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B&D – (1) – Aventure : découverte

On m’avait filé l’endroit, on m’avait dit c’est un blog,

- un quoi ?,
- un blog, un coin où les gens racontent leur vie,
- oh ben ça doit être coquet, tiens !,
- haha ouais en général ouais, mais là c’est plutôt gratiné,

J’étais parti voir.
Un blog.
Y a une couleur, des titres, des trucs rangés en colonne à droite. Alors c’est ça. Et un texte. « La fin du capitalisme ». Je lis.
… En fait j’accroche pas mal. Y a assez d’illusions déracinées pour que j’ai envie de suivre le chemin. Et puis mieux, beaucoup mieux, elle écrit bien.
Un blog… je regarde un peu.
tiens ? commentaires ? click, ???… Rhôô tiens des tas de gus ! Ah ben voilà ! Je me disais que j’avais pas tout vu, voyons voir, aaah, ah oui, mais oui, mais bien sûr, ah encore mieux, haha ah lui il est bon lui, et oh un miracle ! Oh ben c’est du merveilleux, ah lala si c’est pas une belle tripotée de baltringues, ben mon vieux ça valait le coup de tenir pour voir ça ! C’est vraiment pathétique… il faut absolument que j’essaye. Un nom ? Oah tiens vla un nom, n’importe qui, et puis j’écris un truc, n’importe quoi. Click. Ça marche pas. J’aime Internet, Internet est mon ami, je recommence.
Ah quand même.
Je reviens quelques jours après. Mon message est inscrit deux fois, j’en reviens pas, le salaud de logiciel vérifie si on est impatient. Mais je suis là quand même dans le flux de bavardage des autres. Aucune contestation, aucune remarque ; ça y est je fais partie des baltringues, ils m’ont accepté. La meilleure preuve c’est cette conviction qu’ils m’ont lu et qu’ils me prennent aussi pour un baltringue. AA

Un blog.
Zgr

paragraphe de confort visuel
Mercredi 28 février 2007

B&D (préambule)

Le conteur : L’histoire de « blogeons & drablogs » va bientôt commencer. Comme il s’agit cependant d’un conte assez particulier, il a été auguré de la plus expédiente prévenance que je vienne préparer le lecteur, la lectrice à l’aventure qui s’annonce, de sorte que vous en suiviez le chemin sans bifourcher vers d’égarantes et périlleuses destinations.
Aussi, pour garantir votre orientation, vous trouverez toujours sur votre droite le récit du voyage dans son entier (blogeons et drablogs), muni de raccourcis (thèmes) qui se rempliront et accompagneront progressivement votre lecture. Des indices, en plus, seront semés dans les commentaires lorsque le chemin des épisodes se fera plus dérobant.
Enfin, et pour votre plus grand plaisir, renouant avec la tradition du livre de contes en couleurs, vous trouverez parfois des interventions dans le récit qu’il faudra pointer de la souris pour révéler et dont voici un imaginaire exemple :
AA
Pierre
Le conteur : ah lala, ça y est ça se complique, j’aurais jamais du compter sur lui
Zgr
Le conteur (ta gueule !) Mais à présent, cher lecteur, chère lectrice, place à l’aventure !, et comme vous le savez toutes les aventures commencent dans des régions riantes et reculées qui ne semblaient pas devoir un jour être touchées par l’appel du voyage
ainsi…

paragraphe de confort visuel
Lundi 26 février 2007

souvenir

Je me souviens encore, c’était l’été, l’air iodé mais vif à cause du mistral, les frottements sonores des cigales en bas et puis moi, alangui par la chaleur, la peau du dos toute pelée par les coups de soleil, glissant des yeux sur la voie ferrée qu’on voyait bien là-bas depuis le balcon, dans l’attente du prochain train, parce que c’était le jour, ça faisait moins peur, parce que, je ne me rappelle plus bien pourquoi, mais je savais que la nuit, les trains passaient aussi, que des vampires s’en échappaient pour venir me manger. C’était l’été quoi, la Méditerranée, les trains, les coups de soleil, les vampires.
Et puis tout d’un coup Pépé.
Juste à côté de moi. J’étais intimidé, il parlait jamais trop aux enfants, Pépé, c’était un adulte, même parmi les adultes, c’était encore un adulte, il était drôlement important. Même maman, elle m’avait dit « ton Pépé, tu sais, c’est un homme élégant, il a de la prestance », j’avais rien compris, c’était des mots qui avait l’air vachement grands et Pépé, il était grand déjà, ça lui allait bien, plus grand encore que ça lui donnait l’air. Et là, il était juste à côté de moi Pépé, j’étais tout content, on allait regarder le train ensemble, peut-être même il me dirait comment on tue les vampires. Je mouftais plus de peur qu’il parte. A quoi il pouvait penser en regardant les trains, ça je me demandais tellement que j’avais la tête qui partait en avant. Et puis là, il s’est tourné vers moi Pépé, il m’a regardé avec ses grands yeux clairs, j’étais sûr que j’étais en train de grandir, et puis il a posé une main sur mon épaule, vache, ces battements de coeur que j’ai eu, et puis il m’a dit l’air grave (j’ai jamais oublié) :

« tu sais, mon ptit… tout le monde n’a pas eu la chance d’être collabo »

et puis il est rentré.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 22 février 2007

cataraxie (3/4)

Sol
serait-ce toi ?
sur la graine du béton la pulpe s’est irritée et les doigts s’effilochent
j’ai vu tomber mes yeux sur l’asphalte asphyxié,
le temps remue des bris de regards verts c’est la seconde fois
humectant sur la voûte pour percer l’oculus deux trompes qui s’ébrouent sur les côtes du crâne
la foudre lécheuse renifle les égoûts, repoussent des canines sur les bords temporaux,
si je mets ma main là,
si je mets ma main là,
le sphincter oculaire bavant sur le bitume agité intérieur comme un vers ténébral,
les phrases en cerceaux projètent des visages écalés et tordus sur la paume des briques,
échos du vide passé au tourniquet de la conscience, je ne suis aucun d’eux mais ils sont nés de moi
des mousses dans les rides,
des crevasses pour pupilles
si je mets mes mains là
la pensée se retrousse, desquamante intérieure de paroles écailleuses,
proliférant par division, chaque face aperçue prépare une légion,
méconnaissables intimes, provenant des limons où à perdre l’oreille je n’entends que des odeurs scindent des mots phytiques
ils ne sont aucun de moi mais je suis né d’eux
au coeur d’ombre de l’être, réfléchissant aveugle comme derrière le néant cent fois répété,
il n’y a personne
égosynthèse démultipliée des roseaux mimétiques serrés contre le vide, semant des spores aux ailes de paupières
le vertige de l’amour donne l’appel de l’abîme,
deux oeufs de vit-pères molles, sangsues inoculaires de la pullulation pour force de conviction
le mystère de l’amante est un lièvre de mer, l’amie hase conique, l’amie hase conique,
vide retourné fuyant son origine, la vie, la pensée, l’être, volant au précédent ce qu’il désigne pour sien
personne
mais la béance gravifique
du cerveau eumicide et la fente lucifuge
où soudain se déplie
une patte d’insecte tâtant l’air corrodé
ne plus bouger

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Vendredi 16 février 2007

la balade de Greuk (3)

- Haha, on a un docteur en Malboule ! ça me rappelle cette idée sur le retrait de l’amour que j’ai toujours pas finie.
–- Au fait, y a dla vodka sous ton siège, jte tiens le volant… et ça disait quoi ?
–- Rhââ vodka !… ça disait le passage vers une production technologique des sentiments, enfin un peu quoi, tu vois le genre de logique que j’affectionne…, mais poursuis, pour les jeunes, admettons, mais les autres ? Tiens…
- Cimer, tiens… ah fin de « de futura », on la met en boucle ?
- Merci… euh… ah non pas avec celle qui vient…
- hé, glogloglop
- Hummmph
« … do you have any special feelings ?… I feel like my heart is being eaten by crabs… »
- Alors ?
- Ben i’ suffit dse placer sur l’écart déjà creusé par les féministes et les poilaucouillistes
- les poilaucouillistes ?
- Les défenseurs de l’homme… l’évidence générée par leurs discours aux deux c’est qu’homme et femme sont pas faits pour scomprendre, comme toujours quand il y a des différends, ça fait de la place pour un intermédiaire, genre un psy, qui vient prendre le pouvoir entre les deux. Alors plus simp’, pas plus cher et plus sympa qu’un psy c’est encore la lovepute… pasque quand tu sors du psy t’as des soucis en plus, alors que quand tu sors d’une lovepute, t’as des envies en moins… tiens… une femme gentille et « abordable », quoi.
- Et pour les filles ?… ah merci, glogloglop…
- Mais on s’en fout des filles, là jte parle de Rico, les filles, elles ont des godes, la gouinouille et la mélancolie, tu crois pas que ça va bien !
- Hahaha ! c’est un philosophe, ce mec !… mieux, c’est un founosophe ! (hummmph)
- Ouais, et un bitopuncteur, tu comprends que jle surveille.
- Tiens ouais mais alors, et cte liberté de l’anarkeuf, tu disais que t’avais changé, tu voulais dire quoi ?
- Tu vas comprendre, baisse ton froc !
- Hahaha, ah c’était donc ça ?
- J’en étais sûr, Ev’ t’as bavé dans l’oreille, j’ui frais la peau. Mais c’est pas vrai c’qu’il t’a sorti, tu m’entends ?
- Bon, alors c’est quoi qu’est vrai ?
- Ben… euh, ah oui l’anarkeuf, jme suis rendu compte qu’ y avait comme un genre de contrat silencieux entre l’civil et l’flic. La loi, ça a beau être un interdit, c’est encore un lieu d’échange, à trois y a un jeu d’ bascule qui permet le « pas vu, pas pris », c’est en regardant ceux qui bédavent ou ceux qui baisent en public que tu t’en rends bien compte… tiens par exemple roule à gauche…
- haha
- qu’est-ce que tu ressens ?
- De la joie et de la connerie
- eh ben voilà… la voilà la liberté.

à suivre

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Lundi 12 février 2007

la balade de Greuk (2)

- … ouais, Rico lbédoin, ce vieux bâtard, il est rvenu, i fait la balançoire depuis l’Espagne pour ramner dla cramuche, mais c’est pas seulment, i maque à la grappe et pis dla salope mon pote, chais pas d’où qu’i les brasse mais t’as l’impression qu’elles sont estampillées agriculture biologique et commerce équitable, incroyable !
- … Déroule ! Il aurait trouvé un nid d’aristoputes ?
- Ça a tout l’air… Ouais pis tiens tant que jdéroule, jvais rouler aussi… ben tu vois dans la dernière écout’ téléphonique, on l’a entendu qui parlait dmercatique de la pute. Son plan ça consiste à réintroduire la pute dans le tissu prop de la société. En terme de produit la pute à l’avantage sur l’escort, c’est qu’elle véhicule l’esprit « bas-fond ». C’est un vieux fantasme mais qui fout la trouille à pas mal, alors i’ veut réinstaurer dla confiance. Pasqu’avec une escort, tu t’encanailles pas, i’ manq ce mélange obscur qui t’emmène dans un monde de déchéance. Son truc c’est attaquer le client-cible à la fois lplus riche et lplus faible : l’ado de bonne famille. I’ prend des putes fraîches, il les sème dans des cafés djeunes, elles glanent sur le mode amateur. C’estle concept de la lovepute. Comme ça, tout jeune, i prennent l’habitude des filles… des clients pour longtemps ça devient… hummmph… tiens… kof, kof, un peu comme Ikea avec les parcs à jeu pour les mômes…
- Vache et ça marche ?… hummph…
- Tu parles, les jeunes ça forme des réseaux dynamiques. A cet âge i’ vendraient leurs mères pour palucher dla chaudasse. Après ça change pas beaucoup d’ailleurs, en plus ça fait une aventure pas possib à raconter. Si ça spasse bien, ça spropage, i’ vont mêmfinir par préférer des lieux crades juspour l’ambiance… merci, hummmph
- … il pense pas que les nénettes vont réagir à cette concurrence déloyale en, je sais pas, en férant plus les mecs par jalousie, ou en introduisant par leur mépris une antivaleur sociale du bouffeur de lovepute ? Et puis… le mythe de l’amour quoi, ça va pas tomber comme ça.
- Au contraire, tu sais l’Eglise avait interdit le prêt à intérêt, pourtant elle l’utilisait…, hummph,
- C’est de Rico, ça aussi ?
- Salaud ! Ouais c’est dlui… le truc c’est que ça coexiste pour qla séparation s’aggrave… ça fera plus de culpabilité et ça c’est toujours rentab : plus lmec se fera rabrouer par sa copine, plus il sra tenté par la lovepute. Comme une nana peut pas admettre dfaire des concessions face à une pute, ça a l’air vissé. Le principe, c’est qles femmes deviennent plus difficiles, et l’important c’est pas qce soit vrai mais qu’on y croit.
- Ouais, mais y a l’amour, ça peut aussi bien engendrer un renforcement du mythe…
- Gentil romantique va ! C’est pour ça qla lovepute doit être mythique ! C’est pour ça qRico veut pêcher ses clients jeunes : avoir sa première aventure avec une nénette, c’est presque toujours se garantir du malheur et un souvenir marquant pour la vie. Avec une lovepute, c’est bonnard. Le suravantage, c’est que le jeune a toutes les chances de tomber amoureux de la lovepute, i’ sera marqué pour la vie pareil, il sera devenu client. (hummph)

à suivre

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Samedi 10 février 2007

l’être et le temps (recherche sur plaque de verre I)

Ouvert… fermé… ouvert… fermé

j’étais gentiment en train de reluquer mon trou du cul dans un miroir… quelle charmante petite bête,

ouvert… fermé… ouvert…

accroupi dans la salle de bain et songeant à cette intense parole de Heidegger (que je cite de mémoire, le livre se trouvant dans la chambre) : l’artiste dans le voyage qu’il fait pour accomplir une oeuvre, doit plonger au fond de l’abime…
fermé…
au fond de l’abîme sans fond, mais qui fonde. Car seulement ainsi il pourra entendre les mots susceptibles d’ouvrir le monde…
… ouvert… « mmmh »
klikwîîîrk ! (merde, la porte, Frimousse, j’avais pas fermé !)
- Pinp… ! Oh non ! Mais qu’est-ce que tu fous encore !
(merde, j’ai lâché une bugne !)
- mon miroir à maquillage !
- euh… (… fermé)
- ah maman ! Mais pourquoi ! Pourquoi il est comme ça ! »
- euh, mon coeur, tu n’y es pas, c’est de l’art stercoral ! (ça pouvait passer, on sait pas), enfin, ne vois-tu pas l’effroyable mystère de… de cet événement !, cette présence qui trône ne signifie rien seule, bien pire elle nous rejète, répugnante, obturée, indivisible, mais elle existe n’est-ce pas ?
- J’en suis ravie !
- Attends !… quelle est cette existence ?, n’est-ce pas toute ma journée d’hier que je mets au jour, non pas en imaginaire avec des mots, mais pour de vrai, c’est du passé dans le présent !, réel mais pourtant absent, une chose qui se refuse, même pas une chose en fait mais l’indice d’une autre, à peine une trace, regarde, là, on dirait du poivron !
- (me jetant un rouleau) t’as oublié la signature, Michel-Orc !

sp

sp

« spectre atomisme du temps révélé »
Pinpon 2007
to the happy fiounes.
(3 200 euros sur commande)

paragraphe de confort visuel
Dimanche 4 février 2007