lettre aux femmes (5)
Je suppose qu’ayant épuisé toutes les sottises qui s’agitent dans votre âme désordonnée, vous n’aurez aucune vergogne à vous tremper dans la plus insigne des mauvaises fois. Quel serait alors votre propos ?, laissez moi deviner (vous n’avez aucun mystère) : que les hommes sont des lâches, leur force une fumisterie, qu’il n’appartient qu’au pire d’entre eux de s’abriter derrière un discours aussi retors, dans l’illusion qu’on ne remarque pas tout ce qu’un tel culte de la force doit à la dissimulation couarde d’une vilaine faiblesse originelle (bien évidemment je vous corrige un peu, mais votre formulation, Mademoiselle n’était pas si habilement tournée lorsque vous l’émîtes, que sa restitution.fidèle vous fût un avantage)
Puisque j’ai fait voeux de vous plaire, que je ne suis pas homme à considérer les choses à moitié, qu’aussi l’infamie est meilleure lorsqu’elle se légitime, j’annoncerai ceci : de même, avec un zèle sensible quoique un peu long, vous m’avez disputé sur les femmes (mais non vous étiez charmante), de même je ne vous en redirai pas sur les hommes. Ainsi contrainte de me trouver odieux mais lucide, vil mais impartial, vous irez privée du loisir de me contredire inutilement. En quoi, si bavarde vous échouâtes en tout, que pourrez-vous, muette ?
Ne sentez-vous pas avec un effroi intérieur non sans délice, qu’il en est de la force, comme du danger ? Que le plus désirable est d’en être frôlée jusqu’au point de plus grande alarme où l’on n’est plus que tétanie battant la chamade. Que prisonnière d’un silence horrifié, rendue à merci depuis tantôt, il n’est plus en votre possession que d’attendre impuissante, qu’en mon infinie clémence je vous signifie votre sort.



