B&D (8) – Guide du Gentil: l’hubris du troll
On suppose au troll cette croyance cannibale qu’en tuant une personne il devient une personne (en insultant l’autre on se fait exister soi). L’existence acquise toutefois est aussitôt détériorée, puisque le geste qui l’enlève n’engendre pas une personne mais un troll. La malédiction se perpétue d’elle-même. Le troll est le personnage le plus personnage (le moins capable d’être une personne) dont toute l’errance consiste finalement à sacrifier son existence en tant que personne pour ruiner la personne de l’autre. Le troll est le personnage tueur de personne. Elle détient à ses yeux quelque chose qui mérite la mort.
Quel crime les personnes avaient-elles commis pour que le troll se sente justifié à dire « je te souille car tu ne vaux rien » ? il y avait un truc qui laissait croire que le troll était blessé ou bafoué (dans son orgueil peut-être ou dans sa religion), il fallait se venger de l’autre pour se soigner.
Quand on disait « tiens un troll » on lui disait « tu n’es qu’un personnage », quand le troll tuait une personne, il rétorquait « tu n’es pas une personne ». Il y avait dans les vociférations du troll ce discours sous-jacent « non mais pour qui tu te prends, regarde ce que je fais de toi ».
Pour le troll, le crime impardonnable perpétré par la personne, c’est de se croire une personne. C’est l’hubris du troll.



