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soleil de nuit (2/4)

Je l’ai regardée pleurer. J’ai ressenti fort l’appel à la prendre dans les bras mais j’ai rien fait. A la place, y le bruit d’airbus de mon pc qui m’est revenu aux oreilles. J’ai compris que mon texte de la splendeur insupportable, je l’écrirai pas. Mes lecteurs auraient donc pas envie de m’insulter, j’étais en train de rater ma vie. Je me fumerai pas non plus une clope tranquille. Parce que maintenant dans le salon, y avait une gamine. Parce que pour une raison que je comprends pas bien, j’allais rester là, à côté d’une fille en larmes, mon amante du temps jadis, en pensant qu’ailleurs quelque part y avait un fumier qu’en avait bien profité et pourquoi maintenant, c’était moi qui écopait. J’ai pensé café ou alcool. Alors ce serait alcool. Avec des gestes lents, comme une vieille mécanique, debout, placard, verres, flacon, service. Bois, j’ai dit. T’es là, maintenant, jusqu’à demain, c’est pas la peine de penser à hier. Ça l’a sortie des pleurs, elle est passée à l’hébétude. Elle a regardé son verre et puis moi. J’étais apathique aussi. Elle a compris que je lui offrais une parenthèse, que je lui faisais pas l’hospitalité pour qu’elle m’enchiale la soirée. Elle a bu, doucement. Moi plus vite. Dans nos silences, y avait toute l’épaisseur de notre histoire. Je me suis resservi. Elle s’appelle comment ta môme, j’ai demandé un peu comme on dirait t’as fermé la fenêtre. Camille. J’ai regardé Camille, elle me regardait aussi depuis un moment. Toi, ça va ? qu’elle a dit, fragile… routine, j’ai menti. Elle a regardé la corde, elle a eu une moue. C’est conceptuel, j’ai précisé. Et tous ces rouleaux de tapis, elle a ajouté après un moment. J’ai eu une période, je dormais n’importe où dans l’appart pour voir comment ça modifiait mes rêves, le parquet c’est un peu dur. Elle a souri, faible, mais j’ai reconnu l’expression, bien digne de moi, elle pensait. J’ai souri aussi un peu malgré moi, j’ai baissé les yeux. Il est moche ce bordeau, elle a avancé au bout d’un silence. Nos paroles sonnaient creux, comme si on aurait pu dire n’importe quoi d’autre. Pas folichon, c’est vrai, j’avais quelques raisons de vouloir un parquet couvert de fureur, Solène. Beurk. Va falloir t’habituer parce que c’est là-dessus que tu vas pachave, j’ai rien d’autre. Un temps. Merci, elle a chuchoté. Elle a eu une montée de larmes, mais elle a vidé son verre. J’ai resservi. On a laissé passer du silence. La gamine, elle tendait une main vers moi, par distraction je lui ai prété un doigt. Elle l’a serré très fort, ça m’est remonté par le bras loin à l’intérieur. J’ai rien montré mais ça m’a fait mal. Elle te plaisait Lisa ? Ben, moins que toi. Ça m’a échappé, je m’en suis voulu tout de suite. Pour couvrir j’ai pas trouvé mieux qu’allonger une autre connerie, t’as faim, tu veux que je cuisine un truc. Elle a eu cette expression qui cachait un grand sourire dedans. J’ai tourné la tête. Je suis contente de te voir, tu sais. J’ai pas bronché, je cherchais ma colère partout à l’intérieur, ça devenait difficile. J’ai très faim qu’elle a murmuré comme un aveu. Ça disait moins l’appétit que l’inanition. Y a des restes de ratatouille, si tu veux. Pas toi ? Bof. Bouge pas, je m’en occupe. Elle est passée dans la microcuisine à l’amerloque, elle a retrouvé ses gestes. Les habitudes reviennent si vite. Je me suis massé les tempes pour oublier, y avait trop de souvenirs aux aguêts. La ratatouille, c’était sa recette. Je fais des pâtes en plus sinon y en n’aura pas assez pour deux, Pinp…
L’odeur de la bouffe a occupé le vide. Je me suis mis à jouer avec le pied de la gamine en récitant de tête les tables de multiplication.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 31 mai 2007

soleil de nuit (1/4)

- C’est à peu près à ce moment que c’est arrivé. Ça m’a agacé tout de suite, à cette heure là quand même, plus tard j’en aboutirai à m’interroger sur mon intuition, mais sur l’instant je maudissais une nouvelle fois ces récurrentes incidences qui amènent toujours les autres à vous déranger quand il ne le faut pas. On venait de frapper à la porte. J’ai bien failli l’ignorer, j’étais encore en pleine composition d’un texte sublime traitant magnifiquement de la manière qu’il convient pour un auteur de ma qualité d’en user de la vanité et de l’infamie afin d’horripiler le lecteur. C’est presque trop facile. Un texte d’un si beau génie même que je n’étais pas très certain de le publier tant il me paraissait que mon lectorat le méritât peu. Une main de femme, légère, timide presque. Est-ce cela qui me détermina, j’étouffai un grognement pour aller ouvrir.
Solène ? je me suis écrié, mais quest-ce tu fous là ? Mais ça alors, et… et ça, c’est ton môme ?
Elle m’a regardé. Elle allait pas bien. Elle a fait oui de la tête. Vraiment une sale mine. C’est le tien, elle a ajouté. Hein ? j’ai éclaté de rire. Elle allait encore plus mal. Mais qu’est-ce tu fous là, j’ai continué. Chu toute seule. Au bord du sanglot, j’ai vu. Y t’as plaqué ton bellâtre ? Sanglots. J’ai ricané, qu’est-ce que j’en ai à foutre ? C’est le tien qu’elle m’a insisté, une deuze avec des hoquets, tu veux pas me laisser rentrer ? Alors ça macache ! Le môme aussi s’est mis à chialer. Mais chu toute seule, chu à la rue. Rien à secouer, t’as qu’à te rentrer chez tes vieux. T’es qu’un salaud, elle m’a traité, parce que je la connais sa famille. Ben tiens, bien sûr, rappelle-moi comment tu t’es tirée, et puis fais le taire ton gosse bordel. Elle l’a berçoté comme elle pouvait, il chialait encore plus. Elle a dit, c’est pas possible, la couche est souillée. A l’odeur, je pouvais pas douter. Ça a pas arrangé ma colère, mais y a des limites, vas-y, ok, rentre grouille-toi, tu le changes et tu dégages. Elle a récupéré d’une main son fourbi de fille avec un môme, la moitié s’est cassée la gueule, alors je l’ai aidée pour faire plus vite. Elle est rentrée. J’ai dégagé la table, elle a posé son chiard dessus, elle a commencé à faire ce qu’il fallait en silence, en pleurant. J’ai pas fait un geste. C’est une fille ? C’est ta fille, elle a chuchoté en reniflant. Là j’ai un peu gueulé, cherche pas que j’ai dit, ma fille, pas ma fille, c’est rien à battre pareil, c’est pas la génétique qui va décider pour moi et j’en crois pas un mot que c’est ma fille. Faut dire aussi que je dégustais méchant de la revoir. La gamine virait au babil, j’ai regardé, elle avait les yeux de Solène, et puis j’ai entendu. Mais c’est quoi cette corde de pendu au milieu du salon. C’est une horloge !, j’ai crié. Elle a pas moufté. Elle a maté l’appart. Et puis moi. Tu voudrais pas m’héberger juste quelques temps, que je trouve de quoi…je pourrais te faire le ménage et la bouffe, un loyer aussi évidemment. Cette toute petite voix. Non. Alors juste ce soir, une nuit, demain je pars. S’il te plait. Mais enfin quoi t’as pas une putain d’amie qui voudrait jouer à la maman là ? Non… il les a toutes sautées cet enfoiré, on est brouillé. Ça m’a scié, même Lisa ? Elle m’a regardé avec des grands yeux, elle a fait oui de la tête. Quel bâtard, j’ai lâché. Solène a changé de visage, c’est devenu encore pire, c’était plus la même douleur, elle s’est effondrée. J’ai compris que j’avais dit une connerie, là pour la dégager, il aurait fallu que je la poigne et que je la bazarde de pleine force. Y a des limites. Une nuit, j’ai dit.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 30 mai 2007

Lettre pour une personne (brouillon 236)

Chère S***,

Je t’écris pour tu saches que tout va bien. Ma nouvelle installation fut bien difficile, tout ce ménage qu’il y avait à faire et puis c’était terriblement bruyant, les gens ne sont vraiment pas corrects, c’est insensé. Mais j’ai tout bien nettoyé, maintenant c’est propre. J’en ai perdu le petit coin qui me plaisait d’abord, mais tant pis, je sais qu’il ne faut pas trop s’attacher car c’est ainsi tout s’en va. Tout était tellement encombré au début que j’ai toujours le sentiment qu’il y a quelqu’un, mais c’est seulement le temps qui passe. Pour m’y habituer plus vite, j’ai arrangé une sorte d’horloge suspendue avec de la corde (c’est une lubie certainement, oui mais quelle élégance quand même, quelle pureté, quel amour !). Le battement de mon horloge n’est pas très régulier, c’est vrai, bien souvent je dois me lever pour le remettre en marche, mais ce n’est pas fâchant parce qu’elle est très belle. Tu devrais la voir, tu serais fière, toi qui me plaisantais de ne pas prendre soin de l’ornement, je me suis même muni d’un petit tabouret pour accéder plus facilement au haut, il est un peu bancal ce qui m’amuse toujours et surtout il est très assorti. Du reste c’est presque mon seul mobilier (un luxe !) comme tu sais les appartement en ville sont très chers et exigüs, aussi j’ai sauvé le plus d’espace possible. Mais j’ai étendu des tapis en laine partout, très épais et d’un joli bordeau uni, c’est plus doux et ça m’évite de reconnaître des visages dans le parquet (le sol à nu était bien trop méchant). J’ai ajouté aussi des rideaux ocres aux fenêtres pour ne pas recevoir trop de soleil, mes yeux sont devenus fragiles, la lumière me cause vite de terribles douleurs. Oh et tu vas rire, je me suis converti au nudisme ! Et puis en raison des oiseaux aussi, je ne supporte plus de les voir, ils sont tellement cruels, je n’imaginais pas au début le degré d’horreur qu’ils pouvaient atteindre, c’est vraiment terrifiant. Rien que de les entendre peut me plonger dans l’angoisse. Je règle toujours un goutte à goutte sur un verre en métal posé à l’envers pour tromper ces mauvais bruits de l’extérieur. Comme tu vois, on ne se laisse pas faire et on s’adapte ! Tu serais vraiment fière ! J’ai presque tout ce qu’il me faut, c’est très réjouissant, et, tu ne sais pas, mais, surprise !, j’attends quelqu’un.

Depuis que le froid s’est installé, on dirait que le calme a tout mangé. La vie est beaucoup plus tolérable, les murs ont cessé de crier et les gens ne viennent plus frapper ma porte par erreur, ni par vice. Je prends le temps de me reposer c’est bien agréable d’autant que mes mains me font moins mal ce qui est heureux car j’ai vidé ma boite de pansements (en revanche j’ai comme des sensations d’érubescences aux visage et mes pincements froids à l’intérieur n’ont pas cessé, bah il faut croire que je suis hypocondriaque, ce n’est pas bien grave). En revanche, je reste un peu chagrin à cause des tâches brunes sur les murs, malgré mes efforts, elles n’ont pas disparu, parfois même je crois qu’il y en a de nouvelles, c’est idiot, n’est-ce pas ? Mais tu vois, je fais attention aux petits détails à présent (je suis devenu très, très attentif). Et puis en se concentrant un peu, on parvient assez bien à les oublier, il faut simplement éviter de les regarder en permanence, ce qui n’est pas si difficile puisque je suis un peu rêveur, tu sais. Parfois je crois même qu’il se produit des visites pendant mes absences, comme il n’y a rien à voler et qu’ils sont discrets, je ne m’en fais pas beaucoup (mais de temps en temps, je fais semblant de révâsser juste pour essayer de les surprendre, oh c’est une petite gaminerie qui ne porte pas à conséquence, ils sont très rapides, je les manque à chaque fois).

Oui, car il faut dire aussi que j’ai beaucoup plus de temps depuis que j’ai quitté mon travail (oui, ne t’inquiète pas, c’est une très bonne chose, je ne pouvais plus supporter l’incessante péroraison des « collègues », d’autant qu’ils parlaient de manière très vilaine et de plus en plus argotique si bien qu’à la fin tout simplement je n’y comprenais plus rien, ils s’étaient révélés d’un si mauvais caractère qu’ils devenaient même agressifs avec moi, ils n’arrêtaient plus de me passer des savons). Je peux donc enfin m’adonner à mes petites passions, c’est vraiment formidable. Ainsi, j’ai remarqué que j’avais un nouveau voisin (les petits détails, tu vois, tu vois !). Il est vraiment très laid (je suis sûr qu’il sent mauvais), je me demande même s’il ne le fait pas exprès. Je l’observe depuis la salle de bain que je ne fréquente plus que pour ça d’ailleurs (je me suis enfin décidé à plonger le téléphone au fond de la baignoire, des fois je le regarde et je lui dis « allô, allô », juste pour rire, mais il ne répond pas beaucoup). La petite fenêtre au dessus du lavabo donne directement sur son appartement, c’est très curieux. Je crois bien qu’il est fou, mon voisin, il a cette façon inquiétante de regarder et cette drôle de préscience qui l’avertit toujours quand je le vois. Après quoi, il m’imite dans les moindres détails (je m’y connais) c’est très génant alors je m’éclipse, mais je ne peux pas m’empêcher d’y revenir (son visage est couvert de blessures, c’est de pire en pire). Au moins il ne fait pas trop de bruit, même si je l’entends souvent tourner en rond, ça ne me dérange pas. Pour tout dire, j’ai même pris sur moi de lui faire à manger. Il a l’air si malheureux (tu sais que je suis un grand sensible). Ça me fait toujours une compagnie et puis c’est moins triste que de cuisinier pour soi seul.

J’ai découvert aussi que je n’avais pas jeté toutes les possessions des précédents locataires. Je les manipule très souvent, ça me fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé une boite avec dedans un petit collier comme un pendule de verre ou de cristal en forme de goutte ; la photo d’une fille adorable (je suis sûr qu’elle te plairait) au dos de laquelle est marqué « je t’aime, je t’aime, je t’aime, mon grand soleil (une petite photo pour toutes les fois où je ne suis pas là en vraie). Ton petit pinson tout chaud (attends-moi tout nu, je te reviens très vite, très vite) » , n’est-ce pas trognon ?; il y en a une autre où elle enlace un type dont le visage était masqué d’une tâche brune (encore), j’ai tenté de l’ôter ça n’a fait que défigurer le pauvre gars (mais elle, est toujours aussi savoureuse) ; une jolie montre féminine au cadran serti de petites turquoises, avec une trotteuse qui marche encore autour d’un petit astre ; et ce message sur un papier qui a du prendre la pluie : « Je n’ai plus envie de te sentir. Je ne supporte plus nos querelles, je prends mon vol pour ailleurs. Ne cherche pas à me téléphoner. Je préfèrerai que tu ne sois pas là lorsque je viendrai chercher mes affaires (ce sera rapide, je te laisse presque tout). Désolée. Je suis sûre que tu retrouveras quelqu’un. Fais attention à toi. Solène ».
Tu dois me trouver bien fleur bleue, cette histoire me touche plus que je ne saurais dire. Je me demande toujours quel est celui des deux messages qui vient avant l’autre. Après tout il me semble bien qu’ils étaient deux avant que j’arrive, qu’en dis-tu ? Moi je crois que le deuxième vient avant, cela dit tu me connais, je préfère les fins heureuses (quand c’est triste, c’est toujours trop triste). Bon je ne te retiens pas davantage, je pense beaucoup à toi. Je te réécrirai très bientôt (ça me fait toujours plaisir) d’autant que comme je te l’ai dit, j’attends sous peu une excellente personne.

A.

paragraphe de confort visuel
Lundi 28 mai 2007

B&D (31) – cartographie : dysblogie

- eh ben voilà, Zgr, t’es arrivé au fond de la fosse, ça sent la merde, tu fais quoi ?
- Euh, je pense à toi…
- Ptit con, tu commences à avoir du mal à respirer
- ok, ok, bon j’explore.
- Dans un coin, tu remarques un passage juste assez haut pour te glisser à quatre pattes.
- A quatre pattes ? Hors de question ! Je te vois venir, à tous les coups je vais me faire poursuivre par un monstre, en plus je te connais, tu vas encore m’envoyer un Tripotanus !
- Hinhinhin…
- Ouais,ouais, je veux pas me faire défourailler le coincoin bloqué dans un boyau d’étranglement !
- Ah la belle mise en abyme !
- Mise en abyme mon cul !
- Précisément.
- Nan, je regarde mieux, je suis sûr que ta fosse, c’est juste un piège à con.
- Très bien, tu découvres une inscription dans la pierre sur un des murs de la fosse…
- Et c’est écrit ?
- « Ce qui est écrit de l’autre côté est vrai ».
- Qu’est-ce que c’est que ce bordel, je vais de l’autre côté.
- Tu trouves un autre inscription
- Ouais ?
- « Ce qui est écrit de l’autre côté est faux »
- Mais quelle enflure, ce Maître !
- Ha ha ha !
- Ok bon, ok, alors si c’est vrai que c’est pas vrai que c’est vrai que c’est faux mais non quand même, alors, euh, euh, ça veut dire que ni le vrai, ni le faux ne peuvent m’aider ! Tout reste donc à inventer !
- … (il m’énerve ce joueur)… bon, après que t’aies dit « inventer », tu ressens un secousse, un des murs recule et s’ouvre sur un escalier du haut duquel se répand une douce lueur parfumée.

La vérité de l’orthoblog était restreinte par les principes qui fondaient son authenticité : elle décrivait le monde de l’immédiatement-là, de l’évidemment-visible. Sa vérité était conçue comme une surface. Cette vérité-surface se faisait encore plus prégnante dans les sites transmetteurs, ceux qui basaient leurs activités sur la critique transblogique, qui s’occupaient donc de qualifier la vérité des autres en niveaux de justesse (ce qui habituellement camouflait une répartition en jugements de joie ou de peine). Leurs méthodes d’analyses invitaient continuellement, dans l’intention de correspondre à une éthique de vérité, à explorer la suite vers autre part (liens, trackback), surface d’autre chose jusqu’à l’extrême référence journalistique (papier), dont l’expression dite objective consistait à exprimer le monde, encore, comme une surface lisse, visible, lisible et plutôt univoque. En faisant le compte de ce que j’avais perçu, j’abordais le trouble pressentiment que le blog et la blogosphère colportaient les champs de valeurs requis et favorables à l’arrivée d’un nouveau Livre Saint (prétendu tel).

En se déclarant espace de fiction, le blog se pourvoyait d’un statut particulier qui contenait quelque part qu’il n’était pas un « vrai » blog. Un blog comme les Cahiers se situait dans une catégorie intermédiaire car il était implanté à la fois dans le réel et dans la fiction. C’était toute la difficulté d’évoquer le personnage de Simone. A un moment donné laissé libre à l’impression de chacun, on se heurtait à l’interdit du privé, du personnel. Il devenait délicat et incertain d’en faire le sujet d’une discussion. Les Cahiers se donnaient comme blog (écho du réel) mais présentaient des scènes extraordinaires (évidence de fiction) : ils se comportaient comme une autofiction du fantasme. Les outils d’épure, de simplicité, d’immédiateté utilisés par l’autofiction pour restituer l’illusion d’un univers réel, étaient employés par l’auteure des Cahiers pour faire éclore au milieu du réel une réalité fantasmatique.
On y goûtait du rêve, ça faisait comme une baie au milieu de la nuit blogique.

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Dimanche 27 mai 2007

B&D (30) – passage secret : l’aveu

Par leur persistance et leur masse, les blogs me rendaient palpable la « loi des 95% », davantage même, ils me l’infligeaient, ils n’étaient plus hypothétiques comme dans l’assertion issue du monde réel (on n’a jamais l’occasion de rencontrer ces 95%), mais comptables, défilant par listes entières. Le blog développait un effet de miroir d’autant plus violent qu’il se fondait sur un principe de vérité. Ensemble les blogs faisaient l’exposition permanente du reflet d’une certaine humanité, considérée comme irrecevable par tout ceux qui déclaraient les blogs c’est de la merde. En cela ils énonçaient conjointement : je suis incapable de m’entendre avec la plupart des autres, ce qui revenait à dire « cet échantillon d’humanité n’a rien de commun avec moi », soit au final, « je suis un étranger au milieu des miens ». Un surf dans la blogosphère commençait toujours par nous renvoyer à quel point nous sommes seuls au monde. Les quelques personnes que l’on pouvait rencontrer face aux millions d’autres ne faisaient qu’affirmer davantage (des bouées dans la mer) l’infranchissable différence qui nous séparait des autres. En rendant « l’humanité » consultable, les blogs rapportaient quelque chose de cette humanité : nous ne la supportons pas, nous ne sommes pas capables de nous y reconnaître : l’humanité est fermée à l’individu. Les blogs fournissaient une réponse au sentiment lyrique qui pouvait me saisir à la contemplation d’un vaste paysage urbain « ah combien d’amis dans cette ville que je ne rencontrerai jamais », les blogs affirmaient « très, très peu… très, très, très peu ».
A quoi remplissant dans une certaine mesure leurs promesses d’aveux, les blogs (représentant des personnes) ajoutaient ce que ces personnes elles-mêmes représentaient : leurs vies. La médiocrité générale était peut-être désagréable, mais en revanche elle était très reconnaissable. En disant «ce blog c’est de la merde », on pensait certainement chacun face à un blog particulier « ta vie pourrie je m’en claque », mais l’ensemble de ces déclarations finissaient par produire un raisonnement collectif : « la vie d’un être humain aujourd’hui c’est de la merde ».

De l’autre côté du monde pourtant, quelqu’un avait écrit « Si petite » qui disait encore une volonté de résistance. J’avoue que juste à y penser comme ça, ben j’étais ému.

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Samedi 26 mai 2007

B&D (29) – passage secret : l’échec

Le jugement « les blogs, c’est de la merde » avait deux caractéristiques : il était très répandu et pouvait être énoncé par deux personnes ne se supportant pas : il réunissait tous les contraires par l’accord du pire. Il faisait la preuve que l’espace de surcommunication du blog était cerné par un espace plus vaste encore d’incommunicable, chacun étant susceptible d’être estimé merdique par l’autre. Tout comme les personnes dans la vie. Le blog de cette façon se montrait un fidèle représentant de l’humain et c’était peut-être là une qualité qu’on ne lui pardonnait pas.

En revenant à l’idéal, le blog avait quelque chose du supermarché de la compagnie : selon l’envie on pouvait se choisir une compagnie publique et collective définie par un thème. Les blogs me permettaient d’avoir accès à des personnes que le cours uniquement réel de ma vie m’eût fait manquer. Ils me permettaient de m’affranchir de l’espace et d’approcher des gens du monde entier pour peu que je parle la langue.
Zgr
Au terme de quoi je concluais « les blogs, c’est de la merde ».
L’échec cuisant. La blogosphère mettait en scène une grande déception. Simplement en consultant le rapport nombre de sites visités/nombre de sites retenus, je pouvais me faire une idée de l’ampleur du ratage.

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Vendredi 25 mai 2007

Apophtegme

Il vaut mieux fumer comme un pompier

que pomper comme un fumier

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Jeudi 24 mai 2007

B&D (28) – passage secret : angoisse

« 55 million blogs… some of them have to be good » Matt.

On sentait bien ce poids dans le choix de l’italique (have) qui laissait entendre que par la force des choses (grâce à une loi non nommée de probabilité), des blogs intéressants existaient nécessairement. Il avait l’air inquiet ce Matt, pour essayer de nous convaincre comme ça, avec des arguments aussi gros (plus justement avec un seul argument aussi faible). On sentait que la sentence dissimulait une angoisse, qu’après tout, il pouvait quand même y avoir 55 million de blogs tous merdiques (l’horreur absolue pour Matt). La phrase devenait plus évidente si on retournait sa logique dans le monde réel : « 6.5 milliards d’humains, certains d’entre eux doivent être biens ». En définitive, on passait de l’affirmation que la majorité des hommes sont des abrutis (95%) mais donc aussi qu’il existe en faible proportion des personnes sauvées (5%), à l’espoir panique (have) que certains rares (some) y échappent, étant bien compris que pour les autres c’est déjà foutu monsieur. « Les blogs c’est de la merde » ce n’était plus « le nombre des idiots est si important qu’il est utile de le rappeler » (95%), mais « le nombre des élus est si faible qu’il vaut mieux le taire » (some).

La blogosphère usait d’une perception de l’humain plus noire encore que celle du monde réel. En quoi avait-il failli pour mériter ça ?

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Mercredi 23 mai 2007

l’arômance

Frou… frou…
comme il en va de nos corps amoureux, alourdis de paresse sous le drap langoureux qui nous offre son refuge telle une ample caresse après l’odyssée d’un festin plantureux, portés jusqu’à l’ivresse par les flots abondant d’un nectar aux entrailles de raisins. Harrassé repu heureux, lyrique, ma main tenant la main de mon amante, bougeant à peine une jambe pour le plaisir de sentir ma lourdeur, pour le délice de retrouver son pied juste au bout du mien.
Frou… frou…
frout !
- … snif, snif, Pinpon !
- C’est pas moi !
Frout !
- C’est pas moi !
- Âââh c’est infame, t’es un gros porc !
- Euh mais non, mais non, c’est juste un mauvais rêve, ça va passer, je suis là mon coeur.
- Ça passe pas, il est toujours là !
- Mais si, mais non, viens mettre ta tête sur mon épaule, tu verras, attends je me rapproche…
Chpron !
- qu’est-ce que c’était, qu’est-ce que t’as fait ?
- je sais pas, j’ai rien fait, j’avais le dos tourné ! c’est pas moi !
- ne bouge pas sinon il va sortir du drap et ça peut être qu’un horrible cauchemar
- un cauchemar, hihihi
- pourquoi t’as rigolé ?, il fallait… beûâââh, il est sorti, euââh, c’est dégueulââsse, je sors d’ici.
- Mais non, pars pas, je… râââh t’as raison, j’arrive, attends moi, c’est trop horrible.

- mais comment tu fais pour pondre des trucs pareils ? Tu les couves ?
- Mais non, mais, mais je sais pas, enfin, écoute, on a mangé la même chose, la même chose ! Hein alors pourquoi plus moi d’abord, hein ?
- Parce que moi je suis une fille, quand je pète ça fait cuicui et ça sent l’eucalyptus !
- L’eucalyptus ?… tu veux dire que si je tombe malade, tu peux me faire une inhalation ?
- Ah ce mec ! Mais qui c’est qui m’a foutue un pourri pareil !
- Ah bon, alors ah bon, je suis plus ton grand loup ?
Grouîîk!
- qu’est-ce que j’ai entendu ?
- T’inquiète, c’est juste mon ventre…
- Ton ventre… et ça présage quoi ?
- … barre-toi vite ! Runaway ! Sauve qui peut !
- Ah bouhouh mais pourquoi, c’était si romantique juste avant
- Trop tard, ah ça brûle, ch’us sûr que je vais avoir des cloques !
- Ah non pitié, mais il est où mon joli coeur, mon gentil héros ?
- Hé mais c’est moi, je suis là, je suis juste là…
[censuré] !
- … euh ok, le héros, il arrive demain, demain c’est promis. T’approche surtout pas.
- (fredonnant à voix blanche) « mais elle rêve et elle imagine tous les soirs en s’endormant que le petit prince des collines vient lui parler doucement »
cuicui !
- quoi ?
- Rien du tout !
- Mais si, mais si… eh ! eh ça c’est pas de l’eucalyptus !
- Pas du tout, t’es tellement plein de ta puanteur que t’y comprends plus rien.
- Ouais, ouais, ouais, t’as louffé comme une petite gorette ! Haha bonjour Cirpet !
- Oh ! Attends voir Ulysse, tu vas l’avoir ton inhalation !
- Je suis le petit prince des culines !
- Je vais te fumer mon cochon !

(bon ben après on s’est battu, on a baisé comme des goinffres, et on a joui horriblement en poussant des râles épouvantables, je crois que c’est sûr, on s’aime)

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Lundi 21 mai 2007

B&D (27) – passage secret : le blog et le bleurg

Là tout d’un coup, le Conteur m’a sorti : « eh allez c’est bon t’as pris un niveau »
- C’est pas vrai, c’est pas vrai ?!
- Si.
- alors je prends des points en plus et tout ?
- Ouais.
- et… et par hasard, est-ce que je rencontre une zoulie aventurière en string de combat ? qui sentirait la myrtille et serait folle des Zgr ?
- Non
- Pfff…
- mais tu ressens un truc bizarre sur ta gauche…
- Je zieute.
- Sur la paroie, y a comme une petite boule en pierre qui…
- j’appuie !
- (il est malade ce joueur) une trappe s’ouvre sous tes pieds, tu glisses sur une rampe de plus en plus vite.
- meeerde c’est pas un trésor !

Une chose que je découvrirai plus tard, c’est que le blog avait fait l’objet d’études abondantes, la plupart collectionnistes et structurelles et tâchant toutes de parvenir à isoler la-définition-complète-du-blog. Elles oubliaient qu’une définition préexistait à leurs analyses avec l’avantage puissant d’être à peu près unanimement partagée par tous les bloggers et pourvue d’une simplicité forçant l’admiration : « un blog, c’est de la merde ».
Une définition pareille, c’était forcément fécond. Comment se pouvait-il qu’un phénomène aussi proliférant fût fondé non pas sur une célébration mais sur une dénégation ? Le blog incluait encore, par définition, un rejet de sa définition mais en pensée cette fois. Où pouvais-je trouver ailleurs une telle déclaration pour m’orienter ?

Je trouvais une expression courante :
- « 95% des humains sont des connards ». La personne qui déclarait « les blog, c’est de la merde » recourrait à cette même logique d’extraction pour sousentendre « mais moi ça va ». La charge de l’insulte était reportée sur la structure (les blogs) pour éviter de fâcheuses confrontations, mais à travers les blogs, c’était bien des personnes que l’on désignait. C’était bien le même principe. Le blog définissant une représentation de la personne par abstraction, il récupérait par déplacement-masquage les jugements visant les personnes. L’opération libérait le discours de toute offence, il s’ensuivait une expression plus net de ce jugement, plus totalitaire mais modifiée aussi dont je trouvais même sur Technorati une illustration officielle puisqu’on y lisait « 55 million blogs… some of them have to be good » Matt. Cette déclaration était une variante courtoise de « les blogs c’est de la merde ». Portée sur un site d’agrégation, à côté de la « search bar », elle avait valeur de parole mémorable, sainte, de celles qui accompagnent le pèlerin dans sa recherche.

Or quelque chose clochait dans le message.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 18 mai 2007