ligne 11 07

légende

Il est dit qu’une femme, animée d’une noire obsession fera alliance avec la mort dans le dessein de se venger de l’intrépide qui lui a dérobé son équilibre.
Guidée par sa sombre passion elle se prendra à étudier attentivement l’ennemi qui hante son âme, celui qu’elle s’est promis de navrer. Elle l’étudira jusqu’à trouver le châtiment désigné pour lui faire porter une damnation sans répit. Elle y parviendra.
S’engageant corps et âme dans l’élaboration de son piège, elle se montrera si sûre, si charmante, si belle qu’elle réussira à jouer le sort en sa faveur. L’intrépide succombera, il l’aimera malgré lui, meurtri de son impossible pardon. Elle se délectera de ses caresses au point d’épuiser l’apothéose même après l’homme rendu, fou de rancune et d’amour. Elle se croira vengée, elle attendra sa mort.
Mais éreintée par la somme funeste de ses efforts, elle sera prise d’une maladie de langueur, comme frappée de retour. Interdits l’un l’autre des plaisirs qui nourrissaient le feu de leur amour haineux, ils en deviendront chancelants de fragilité. A lui montera la colère, elle perdra le souffle.
Elle approchera de son dernier voyage. Face à l’instant fatal l’homme n’aura de sa rancune plus qu’un désir de vie pour elle. Elle lui fera promettre, il promettra.
On ignore si elle lui a pardonné.

La femme fut menée au tombeau, l’homme gardait l’enfant.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 30 novembre 2007

prospectus

Vous aussi rejoignez le culte de la Suprême Atrocité

Le culte de la Suprême Atrocité connaît la Voie. Le culte de la Suprême Atrocité peut vous emmener au bout de la dernière expérience philosophique moderne. Chacun sait qu’au fond de l’être se trouve l’indifférencié, tout comme dans la magma originel la matière n’est pas encore conçue, le coeur est innômable. Qu’il s’ensuit de l’un à l’autre la révélation de la Grande Indifférence.
Chacun pense qu’il est inutile de chercher à comprendre, qu’il suffit de vivre. Mais personne ne sait comment vivre dans la Grande Indifférence de l’univers indifférencié où s’égare l’être innômable.
L’unique moyen de guider sa vie dans la Grande Indifférence, cela le culte de la Suprême Atrocité le sait. Cela, il vous le dit. Pour entrer en harmonie avec le cosmos, il faut parcourir l’Innômable. L’unique moyen de parcourir sûrement l’Innomable est de pratiquer l’Injure Sublime. Seule l’Injure Sublime de par son pouvoir est capable d’approcher l’Innomable.
Dans ce dessein il est néssecaire de s’entraîner à l’avance. Seul tout d’abord (ainsi que vous le faites tous, car malgré vous, vous cherchez déjà), puis en groupe (il semble que la voiture constitue un excellent lieu pour démarrer une quête de l’Injure Sublime). Au cours de ces séances, dites prières ou expérimentations, chaque adepte s’emploie par toutes les forces de son imagination à proférer l’injure la plus pure, la plus totale, celle-là seule qui peut le guider sur la Voie. Lorsque le groupe est suffisamment expérimenté, il répand son savoir dans la rue car la vérité ne vit pas dans le temple. Il se fait connaître de ses congénères de la manière qui ouvre à l’Innômable.
Plus le groupe sait faire usage de l’Injure Sublime, plus il devient maître dans l’art de provoquer l’apparition de la Suprême Atrocité. On comprend que l’on commence à entrer dans la Suprême Atrocité lorsque le choc atteint une violence suffisante (la vérité est toujours choquante) pour être lisible (la vérité blesse comme chacun sait). Quand la Suprême Atrocité se révèle, les signes mêmes de l’apparition se montrent sur chacun, par quoi l’adepte comprend que c’était écrit.

Répandez la bonne parole, novices de mon cul, bande de poils incarnés, danseurs pour chiens, mangeurs de miettes à la couarde, je vous bénis dans la gueule, forculeur de ragondins, apprentis tâcherons, tartouilleurs de rigueulis, et grouillez-vous, tas de foutriquets errants, parce que le temps passe et vous aussi vous finirez poilus et frippés comme une vieille couille.

paragraphe de confort visuel
Lundi 26 novembre 2007

l’amour et son train

Du silence, du silence faire naître quelque chose
quelque chose peut-être, quelque chose
de bien, qui sait ?
pourtant se taire devient si évident
si spontané… à laisser ses pensées libres de tout vagabondage, il advient toujours quelques heureuses rapines, quelques brigandages inspirés, quelques crimes splendides
Tu as du être bien surprise la première fois, au plus intense de la séduction, de me voir tomber en silence, mon amour.
Passé ton premier rire, ta première stupéfaction, à ton pourquoi muet, je trouvai encore à répondre « à quoi bon ?, tout est déjà accompli, le reste on le connait déjà, il y a sûrement mieux à faire » et je m’apprêtai à partir. Où serais-tu maintenant si simplement tu étais demeurée interdite ?
Sûrement tu ne serais pas étendue à mes côtés captive de ce lit effondré.
Mais à la place, il a fallu que tu me houspilles, à la place tu m’as enjoint puisque ce n’était pas assez bien, tu m’as commandé de faire mieux sur le champ, sous peine de me fendre le crâne de tes poings. Comme il convient à ta logique tu m’as prouvé ton audace en écrasant ton talon sur mon pied. J’en ai dansé. Tu m’as accompagné en claquant des doigts. Tu vois bien qu’il manquait quelque chose. As-tu dit. Tu avais raison. C’est pourquoi je n’ai jamais cessé de penser à mieux. Comment pourrais-je autrement te pardonner de m’avoir fait succomber à ton amour. Bien sûr tu ne peux le voir, le mieux que je te promets dépasse ce qu’accorde le regard. Il faut donc que tu en sois privée. Je lis sur ton visage l’empire de ta confusion, ne plus savoir si la douleur est pire que l’effroi. Tu me manques, si tu savais comme tout change, le vertige de voir lentement la rouille gagner l’autre bord du mur par faisceaux d’étincelles, les fils dégainés sortis des angles flottant dans un courant mort.
La blessure qui te meurtrit n’est pas encore mortelle, je pourrais appeler les secours et tout serait terminé. Ou appeler les secours et continuer de te frapper pour que tu gardes encore l’espoir même sous les plus atroces douleurs. Comme tout change.
Je sais que ton assassinat est injustifiable, alors je n’essaierai même pas. Peut-être dans un instant je t’arracherais le visage, après tout c’est bien l’occasion.
Te l’ai-je signifié, je ne sais plus, c’est un meurtre passionnel, tu meurs, mais par amour. Tu vois que j’ai fait beaucoup mieux. Je ne pense pas me suicider après toi. Au contraire, je pense porter le plus longtemps possible ton souvenir. Je ne resterai pas célibataire pour autant. Je songe déjà à retrouver une femme, une femme qui te ressemblera. Je lui ferai des enfants. Je la maintiendrai dans un bonheurs conjugal long, doré et faux. Avec une absurdité égale à celle qui fait de moi ton meurtrier.
- mmmmh, tu es déjà réveillé…
- oui mon coeur
- comme toujours…mmmh…j’ai encore rêvé que je t’égorgeais à coups de fourchette et puis je me sauvais avec le voisin du dessus, tu sais celui que tu n’aimes pas
- je m’en doutais.
- Et toi ?
- Comme toujours …
- C’est un peu la flippe quand même, d’avoir son mec qui pense à te tuer quand tu dors
- Et ta nana qui rêve de t’égorger quand tu veilles, c’est quoi ?
- C’est de l’amour… approche-toi ma grosse nouille.
- Je suis là ma belle patate, moi aussi je t’aime.
- tu permets, je me rendors un peu.
- vas-y.

Du silence.
Du silence faire naître quelque chose…

paragraphe de confort visuel
Mercredi 21 novembre 2007

leçon de psychanalyse

Lacan, le grand maître, il a dit : « il existe quatre concepts fondamentaux en psychanalyse : la pulsion, le transfert, la répétition et l’inconscient ».

la preuve par l’exemple :

je bande = pulsion

je vais aux chiottes = transfert

je me branle = répétition

je ââââ* ! = inconscient

* = les experts auront reconnu l’intervention de « l’objet a ». Oui, monsieur car sur Acides foriques l’objet a, on est capable de vous le montrer, oui monsieur.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 14 novembre 2007

chaîne de liberté

Avec ces lignes, je sais que je vais me faire tuer. Je sais aussi que je n’aurai jamais le temps d’achever. Mais évidemment, c’est aussi ma seule chance de m’en sortir. La vie parfois ressemble tellement à un roman. Il suffit d’en prendre une fois conscience, d’être frappé soudainement d’un recul pour avoir le sentiment que tout est joué d’avance, que tout est déjà écrit. Bizarrement c’est lorsqu’on s’en rend compte qu’il devient impossible d’y échapper. Toutes les tentatives même les plus réussies, surtout les plus réussies, semblent animées de fils invisibles. Comme si s’échapper tout d’un coup devenait la manière la plus accomplie de succomber. Comme si l’inscription trompeuse « il est écrit que tu es libre » se faisait apparente sur toute chose. Quand on prend conscience qu’on a pris conscience, la deuxième fois, on sait bien que quoi qu’on fasse, on rentre dans un certain ordre de répétition. Que peut-être c’est même tout ce qu’il reste à faire. Faire les choses comme si c’était la deuxième fois, directement. On réussit toujours mieux la deuxième, c’est une question d’expérience. Dire pour la deuxième fois comme si c’était la deuxième, que je vais me faire tuer. Pour la deuxième fois. Comment pourrais-je l’éviter puisque tout s’est déjà passé exactement de cette façon dès la première. Tandis que je cherchais à fuir. Je vois bien qu’il y a déjà une ligne toute tracée que je ne peux que poursuivre. Dont je ne verrai pas la fin puisque je vais mourir. Mais c’est là aussi que se trouve ma dernière liberté, mon unique chance de m’en sortir. La fin je l’abandonne à un autre. Peu importe qui je suis ou qui j’ai bien pu être, moi ou un autre, ça ne fait aucune différence. L’important, ce qui reste de crucial, c’est le geste. Mais écrire ne devient un geste que si le texte est lu. Pour cela il faut qu’il soit abandonné quelque part puis découvert. Découvert de telle manière qu’il soit déjà familier, assez familier pour être étrange, assez étrange pour être évident. Découvert de telle manière qu’il soit redécouvert. Qu’il soit second avant même d’être là. Comme un souvenir oublié qu’on n’aurait jamais eu, qu’on aurait toujours su.
Mais oui. Parce que la première fois- mais – on n’avait pas saisi, qu’il en a fallu une seconde pour que le miracle advienne : oui. Mais oui. Parce que le cycle des secondes fois contient sa propre limite qui doit être dépassée. Mais oui. Parce que l’unique moment propice est celui où on l’a enfin compris.

C’est pour cela que tu sais que tu dois te faire tuer. Mais tu ne pourras pas compter sur moi car je serai déjà mort. Il faudra donc compter sur toi. Dans ce but il importe que tu sèmes ce message partout autour de toi pour qu’il te revienne un jour. Lorsque ce message te revient, il t’appartient enfin, tu découvres l’instant propice : tu es second pour la seconde fois. Tu abordes l’instant ultime.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 9 novembre 2007

final provisoire- 2ème prise (5/)

- non mais j’aurais fait semblant.
- Salaud, tu fais exprès pour que je sois plus sûr de rien, je te croirais plus jamais !
- Eh allez, je déconne.
- Tu mens
- c’est vrai
- Tu mens encore
- Tu crois ou t’es sûr ?
- oh les gars ! Oh ! c’est fini oui ?
- Nan mais nan mais c’est l’autre, il fait rien que faire exprès pour me rendre malheureux
- Ben ouais, moi j’attends que tu chiales, faut bien qu’on essaie d’avancer un peu, merde.
- Mais pourquoi moi d’abord ?
- Tant que c’est toi c’est déjà pas moi.
- Rusé.
- Ouais eh, eh! et pourquoi ce serait pas l’autre hein ? Là comme ça, ça ferait une péripétie, alors si y faut du dramatique, moi je dis c’est plus pour sa gueule.
- Ah ça se tient.
- Et ben vas-y sors la ta péripétie, ducon, on va bien voir si t’arrive à me faire monter les larmes.
- Euh, tu veux que je te raconte comment je la fais hurler Frimousse ?
- Eh non, là t’es dégueulasse. Y des limites, hein, moi je l’aime. Et puis d’abord c’est pas une péripétie..
- Mais si, dis lui toi, on le tient, on est au bord du pic dramatique.
- Ah moi je peux rien dire, quand on me lèche la rondelle, je deviens sourd.
- Eh non, les mecs, on avait dit qu’on arrêtait de raconter n’importe quoi
- Ah mais t’es sur Acides Foriques, mon pote, ça peut arriver.
- Justement, je te rappelle qu’on essaie de sortir.
- Ah c’est vrai.
- On a merdé. On est bien trois trous du cul.
- Bon, on va se préparer, on trouvera une raison plus tard. Fais voir comment tu chiales, parce que le moment venu faudra pas rater.
- Euh, bouhouhou ?
- C’est nul, on n’y croit pas du tout. Et toi
- Ouin…
- Oh putain c’est encore pire, faites un effort, bordel.
- Et toi eh ! Tu crois que tu vas nous embourber, on t’a pas entendu !
- Mais moi j’ai déjà chialé la dernière, on va pas tout recommencer.
- Ouais, ben prouve-le, ça faisait comment ?
- Snîîîrf- prôôôn meuheuheueh… à peu près.
- Tu chiales comme une vache ?
- Ben…
- C’est pour ça que ça a merdé, ah le tocard.
- Ouais ben j’attends de t’y voir.
- Mais pourquoi t’as pleuré, si tu te souviens, ça pourrait aider.
- C’est trop personnel, je veux pas en parler.
- On s’en sortira pas.
- Mais nan y a qu’à attendre. Y peut pas nous laisser continuellement dans les chiottes, ça va finir par lasser, va ben falloir qu’il se remette à écrire d’autres trucs, juste à cause des lecteurs.
- Merde c’est vrai les lecteurs.
- Putain, putain, j’avais oublié ; on nous regarde !
- La vache même que peut-être, y a des filles.
- La flippe.
- Et tout ce qu’elles voient c’est nos guiboles poilues avec un froc plié sur les talons.
- Ah non rien à faire, moi je sors pas.
- Faut attendre qu’il ponde un autre texte l’autre andouille, on profitera de l’ellipse pour se tirer en douce.
- Putain, lumineux mec !

paragraphe de confort visuel
Dimanche 4 novembre 2007