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final provisoire- 2ème prise (4/)

- Je crois pas, ça lui ferait trop d’honneur
- Le spam c’est honorifique ?
- Ben j’admets que c’est un peu curieux parce que le spam c’est de la merde, mais d’un autre côté, c’est déjà un certain ordre de référence, non ?
- Peut-être qu’il est assez taré pour se spammer tout seul…
- Bon mais alors ça signifie qu’Amokryte est déjà passé là avant.
- Ce serait aucun de nous ?
- Ou c’est la deuxième fois qu’on se retrouve là et on s’en souvient plus.
- Oh pitié !
- Pas bien sûr, les souvenirs, on les a, c’est la mémoire qu’on a paumée. Et moi, ça me dit trop rien ce chiotte…
- T’étais peut-être assis à ma place la fois d’avant…
- Ah ouais merde
- et que c’était moi du coup qui disais « ah ouais merde »
- ah ouais merde
- oh non, on s’en sortira jamais !
- Mais, putain, alors je récite là ?
- Euh, recommence pour voir, ça me dit quelque chose.
- Mais, putain, alors je récite là ?
- Ah ouais là tu récites, c’est sûr.
- Eh sauf que, attendez, sauf que si toi t’étais à la place de l’autre, moi j’étais à la place de qui ? J’étais à la place de moi non ? Donc moi je suis moi, c’est logique.
- T’as oublié le quatrième…
- Ah ouais merde.
- Ah non fais pas comme nous ! On va plus s’y retrouver
- Ah ouais me… trop tard désolé.
- Putain !
- Putain.
- Putain…
- Bon on est revenu exactement au point de départ là.
- Quel point de départ ?
- Bordel mais ça va durer combien de temps ! C’est pas possible une situation pareille !
- On devrait jamais confier des personnages à un mec comme lui.
- Même d’ailleurs des mecs comme lui ça devrait pas exister.
- Ben ouais, ben justement, Amokryte, il existe pas.
- je… je crois que je vais me mettre à chialer.
- Non fais pas ça, pas maintenant. C’est pas le bon moment.
- Pourquoi ?
- Me rappelle pas, mais il me semble que quand j’étais à ta place, c’est ça que j’ai fait et tu vois où ça mène.
- C’est vrai si on continue à faire n’importe quoi, alors c’est sûr on peut que réussir, mais réussir juste à faire n’importe quoi. On s’en sortira jamais.
- Bon mais quand alors ?
- Quand il faudra, ça peut être que dramatique.
- J’étais sûr qu’il y avait une mise en scène.
- Ah… ça veut dire qu’on est pleine répétition alors…
- Que tout ça on l’a déjà dit.
- Qu’on sait bien qu’on peut pas avoir confiance, et même, avoir pas confiance, on peut pas avoir confiance non plus.
- Reste plus qu’à faire semblant.
- Pour voir si ça aurait du sens quand même.
- Par hasard…
- Par erreur…
- Par don…
- De quoi ?
- De rien.
- Y a pas de quoi.
- Merci.
- Je t’en prie c’est tout naturel.
- Ça fait plaisir, c’est pas souvent.
- Et puis c’est gentil.
- Mais oui, moi aussi je t’aime.
- C’est vrai ? C’est vrai ?
- Je sais pas, à ma place t’aurais dit quoi ?
- Non j’aurais dit oui.
- Quoi, oui ?
- Ben…. oui, quoi.
- et à ma place tu m’aurais cru ?

paragraphe de confort visuel
Lundi 29 octobre 2007

final provisoire- 2ème prise (3/)

- Y a quelqu’un ?
- …
- …
- …
- Il est parti ?
- Ouais, c’est sûr maintenant, y a personne.
- Il m’a fait peur le con.
- C’était qui d’après vous ?
- Aucune idée…
- … vous avez pas entendu un bruit ?
- Eh arrête tu vas nous foutre la trouille.
- Nan mais franchement, un bruit de verrou.
- Ah possible, je dis, j’ai entendu un truc aussi
- Il nous aurait enfermé ?
- Ou alors, il est dans un chiotte aussi et il nous écoute !
- Arrête je te dis !
- C’est peut-être une meuf ?
- Nan, c’est un mec, une nana dans les chiottes des mecs, elle rentre pas au clairon.
- Putain, alors on est quatre ?
- Ben on peut toujours demander : y a quelqu’un ?
- …
- …
- …
- On dirait qu’il est parti.
- Mais qui a posé la question ?
- Oh non c’est pas vrai quel cauchemar, merde de merde de bordel de merde de putain de chiottes, même en période de coupure, on n’est même pas tranquille.
- Faut reprendre l’anti prière, je vois que ça.
- T’as raison… humph !
- Niurgh !
- …hhhh… les gars, j’y arrive plus !
- Merde, on est en train de perdre le néant, il va plus rien rester du tout.
- Déconne pas putain, c’est une question de survie, de santé mentale, d’équilibre du cosmos et tout, fais un effort.
- Ouais vas-y pousse !
- Je pousse, gnhnhn…
- Alors ?
- Ghnghnghnputainj’ai l’impression que je vais gicler du pu par le crâne, âârgh, rien !
- On va tous mourir.
- There’s no reason to bring religion into it. I think we ought to have as great a regard for religion as we can, so as to keep it out of as many things as possible…
- Quoi ? Qui a parlé ?
- C’est moi, panique pas.
- Mais qu’est-ce que t’as dit ?
- Je sais pas c’est un truc en anglais qu’est écrit sur la porte. J’y comprends rien.
- Quoi ? En anglais, il cause anglais Amokryte ?
- Ben…
- ça doit être du spam.
- C’est vrai, moi aussi, j’en ai plein la porte. Tiens écoute ça : I love children — especially when they cry, for then someone takes them away…
- Bizarre quand même, ça sent l’arnaque, les spams c’est pas plutôt des trucs genre médocs-boules et foirades quelconques ?
- Tu crois qu’en coupure, il aurait le vice d’écrire dans une autre langue ?
- Moi je lis un truc en français : « il est bon le rhum ? »
- Mais c’est pas du spam, ça putain, c’est du vrai, ça vient du monde réel.
- C’est pas vrai ? Rhô j’en avais jamais vu… mon dieu comme c’est beau.
- Ah l’enculé, on lui a offert du vrai rhum… que nous on boit jamais rien que des mots !
- Putain de salope, on est enfermé aux chiottes juste parce qu’il est ivre mort !
- Attends, tiens moi aussi j’ai un truc en français : « je suis passé, j’ai appelé, il n’y avait personne » signé Godot.
- Moi je dis qu’il y a une mise en scène.
- Hola ! Hola ! Mais qui vient de parler ?
- Ben c’est moi.
- Mais non pas toi, celui qui parle de Godot !
- Tu… tu crois que c’est le quatrième ?
- Ou alors y en a un de nous qui ment. Ou alors le quatrième c’est Godot et il se fout de notre gueule. Ou alors, c’est un autre et peut-être qu’il ment aussi.
- Ma tête ! Ma tête !
- Eh j’en ai trouvé un autre : « Amokryte’s not dead »
- C’est du spam ?

paragraphe de confort visuel
Jeudi 25 octobre 2007

final provisoire- 2ème prise (2/)

- Et les filles ?
- J’ai bien l’impression qu’elles sont dans la salle d’à côté.
- Tu crois qu’elles…
- ça m’étonnerait pas, c’est des cochonnes tout comme nous.
- Ou pire
- Pourtant on n’entend rien.
- C’est qu’elles travaillent aux soupirs.
- Ou au briquet.
- Oh ! Nan, j’y crois pas, les filles ça vit du soleil et de la rosée du matin.
- Nigaud.
- … deux salles comme ça, ça ressemble vraiment à une mise en scène non ?, t’es sûr de ce que t’as lu ?
- Catégorique. La plupart du temps c’est incompréhensible, y en a dans tous les sens, c’est écrit façon encéphalogramme, mais là y avait clairement « je n’ai jamais prévu une telle coupure ».
- Moi j’ai toujours pensé que c’était rien que du flan. Vous connaissez la feignasse comme moi, y a pas plus d’histoire que de mise en scène, y a juste l’illusion d’une histoire simplement pour qu’on le suppose et que tout se relie par coincidences.
- Quel escroc.
- Moi je pense quand même qu’y a une mise en scène.
- La seule manière de l’apprendre, c’est d’en faire l’expérience, mais franchement pour aller où ?
- Déjà qu’on sait même pas quand.
- A ma montre on est samedi 20 octobre.
- De quelle année ?
- Eh c’est pas possible, avant qu’on arrive, j’ai vu sur un écran qu’on était jeudi. Ça peut pas faire 48 heures qu’on est là quand même !
- Pfff, n’importe quoi.
- … non mais attendez, y en a un de vous qui se souvient d’avoir barboté le scénar, c’est une piste ça. On doit pouvoir retrouver qui c’est le héros.
- Sûr, si t’arrive à désigner lequel de nous deux.
- On sait plus comment on s’appelle, ni même qui parle depuis deux jours… entre « est-ce que je qui ? » et « quand est-ce que quoi ? », on doit pas être loin du sanitarium.
- Par exemple, la fille, Frimousse, tu sais qui c’est, toi ?
- Ben… putain, il a vraiment du ruiner les partitions pour réussir un bordel pareil.
- Ah Frimousse, quelle tornade au plumard !
- Quoi, tu l’as niquée ? Ah la salope, j’étais sûr qu’elle était infidèle.
- Hein ? Mais ! Mais !
- Toi aussi ? ah la chienne !
- Ah la cochonne !
- Ah la petite roulure !
- Ouais, nan, pis l’autre là… le héros
- Amokryte ?
- Ouais, non mais c’est un nom ça franchement ?
- Vla le travail.
- Si on arrive à retrouver qui c’est, tout ce qu’on aura gagné, c’est prouver qu’on n’existe même pas.
- Alors qu’on est là quand même, je voudrais pas faire de sales jeux de mots mais ça se sent non ?
- Je vais prendre une migraine.
- Ça veut dire qu’Amokryte, c’est un traître.
- L’enflure !
- La charogne !
- Si ça se trouve, c’est même lui qui fait Frimousse.
- Arrête, je flippe.
- En plus il est parmi nous, c’est obligatoire.
- Putain… ouais ben si c’est ça, on n’a qu’à tous se coller une chataîgne, comme ça il prendra forcément la mandale qu’il mérite.
- Bonne idée.
- Aïe !
- Ouch !
- Ouille !
- Y en a un qu’a truandé
- Pas grave, on le reconnaitra en sortant.
- Exact.
- Aho !
- Ouach !
- Urgh !
- On n’avance pas.
- Logique, c’est la coupure.
- Faudrait déterminer un sens pour aller quelque part.
- On pourrait aller voir les filles.
- C’est pas prudent, ça doit être ça qu’on attend de nous.
- Ouais, pis comment on va les reconnaître ?
- Ah merde, putain de mémoire !
- Tout ça parce que l’autre andouille, il a grillé son disque dur.
- Moi qu’étais persuadé que c’était juste de la fiction, cte farce.

paragraphe de confort visuel
Samedi 20 octobre 2007

final provisoire- 2ème prise (1/)

- Au fond c’est pas plus mal, tant qu’il se passe rien ça fait toujours un désastre d’évité, rien c’est déjà le salut.
- Je vous l’avais dit.
- C’est vrai, faut plus qu’on bouge du tout, ça nous fera l’assurance qu’on est heureux comme il faut. Sauvés pour de bon.
- Si on attend assez longtemps, on saura qu’on a bien fait.
- On pourra continuer.
- Ça va être sublime.
- Ah j’ai hâte.
- Oh oui.
- Pourvu que tout soit bien long et parfaitement immobile.
- Rhâ
- Ah le salaud ! Ah mais non tu viens de tricher !
- Je t’assure que c’est long et parfaitement immobile.
- Humph !
- Ça y est lui aussi. Ah les brigands ! Ah les saboteurs !
- Mais bien sûr que non, pour atteindre le rien total, il faut s’y confondre. Pas seulement assister mais agir le lieu dans toute la nudité de son essence, sans quoi on risque de créer un événement par déviation.
- Quelle horreur.
- Ah évidemment vu comme ça.
- Quand on y pense, c’est du christianisme taoïste, c’est très fort : faire exactement ce qui doit être fait, dans le lieu qui convient, dans l’état d’esprit et tout, sauf que nous, on fait exactement que dalle dans l’espoir de bien y rester.
- Ok, convaincu, j’arrive.
- Ghnn
- Hrrr
- Ouf !
- Alors ?…
- Faut avouer, un néant collectif tout de même c’est impressionnant.
- Ça donne comme un battement plein d’une richesse sonore indescriptible, nulle et splendide. C’est beau comme un instant zen.
- Comme si on attendait la fin du monde mais sans fin du monde, parce qu’à la place, rien du tout.
- C’est vraiment super, en plus avec cette accoustique, ça fait comme une réverbe mystique
- Je crois qu’on touche un sommet.
- Faudrait pouvoir continuer toute la vie.
- Arrêtez je vais avoir des orgasmes.
« en raison d’un incident technique majeur, toutes les lignes sont actuellement bloquées. Ne vous éloignez pas de la bordure du quai. Signalez tout individu abandonné. »
- … putain…
- On l’entend même ici, la vache.
- Eh… si quelqu’un rentre, on lui répond pas hein. Déjà parce qu’on attend, ce serait de la trahison et puis ça peut être qu’un piège.
- Ouais comme ça, s’il demande « y a quelqu’un ? », on sera sûrs qu’il y a personne.
- Et si y a personne, c’est plus sûr.

 

décor : métro, chiottes masculins, cinq portes dont trois fermées, éclairage vascillant, gémissement de canalisations.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 18 octobre 2007