que je te hurle «fuie-moi » ou.. ou…
- Résiste ?
- Résiste oui… il n’y a pas d’ailleurs où je suis mieux que contre toi, tu sais.
- (soupir)…



