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B&D (39) – cartographie : pratiques

L’analogie du métroblog se poursuivait encore dans sa pratique. Le visiteur était un passant. Au centre du blog, on trouvait la rame de textes. La foule des visiteurs rappelait celle qui défile sur les quais devant l’artiste qui joue ‘à votre bon coeur’. La plupart des gens se comportait en invisibles se contentant de passer, d’écouter puis de filer. Le Citoyen s’arrêtait pour jeter un commentaire dans la casquette. Enfin surtout, la littérature du blog semblait jumelle de celle du métro, elle regroupait pareillement anecdotes, nouvelles du monde, informations spécialisées, mots-croisés, courrier des lecteurs poésie, roman (polar, SF, etc..) assez fréquement de la pub, etc… En fourrant tout dans le même sac, je décelai un support, un contenant commun : j’élus le magazine comme modèle absolu. Il conservait les propriétés essentielles du blog. Il était capable de réunir tous les types de littérature rencontrés puisqu’il supposait la diversité, le personnel, le futile. Il était en couleur, donc susceptible de restituer la livrée du blog (indispensable à la conservation totale du sens). Il était passager : tout comme l’article du blog, le magazine avait la propriété d’être disparaissant. La publication d’un blog sous forme de livre, de littérature conventionnelle sèche ne pouvait être qu’une trahison, une destruction du llogbem. Le magazine représentait l’unique support papier susceptible de recevoir un blog sans trop le détériorer. Le papier glacé d’un magazine plus proche au contact d’un papier humide colportait un autre terrain d’installation du texte dans la conscience pourvu d’une qualité de vérité différente. En dernier lieu la motivation même du lecteur déclarait sa parenté : l’ennui. Le métro était un lieu d’attente, donc assez vite un lieu d’ennui. Dans la blogosphère l’ennui était une des premières raisons invoquées à l’origine d’un blog, on le décelait aussi souvent dans le geste du blogueur, lequel sous couvert d’une distraction meublait un temps mort de sa vie. Si le lecteur arrivait trop tôt sur un site il ne lui restait plus qu’à attende le prochain texte comme on attend le prochain train.

prochain texte en direction de Blogeons et Drablog : Llogbem – le temps
Il desservira toutes les gares jusqu’à Aventure – le Llogbem (terminus).

paragraphe de confort visuel
Mardi 31 juillet 2007

B&D (38) – cartographie : cosmoblogie

Le blog avait un quelque chose d’échérien : à la fois la sidebar menait vers l’en-tête, en cela elle se réclamait de l’étendue du ciel, dont elle pouvait comporter des éléments, à la fois elle accompagnait la colonne de textes (par les rubriques « notes récentes », « commentaires récents », etc…), c’est-à-dire qu’elle s’intégrait dans la dimension du temps. Simultanément accôtée au temps et soutenant le ciel. Quel genre de ville était-ce là ?
En empruntant les liens (catégories, archives, blogroll, etc…) ou en montant dans un texte, je me situai continuellement sur des lignes (ligne verticale de la colonne de textes ou lignes horizontales des listes de liens). Le blog pouvait être ramené à un ensemble de listes. Si je faisais l’inventaire des titres d’une liste, j’obtenais une suite peu cohérente, mais l’ensemble composait la cité, exactement comme la ville m’était représentée dans le métro par un enchevêtrement de lignes et de points avec des titres sans rapport (noms des gares) mais qui forment un réseau, une intériorité labyrinthique (le blog, la ville). Le métro me positionnait dans l’univers du blog : la vérité, la réalité de l’auteure appartenait à un ailleurs (la ville au dessus, la vraie ville, l’idole au bain), je n’en découvrais qu’un parcours, lequel du fait même qu’il me tenait à distance instaurait la vérité de mon approche imaginaire. Le visiteur était sous terre. Au plus profond, la carte du blog correspondait à celle du métro. Le site métroblogique construisait l’ailleurs du temple en déployant un réseau : dans notre mythologie moderne, le métro agit comme preuve de l’existence de la ville, mais il n’est pas la ville. L’aspect échérien de la sidebar m’évoquait le quai parallèle au train des textes, menant vers toutes les sorties possibles (liens) et joignant la voûte du tunnel : le ciel du blog. Le blog lui-même, en tant que ville (par rapport à lui-même), en tant que gare (par rapport à la blogosphère) faisait route, par le simple passage du temps. Il y avait peut-être là quelque chose à entendre des promesses du blog, car le blog conduisait, mais tout comme le métro, l’escalier permettant de joindre la surface lui demeurait étranger : la vérité du métro n’est pas dans la ville, mais dans le métro. Le blog conduisait perpétuellement vers une extension de lui-même, à chaque nouvelle station il promettait encore la ville pour la prochaine.
Il conférait un sens tout particulier au mot « passager », lequel désignait à la fois sa nature (le texte d’un blog est éphémère) et sa fonction (embarquer le lecteur pour un temps, construire un passage qui permettra la construction du prochain passage). Au bout de cette analogie, j’en vins à m’interroger sur l’existence de « blog aérien » que je catégorisai par le spectaculaire. Les blogs qui publiaient de manière continue des documents photos ou video (personnels) incrustaient du paysage à interpréter, ils donnaient leurs villes à contempler (jusqu’à concrétiser la métaphore). Toutefois, tout comme dans le métro, cette ville pouvait bien se montrer, elle demeurait inaccessible, prisonnière d’une fenêtre et d’un moment choisi. L’imaginaire du lecteur pouvait être convoqué de deux façons, l’une qui développait davantage d’intériorité (souterraine, « intime ») et l’autre d’extériorité (aérienne, « réaliste »).
De l’une à l’autre, restaient les instants troubles d’entrées et sorties de tunnels (transition au cours d’un post du souterrain à l’aérien ou inversement), phénomènes qui me paraissaient mériter bien des attentions, mais à l’intérêt desquelles je ne disposai pas d’exemples signifiants.
Restait aussi une nouveauté découverte sur les Cahiers : les entrées et sorties de quai mises en scène par la marginalia. Il y aurait eu bien des choses savoureuses à envisager, seulement en proposer la balade m’est impossible car c’est bien l’histoire de Zgr que je poursuis, or l’aventure de mon personnage s’est déroulée il y a bien longtemps tandis que cette trouvaille n’était pas encore présente sur le site, de sorte que je craindrais de fâcher le lecteur par entorse au principe de cohérence (vous savez mon intransigeante droiture sur le sujet) et plus encore mon personnage lequel ne me pardonnerait d’apprendre qu’il a manqué une occasion de devenir plus taré encore avec du texte.

paragraphe de confort visuel
Dimanche 29 juillet 2007

[la muse et] le poète

Je sais qu’il existe une pensée entre moi et ce message.
intercallaire
Une pensée que je ne parviens pas à nommer
à comprendre
mais qui interfère dans ma composition
qui la déforme
la modifie
en change subtilement le cours
plus je me relis moins je reconnais ce que je voulais dire d’abord
plus j’angoisse, plus je corrige,
plus le texte se fait autre [sous sa dictée]

son intention véritable me demeure encore inconnue
mais je soupçonne qu’elle cherche à agir sur le lecteur
je suppose que cette pensée travaille à divulguer quelque chose que je ne dois surtout pas savoir
quelque chose de fatal qui me concerne, que je refuse d’abandonner aveuglément au lecteur
quelque chose juste là derrière
qui parle dès que je m’exprime
qui se tait quand j’écoute
toujours derrière

A force d’études et d’attention j’ai acquis la conviction que cette pensée est pourvue de caractéristiques précises :
elle est mauvaise
elle est rusée
elle est cruelle
elle n’a aucune vergogne, elle emploiera tous les moyens pour accomplir son dessein
à commencer par n’être ni mauvaise, ni rusée, ni cruelle
car elle se glisse continuellement dans le creux des phrases pour les perturber de sa présence. Etant elle-même modifiante entre les signes, elle n’est jamais semblable à « elle », troublée au milieu de l’onde graphique, ne laissant du mouvement qui la révèle que la traîne de son sillage [...]
Elle ne vit pas dans le mot qui la désigne.
Elle est étrangère à la phrase qui la présente.
[Elle est maintenant tout près]
j’ignore depuis combien de temps
juste derrière
je sais qu’elle va agir, très bientôt. Je le sens, elle va courber l’échine de ma phrase et je ne serai capable que de la sentir. Elle approche. Je trace ses marques par touches successives le plus vite possible pour me protéger. Pour l’empêcher de gagner avant moi le bout de la phrase. Pour lui interdire de déborder. Je m’abstiens d’écrire certains mots [comme mordre,] à cause de l’usage qu’elle pourrait en faire. [J'écris que je n'aurai jamais pris un tel risque spontanément]
Elle arrive.

Elle est
[J'écris qu']Elle est là. [Je décris qu']elle passe. [J'écris que] je hurle quand elle se lance, [en italique j'ajoute] elle me saisit. [je suis effrayé d'écrire en majuscules qu']ELLE MORD. [Mais je suis certain qu'elle vient de modifier cette phrase]. Ce n’est pas du tout cela que je voulais dire. [[J'avais d'abord écrit] « elle m’a forcé à écrire cette phrase »] la douleur est intenable. [J'écris que j'ai mal]. J’ai mal. Je suis sûr qu’elle se délecte de ma douleur. Si elle altère continuellement la nature du message, alors ce message [ne correspond plus à ce qu'il voulait dire], mais il continue de dire cependant, il continue de mentir. Pour cacher la vérité. Pour garantir que la vérité reste enfouie derrière.
Il faut que je l’accule à faire une faute, que je lui barre la possibilité d’utiliser le texte pour se dissimuler, que je lui tende un piège, pour la lier. [J'écris que j'écris pour de faux, j'écris que] j’abandonne ce texte, que je ne reghatd plsiu ni la pahe li le cxlavier, je me conyente d’ »écrire ce que j’éxeis, exazctement, qis j ne peznsz plis, j’éceris qie j’écjeis quz [j »zxeus quez] h »’éxeus que j »écris qsie je vcais lui ibntersire sz q »znprendsree à lmdes mots, qze je nz la laiqqerais pas mz pozzerdez, parce que
elle ment, j’écris la vérité

paragraphe de confort visuel
Mercredi 25 juillet 2007

sagesse biblique

j’ai massacré toute ma famille avec un trognon de pomme

paragraphe de confort visuel
Dimanche 22 juillet 2007

affiches mobiles

Jeans taille-basse, strings apparents.
tatouage sur les lombères, pour être sûres qu’on n’oublie rien. Manque plus que l’étiquette avec un prix. Ou une enseigne. Filles-sandwich à consommer sur place, ou à emporter. Reste à savoir si elles seront bien salade-tomates-oignons, sauce blanche ou harissa. Quelques frites en préliminaires. Avec le menu, on a une boisson gratuite. Junkfilles pour toxikeums. Il paraît que ça fait grossir.
Corps dédoublés de la personne, modélisés pour la stimulation. Corps artifilimbiques pensés dans l’intention de faire perdre la pensée. Sémacorps mouvant à la surface avec des courbes d’hameçon, tisseur d’exomotions parasites, filets cuivrés des promesses du corps hacker affrêté par neuro-marketing. Cyborgasmique des codes.

Les modèles prolifèrent. Un kiosque, un bus, un mur. Des affiches dans tous les coins. La ville obscénisée par les corps. La pensée continuellement bouffée par les paires de fesses. Ville parade de la junkfille. Ça dégueule sur les écrans, ça rampe jusqu’aux pharmacies qui plaquent encore des femmes à poils. La santé, c’est la femme épanouie. On relève qu’une femme est épanouie parce qu’elle est nue et qu’elle montre son cul. Le désir est un acte commercial, l’orgasme se repère par marques déposées. Il est symbole de réussite. Faut pas être en retard. Il y a toujours une femme à poil qui attend quelque part qu’on la regarde. C’est écrit partout sur la ville, c’est sa revendication la plus instante. Des affiches sur les murs qui font écrans aux écrans qui affichent d’autres murs, la réplication se perpétue. La ville veut se muer dans son message, l’affiche est le plus haut degré d’évolution du mur, ensuite vient l’écran. L’écran qui produit la réalité en montrant quelque chose issu d’ailleurs. Mais donné comme modèle. Acquis comme passeport. Que je transporte même consciemment. Les mains plus fines, étudiées pour prendre des tickets, des tickets par poignées, l’oeil sensibilisé à la reconnaissance des formes, la pensée experte dans la détection des schémas. Je me rapproche du mur. De devenir un mur. De devenir une affiche. De sentir la ville étendre la construction de ses artifices en moi.

constamment convoquée par l’excitation animale, la pensée réfugiée en zone corticale n’a plus pour elle que le recours à une vaine propagande. Libre de juger, elle ne décide pas. Commentateur de soi-même comme siamois soumis aux désirs incontrôlés du frère inconscient. Sanglés par les fouets des désirs instinctifices. Refugié politique en soi-même, remerciant qu’on lui cède la parole comme plus haute preuve de sa liberté.

J’ai beau me rappeler… ô ma ville, tous tes visages

le grincement des ponts à courbes de duels, les grésillements nucléaires tendus aux coeurs des lampadaires, la charge aveugle des trains poursuivant l’horaire des fatalités, le métal des étoiles fondu dans la gorge des complexes sidérurgiques, les mouvements du ciel dans les vitres-miroirs comme des panneaux satellitaires, le buisson en fleurs bourdonnant de frelons, la voracité des déchèteries, la longue maladie de la faim, des sourires rencontrés à l’état sauvage, le droit de la guerre, les ombres dentelées dans la pierre fissurée, les impasses munies d’un escalier, les massacres, les fantasmes qui hantent les lumières des fenêtres la nuit, la mort, la pourriture, la flaque boueuse où je regarde un hélicoptère franchir un gant abandonné, les mesures de sang nécessaires à faire apparaître une idée, celles requises pour en faire l’élevage, le rire comme seule conclusion sensée
l’humanité
sous la béance du vide étirant l’Espace,

aux coins de mes visions se déchirent des affiches
aux angles de ma pensée apparaît le cadre d’un écran
les modèles vont vites, les modèles vont toujours plus vite.
je mute progressivement en intelligence artificielle, écran d’autres écrans

comme celui de cette page où s’affiche le texte avec droits cédés aux commentaires

paragraphe de confort visuel
Vendredi 20 juillet 2007