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Antipoème semiAbsolu (de Noël)

SemiAbsolu, je le répète car tout l’intérêt du texte se concentre dans cet aspect. Et de fait, il serait plus juste de considérer ce « semi » comme double (un double semi qui ne ferait pourtant pas 1, vous commencez d’appréhender le formidable pouvoir du merdigkeit) : si j’ai lieu de croire que vous auriez effectivement placé quelques énoncés, rien ne vous garantit que moi je me serais abstenu. Ainsi l’auteur n’existe toujours pas mais une intention se dessine. Jugez plutôt :

LES DOIGTS DANS LE CUL = bite rétréci et boules pendu ma cousine lève ses cuisses « main sous sa robe » étaler foie gras Noël ! Noël ! suce moi chérie toucher tes fesses, Noël mordre tes seins ma bite dans ta main cadeaux noel teton poilu gentil jeune fille je suce papa pour 50 euro chéri, darling, caviar dans le lard moule crevette mon pipi sent le munster image scintillantes pour petits enfants photo colique crème fleurette entre cuisse poilu lèche-moi soeurette mamie je m’ennuie bain moussant branlette roustons dinde aux marrons tonton collés plafond qui coule odeurs bizarres amokryte conte comme un mufle de vache « quand tu descendras du ciel » elle s’est branler dans le métro 22h mimine culotte à jambon que faire contre l’ennui plein comme une couche, tracer l’escalier courbe alcool video tata chien qui couine youpi sensation de malaise « où tu iras j’irai », salir la crèche avec du gras, amokryte ding, ding, ding « comme les rois mages en galilée » sensation malaise joyeux noël douleurs tete jambes et bras, bouffe-moi la bûche à la rondelle où acheter du Pentothal cousine culotte visage trisomique papi boîteux ou patte folle testicule qui disparait pourquoi minuit mettre des poils autour des boules maman dégueule en rigolant amoure à 2 papa enfoncer pelle à tarte sans abîmer lettre pour demander un lance-flamme Noël ! Noël ! Mémé mange ta main furoncle les brûlures signe obscene mon petit soulier couteau à dents visage de mec en colere guirlande et champagne tâches de sang partout c’est la fête allo police appelle Clarence

paragraphe de confort visuel
Mercredi 27 décembre 2006

intronirisme

(suite de reverse oniring)

para

Le train passe
marée noire carré de ciels allongés en métal d’objets brouillés
je ne sens rien
les fondations roulantes du monde traversent l’univers vers le dos de mon crâne
le train passe
je me relève, je monte sur le quai. Personne. Le train ne s’est pas arrêté. Je tremble comme le lit obscur de ballast qui tâche mes vêtements.

Personne. Au bout du quai, je sais, l’escalier qui mène à la sortie. Je ne bouge pas. Je pense que je rêve. Je me souviens de tout ce qu’il vient de se passer, je pense que je rêve. Dois-je remonter ? vais-je entendre de nouveau un cri… qu’est-ce qui m’attend là haut… une chance d’éviter la blessure ce coup-ci ?, ou bien faudra-t-il que je succombe encore près de l’hôpital pour me relever ensuite et venir jusqu’ici me jeter ? pour tout recommencer encore.. Le quai bave un peu sur le bord.

Depuis combien de temps suis-je dans ce rêve, combien de fois ai-je grimpé ce quai, je l’ignore. Ma mémoire ne remonte pas au delà de ce tunnel. C’est peut-être là que je devrais me diriger. Sur l’autre quai, le bord est enflé et fendu, une affiche vante la voûte du Palais. Le tunnel, je sens déjà qu’il est infini, sans lumière, qu’au bout je ne peux que faire la rencontre avec l’Horreur et qu’en chemin je ne manquerais de sentir quelque chose venir dans mon dos. J’ai le sentiment d’un choix possible. Je peux faire autre chose, mais ça implique que j’abandonne une personne qui m’a soutenue et qui fut mon amante. Si je l’oublie, il est probable qu’elle meurre, si je pars à sa recherche, il est probable que ce soit moi. Je ne suis pas du tout certain qu’elle m’ait soutenue, ni quelle soit mon amante. J’en ai seulement le souvenir. Je suis incapable de déterminer s’il est vrai, s’il désigne plus un événement passé ou prochain. Mon souvenir ne contient aucune certitude, mais si je décide de prendre le tunnel, à cause de lui, j’aurais des remords. Les mailles noires des traverses incrustées de détritus comme la chaîne d’un appareil d’enterre sur les boursouflures granuleuses des gencives. Un autre train.

Il s’arrête. Fourmilière d’humains sur le quai. Ils sortent avec des clapotements, ils se regroupent en tâche sombre et mobile. Je m’avance vers la sortie et le panneau « interdit au public ». J’hésite. Le train part. Je regarde l’escalier, et si cette fois il se passait tout autre chose. Qu’ont-ils pu devenir là-haut parmi les carcasses de véhicules noircies. Ces gens semblaient si réels. J’hésite. Je crois que le temps se rapproche où elle est agressée par les orphelins. D’être conscient de mon rêve me donne-t-il plus le choix, ou est-ce une pure impression, une illusion que le rêve m’envoie pour m’inciter à croire que je suis davantage moi-même, que je suis plus libre et par conséquent… que je risque plus. Parce que de me croire conscient, je m’en rends compte, m’incite à envisager que je suis mieux averti, que cette fois…

L’escalier. Si au-dessus, c’est le monde réel, alors ça y est, finalement c’était venu, j’étais fou. Sinon… sinon, en définitive, Elle, si je ne suis pas fou, si elle existe bien cette femme que je me mets en retard de sauver, elle surgit quand même avec une curieuse évidence, je me dis. Si je songe au charme qui s’exerce sur moi et qui force mon souvenir. La confiance que je me sens lui accorder lui procure aussi un pouvoir redoutable pour me perdre.

Autant de menaces, j’en ai la montée d’une conviction

j’ai un ennemi dans ce rêve.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 22 décembre 2006

l’ombre au bout de la rue (1/4)

La rue s’écoule à travers moi. Immobile, fluide, passante. Je la traverse au plus près d’elle-même, au plus près de moi-même. Je ne fouille pas l’intérieur des choses, je ne descend pas dans mon esprit. Je suis le fil étroit de la surface du monde rencontrant la surface de ma conscience. A ce point de flottement, une pensée reste fréquentable. Fluctuante et liquide tant qu’elle se courbe dans le courant, tant qu’elle affleure. Le monde glisse le long de mes yeux, défile sous mes pas. Il se renverse dans l’écarquillement opaque des flaques. Vision de mon regard, la minceur du réel tremblant sur la rétine d’eau entre des paupières figées. Les reflets ouvrent dans le sol des poches de monde dont le ciel n’atteint jamais le fond. Mon pied si. Le fond du ciel flotte au-dessus d’un mur. Se pourrait-il que quelqu’un marche sur la flaque de mon regard. Les trottoirs sont ruisselants, la rue noyée de pluie. Il semble qu’un temps ralenti gouverne leur mouvement. J’allais quelque part certainement, mais cela n’a plus beaucoup d’importance. Je ne suis pas vraiment là. Je le ressens dans le mouvement de ma pensée qui s’écoule aussi. Les trottoirs font de petites vagues scintillantes, je dégouline. Des fils d’eau tombent des gouttières dans l’éclat des néons. Gerbes d’étincelles humides, bris de couleurs liquides dans le rideau déferlant en queues de comètes éclaboussantes. Des étoiles d’eau jaillissent sur le trottoir comme si quelque chose avait crevé la surface de l’autre côté. Dans l’aura des lampadaires soluble et effervescente mille gouttes remontent en fusant vers le sol. J’ai les pieds collés au toit du monde. Le ciel est au centre de la Terre, je marche sur la face intérieure du globe. Le sol recouvre l’horizon de son couvercle, suspendu par les pieds à l’enceinte horizontale je pose mes mains à terre. Tout le vide de l’espace se dissimule sous l’écorce. Je suis juste de l’autre côté du néant.

je me remets en marche, ma pensée se dissipe de nouveau, le ciel reprend sa place.
je ne dois pas m’arrêter si je ne veux pas me perdre.

paragraphe de confort visuel
Dimanche 17 décembre 2006

l’Antipoème Absolu

Je vais aujourd’hui faire devant vous la preuve éclatante de mon génie. Vous avez rudement bien fait de venir. Je n’imagine pas de manière plus modeste de vous annoncer la chose, que dis-je l’évènement, tant il brille d’un éclat unique, impensé et magistral.
Comme vous êtes sur Acides Foriques, vous êtes nécessairement fins, cultivés, beaux et resplendissants, je n’ai donc aucun doute sur l’étendue de vos connaissances sur l’art. Vous n’ignorez rien, bien évidemment, des jeux de recul qui furent les principes de toutes les écoles depuis la fin du XIXème jusqu’à « l’art abstrait », comme à la fois l’expression s’est intériorisée dans l’être, plongeant dans la recherche du moi primordial, comme à la fois elle s’est isolée dans l’oeuvre prise du voeux de mettre en lumière l’essence du système qui lui faisait racine. La littérature comme les autres domaines artistiques ne compte plus les tentatives, échouées la plupart du temps, de parvenir au texte absolu, celui qui pourrait dire encore tout, en faisant le franchissement du langage, du sujet, du thème, en somme de tout ce qui fait, fabrique cet art. Et pour quelle raison tous ces ratages, vraiment ? Mais parce qu’ils manquaient d’ambition bien sûr !
A cela, il suffisait (attention figure audacieuse) d’ajouter la suppression de l’auteur pour que tout devint limpide, jugez plutôt, voici l’Antipoème Absolu :

LA FELLATION DE NOS JOURS VIEUX SUCE fantasme masculin j ai des tremblements de la levres c est quoi doigt index JE VEUX TE LECHER amphetes face box rencontre suce-moi immaturité des hommes suce moi fantasmer sur inceste sensation de liquide dans crane deux taches blanches au fond de la gorge « te manger » fesses les palpitation du coeur est de combien pour une femmes ETRE PAPA tremblement de la levre inferieur metro attouchement si rien ne bouge je vais crever vouloir etre papa aimer cousine lointaine ferme dehore film x doigt poteau conte bouteille Le Bon, La Bête et Le Truand histoire pour se branler tache blanche au fond de la gorge porquoi les gens s’e plaignent tout le temps bible adam et eve pour la 6eme que je l’ai sentie la sagesse des anciens barre scintillantes serpent zèbre sensation du bebe qui bouge remonte a la surface allo bonjour tu pu du cul bain moussant CONTE DE RAVISSEUR ecrire son nom sur le sable dictons sur l’homme masculin je me mets des doigts dans le cul image : envie de t’embrasser extrait de enfermée dehor gyrophare et autres choses de la police fille allongée sur les rails la femme ne prend aucun plaisir SEXE LE MONDE « je pense donc je suis  » donc j’existe donc je suis heureux je dort et je réve toujour de meme inconu blog de l entre cuisses de femmes poilu comment l’amour est echue

Eh oui, il suffisait de savoir lire un compteur.

Nierez-vous qu’on ne peut déterminer d’auteur, donc d’intention, donc de thème, que l’écriture brise la syntaxe, le lexique, etc… ? C’est l’oeuvre parfaite puisqu’elle ne s’appuie plus sur rien pour exister. Nierez-vous aussi que pourtant on comprend bien quelque chose encore, que ce quelque chose est éminement poétique puisqu’il n’exprime pas moins que l’intériorité collective de l’homo webos ?
C’est vraiment sublime.
Et c’est moi que je vous donne tout ça, ah comme je suis beau !

Et contrairement à ce que vous croyez, non ce n’est pas facile, ni simpe : c’est unique. Car il n’est plus possible à présent de reproduire le miracle sans que la valeur du poème ne soit modifiée : quelle garantie ai-je en effet que vous ne tenterez pas (je vous connais) d’inscrire des entrées spécifiques pour infléchir la course du texte ? Je procèderai à un nouveau « relevé poétique » dans quelque temps, nous verrons alors ce que peut bien signifier un Antipoème semi-Absolu.

On dit beaucoup que l’art moderne c’est de la merde, évoquant par là l’inexpressivité de l’oeuvre, l’incompréhensibilité du concept, c’est-à-dire l’opacité, la fermeture de l’objet censé ouvrir au monde (la merde est l’objet le plus fermé du monde, quand on met les doigts, dedans c’est toujours de la merde) et l’on croit par là avoir tout résumé. Alors qu’en fait on vient d’introduire le sujet. Parce que si l’art moderne est de la merde (et souvent oui, et parfois même ce n’est plus une image), il signifie peut-être moins en tant qu’art mais il signifie toujours à l’intérieur d’une histoire de l’art. Ainsi comme il est toujours l’expression du monde à travers la conscience, il renseigne à la fois sur notre vision du monde et sur l’état de notre conscience. La merditude (ou merdigkeit pour les puristes), ne serait-ce pas la répétition du mal de vivre XIXèmiste vécue cette fois non dans l’âme mais dans le corps, siège glorifé de la personne moderne, corps opaque, corps-chose saisissable par ses secrétions, victime de l’angoisse pathologique biologico-psycho-médicale de notre époque ?

paragraphe de confort visuel
Mardi 12 décembre 2006

eau de rose (3)

L’instant d’un silence. Il voit passer dans ses yeux le calme, la surprise, la joie.

Un gel parcourt la mâchoire jusqu’aux avant-bras. Etonné, transi.

Parce que son visage n’a pas bougé, parce qu’elle commence à sourire seulement maintenant. Le silence s’est fermé autour deux. Parce qu’il sait, tout ce qu’il a senti n’a qu’une origine.

Violence.

Elle s’approche. Il sent déjà sa chaleur. Croissante.

Sa conscience de son propre corps est une mince enveloppe froide autour des os. Une cheville est tentée de basculer.

Son souffle. Elle lève la tête à la rencontre de son regard. Son parfum. L’injonction d’un ailleurs.

Elle. Un peu trop près dans l’avant de sa vision qu’il ne peut la toucher. Tout est si vite. Si tendu vers la source de son être ne franchit pas l’envers du présent. Elle approche ses lèvres. L’avance du temps glace son squelette jusqu’aux talons, ses mains vont en retard

en retard à la rencontre des hanches.

Elle sourit.

- Je vais te désastrer.

Elle l’embrasse, elle déferle en lui par le contact de tout son corps, elle l’embrase. Elle sait la torche lui prendre le cerveau, ses mains, ses lèvres glissent leurs incendies sur sa peau, cherchent l’affolement de son coeur. Il vient dans l’intimité de son temps, il vient à l’intérieur de ses vêtements. Elle le mord à l’épaule, s’offre à ses caresses par acte de sommation, par loi de somation. Attisant la brûlure en chacun de ses foyers. Elle le mord.

Dévorant captif, il sème une lente dévastation dans ses vêtements consumé dans l’enlêchement de sa gorge, de sa gorge, de ses seins, dans l’incarnation sous ses mains de ses cuisses, de l’intérieur de ses cuisses, de l’extrême limite de l’intérieur de ses cuisses.

Il ouvre les yeux. Son corps parsemé de mille cicatrices,

tatouages, brûlures, scarifications, marques, et son odeur. Qu’avait-elle vécu pour habiter ce corps griffé comme une statue par les frottements du monde, plus évident que la roche, plus présent que le ciel.

Sa culotte est maculée de sang séché. Mais il ne sent pas ce sang là.

- tu es bless…
- chuut.

Les mains dans ses cheveux, elle chuchote :

« c’est pas contagieux… presque pas ».

paragraphe de confort visuel
Mardi 5 décembre 2006