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l’ombre au bout de la rue (4/4)

Traversant une autre rue, je crois reconnaître le graphitis d’une silhouette de femme sur un mur délabré. Je suis déjà passé par ici dans le courant d’une autre nuit. J’étais perdu aussi. Par assaut du souvenir, les labyrinthes de mes balades nocturnes me reviennent. J’en arrive à penser qu’en marchant, c’est toujours à la rencontre de son passé que l’on va. C’est lui qui me fait face maintenant. Quelle direction vais-je prendre, quel passé vais-je choisir maintenant. Est-ce le futur qui me pousse ou le passé qui me rappelle. Le temps, le temps, serait-ce à chaque fois la projection de mon passé dans un nouvel horizon. Le futur serait-il un gouffre recouvert d’un miroir. Je n’irai pas prendre cette ruelle où m’invite cette ombre de fille. Ou alors… ou si. Tant pis. Ce que j’ai cessé de quitter depuis plusieurs heures me hante de nouveau.
Mon retard, sa colère, mes excuses piteuses, sa colère, la porte qui claque, la pluie, j’ai oublié mes clefs, la rue. J’avais pourtant une heure d’avance dans le monde que j’habitais avant, avant de prendre conscience que j’aurai deux heures de retards en rejoignant celui où elle m’attendait. C’est toujours effarant de constater à quelle vitesse rigoler avec des amis fait tourner l’aiguille sur le cadran. Il doit y avoir une association, que le temps se nourrit de nos conneries comme un goinfre, parce qu’après tout, c’est bien lui qui apporte le dernier sarcasme avec la mort. La mort, est-ce cela que je cherche… je ne crois pas. De rentrer dans les traces d’une ancienne marche me dédouble, mon errance se multiplie. Quelle est l’étrange volonté qui m’anime à allonger sans cesse le pas vers plus loin tandis que mes vêtements chargés d’eau font le poids d’une armure. Pourquoi aller toujours plus loin vers le bout de la rue, est-ce seulement pour perdre continuellement mon territoire, pour ne plus être qu’une forme sensible en mouvement,
ou est-ce pour trouver quelque chose.

D’être sans quelque part ne signifie pas que je suis sans destination. De me perdre ne signifie pas que je me perds. A bien ressentir, la condition de mon errance sous l’averse requiert une perpetuelle absence de territoire, elle implique que je ne peux pas demeurer plus d’un instant dans un même lieu, que je cesse le plus possible d’être moi-même. Mais d’être marchant me retient aussi dans la constante projection d’un ailleurs, même s’il n’est plus désigné, même si c’est nulle part. A l’inverse d’aller quelque part vers un moi, vers un lieu défini, je vais ailleurs vers un autre indéfini.Le temps que j’habite est le temps continu de la rencontre. Je ne joue pas à me perdre au hasard des rues. Mon errance possède un sens, me perdre n’est pas la quête de cette marche, me perdre est l’exacte manière de me diriger dans ma quête. Pour aller à la rencontre, ça ne peut être que la rencontre de l’autre, je ne vais pas parfaitement n’importe où, au contraire je choisis à chaque croisement la direction la plus autre, et seulement par conséquent la plus égarante. Je ne me perds pas, je cherche.

L’autre. Cet impossible moi, qui ne peut habiter qu’un impossible territoire, que je ne peux découvrir que par un impossible chemin, non repérable par une carte, mais par une piste. Je ne m’égare pas, je suis en chasse d’une créature de légende, le dernier monstre fantastique : l’autre.

C’est pour cela que je continue de marcher, je pense, malgré la loudeur du manteau et les plaques humides qui s’infiltrent dans ma chair froidissante.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 27 septembre 2007

Acides foriques vous informe

suite à d’importants travaux d’extension des voies (prévision d’achèvement de l’électrification courant décembre)
suite à l’incompétence totale de l’équipe technique (courant décembre 2038, donc)
suite à l’inévitable propagation de maladies dues à la percée de tunnels en zones sensibles (fiévrôme, gnanfite, nimportawaze et oniroverdose)
suite à des obligations aussi saugrenues que scandaleuses (comme sauver sa vie)

de la prochaine mais lente reprise du trafic (les pertubations devant cesser mi-octobre)

paragraphe de confort visuel
Jeudi 20 septembre 2007