B&D (45) – Idole : trinité
La totalité du personnage m’avait renseigné sur la qualité du rêve que je projetais, mais non pas sur son origine, son point d’émergence. Comment pouvais-je dériver si doucement, si impercepiblment dans l’irréel ? Il y avait là une splendide sorcellerie de l’auteure.
Les textes s’appuyaient sur un personnage-fantasme, le personnage s’appuyait sur la personne de l’auteure. Il y avait Anne Archet, qui était le personnage fantasmatique, il y avait Annie, qui était le personnage de l’auteure du personnage et puis il y avait l’Inconnue, l’auteure véritable (dont on espérait qu’elle allait bien et ne prenait pas trop de déplaisir à lire ces lignes). AA Les frontières entre les trois étaient changeantes à dessein, il s’y glissait toute une séduction, il y apparaissait le fantasme issu d’une zone de trouble entre le vrai, le faux, le virtuel et le réel. Dans cette zone de confusion se produisait l’échange de nature entre le personnage, l’auteure et l’individu, ce qui insufflait à terme que l’origine du personnage, son lieu de naissance appartenait bien au monde réel puisque ce monde était l’individu AA, tandis que son lieu d’expression s’installait dans le monde virtuel. AA avait les caractéristiques d’un fanstasme fondé en réalité. Le tour de magie se laissait contempler dans la cérémonie du tableau (cf. Idole Anne) : Anne dans le texte se présentait comme personnage, en cela elle était bien cette femme extraordinaire, totale, charmante et impossible. Anne en signature sous le texte désignait clairement l’auteure, qui n’était peut-être pas la Anne totale, mais en revanche indubitablement la vraie Anne. Dans l’alchimie du texte, les deux échangeaient leurs qualités. L’ensiamoisement des identités ne cessait seulement pas là. Si le texte donnait le personnage, et la signature, l’auteure, le commentaire d’AA donnait l’individu.
La Anne qui intervenait dans les commentaires était pourvue d’une aura d’authenticité : c’était davantage Elle que dans les textes. On imaginait assez intinctivement que la Anne des commentaires contenait la vraie Anne toute entière : Anne l’individu. Cet individu toutefois n’était pas appréhensible pour le lecteur puisqu’il désignait l’Inconnue. Le phénomène devenait plus évident quand Simone sous son supposé vrai nom interpellait l’auteure. En soi elle parlait à l’Inconnue, mais ce que je lisais était associé à Anne : le fantasme ne cessait d’être regardé par le réel. De même, les commentateurs ne s’adressaient quasiment jamais à « Annie ». Logiquement, ils auraient dû, ils parlaient bien à l’auteure, mais non, pour s’adresser directement à l’auteure, il valait mieux dire « vous », « elle », ou « l’auteure » ou « Anne ». Il y avait un travail d’escamotage par lequel on participait tous à faire vivre le personnage pour de vrai. Au moment de s’adresser à l’individu, on causait encore au fantasme.
Dans cette trinité je voyais se réaliser la règle des 30% énoncée par l’auteure au sujet de ses compositions (voir dans les FAQ) : Anne l’individu concentrait la vérité (l’idole au bain), Anne l’auteure, le mensonge (Anne disait beaucoup qu’elle était menteuse, c’était là une parole d’auteure), Anne le personnage, le fantasme. C’était splendide parce que dans l’absolu il y avait moins de différence entre cher Père Noël et chère Anne, qu’entre chère Anne, et chère Annie. C’était typiquement rôlique.
Ça faisait de nous une belle bande de siphonnés.



