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connexion 1
Je lis. Je suis stupéfait. J’avais beau m’attendre à quelque chose, je suis stupéfait. Je pense que ce que je lis n’est pas concevable. Je pense que je suis en train de lire ma propre pensée et je commence à angoisser de ce que va contenir la phrase suivante. Il n’y a personne derrière moi. Je me retourne. Il n’y a personne, j’avais bien lu. Mon coeur s’accélère et mes idées se brouillent. J’ai du mal à poursuivre la lecture. Deux fois. J’ai du mal à poursuivre la lecture. Effectivement. Je suis en train d’oublier quelque chose Je pense que j’essaie de penser. Quoi ? Oublier quelque chose. Je suis en train d’oublier quelque chose. Je ne peut laisser ma pensée agir ainsi seule, il faut que je reprenne le contrôle. Il faut que j’intervienne ou ça va deve…
jours suivants
Je savais pas quoi foutre de cette journée. J’étais beaucoup trop remué pour tenir en place et plutôt mal placé pour me ruer n’importe où. On s’était fait barber tout le matos raflé chez Seth, j’avais plus rien sur quoi accrocher mon attention et les questions affluaient de toutes parts. A commencer par les bruits, tous devenus suspects, laissant dans leurs traînées comme le souffle inélucidé d’une intention, d’une présence, à partir de quand est-ce que ça cesse d’être insignifiant ? Jusqu’à l’écheveau incompréhensible, du site à ici en passant par les quais. Plus en pouvoir de plus en pouvoir, on pourrait penser que cela mène au repos, ou à la libération voire pourquoi pas, mais ça fait surtout deux charges au lieu d’une, avec encore cette boucle qui commençait de m’apparaître une énigme particulière de l’intrigue. En se confrontant à une chose suivie d’une chose de chose, le centre d’acuité se déplaçait vers « de », à partir de quoi ça devenait sacrément problématique, je reconnaissais très volontiers voire même avec de l’avance qu’il s’était passé des évènements bien étranges et davantage, à ce degré là j’aurais dit des événements trizarres, mais quelle que fût l’anormalité ou la taréfaction du processus, j’allais me faire un septième café et je refusais de me couler dans l’idée qu’il faille envisager la deité pour résoudre le cas du « de ». Putain de merde. Tout gamin je croyais que ça se comprenait comme bague de métal ou porte de bois, là j’en venais plus à me demander si le juron ne ciblait pas plutôt l’article ou la préposition. Putain « de », merde ! Est-ce que ça n’était pas tout le problème de l’appartenance et de la provenance qui était posé ? Ça y est je me racontais encore n’importe quoi. Je l’avais noire et amère. J’ai fini par sortir.
Je supposais que les quipuent s’ils en avaient la connaissance et l’intention étaient tout aussi capables de me choper dans la rue ou de s’introduire chez moi. Ça représentait une belle augmentation de liberté en soi. Avec juste deux fardeaux. Le premier c’était moi, j’étais certain de trouver le second en route. Dehors j’excluais d’emblée toute idée de retour sur un quelconque lieu, chez Seth, les quais, et même 3dW restait à fuir si j’en croyais Starmeuf 4. Alors j’ai baguenaudé. Passé un fil à Greuk pour m’enquérir de son état. J’ai baguenaudé. Jusqu’à ce coin que je connais. J’avais pris garde de ne pas être suivi et puis mes pensées m’avaient emporté dans leurs coursives, j’avais surveillé de nouveau, et puis plus, j’arrivais pas à trier dans le louche, à force de fixer je voyais flou. Je suis allé retrouver mon vieux banc défoncé avec vue sur un mur inachevé. La voie ferrée un peu plus bas et l’odeur de la mer. A défaut de tout ça ferait quand même un bon moment. J’avais la conviction que personne ne venait jamais là. J’avais testé en laissant des trucs, une bouteille, un bout de chichon, un talbin. J’avais tout retrouvé. Du coup j’avais planqué des trucs. Je rêvais du jour où ça deviendrait tout à fait chez moi. Je me demandais si j’aurais jamais de nouvelles de Seth, s’il valait mieux que j’aille crécher chez Greuk rentrer dans le sanctuaire de la sainte culotte, si j’allais rappeler Frimousse, fallait-il faire quoi. Était-ce le moment opportun pour une branlette. Et là, au pied du banc, clair comme le ciel dont il renvoyait les couleurs, un Cd-rom.
Je suis parti vérifier une planque ou deux. Tout y était pour autant que je m’en souvienne. Un Cd-rom. Il scintillait dans la lumière comme un merveilleux piège à con. C’est le moment, je m’y attendais pas mais c’est le moment, j’allais enfin savoir,
alors je suis un con ou je suis pas un con ?
Ben je l’ai pris.
(suite)
retour maison
Ah putain. On s’en était rentré, tout doux, tout calme. Ah putain. Tout silence. La bagnole avait démarré comme une bonne bête avec un grognement satisfait, on s’était tiré d’autant plus simplement qu’on n’était pas vraiment là au moment de partir ailleurs tellement on n’en revenait pas d’être toujours ici qu’on était même encore absent en arrivant plus loin, ah putain, ailleurs qu’ailleurs ça pouvait être presque tout près, c’est-à-dire juste assez présent pour se rendre compte qu’on n’y était pas encore. Ah putain. La voiture avait l’air de connaître la route, je la laissais faire avec reconnaissance, j’avais du mal à tenir le volant, j’avais les mains toute crispées, mes pieds dérapaient sur les pédales et j’avais les yeux qui se perdaient au travers du parebrise à la recherche d’une orientation. La nuit était noire avec des lumières et des silhouettes mouvantes, à la vitesse où je roulais, ça donnait l’impression de tout voir au ralenti à travers un bocal, sans trop comprendre de quel côté de la vitre je regardais, de quel côté ça bougeait plus vite. Etait-ce familier parce que je tournais en rond. Ah putain. Etait-ce étrange parce que je m’éloignais. Les cliquetis, grincements et fracas du coffre rapportait quelque chose d’un ressac mécanique, un genre de car à vêle, qui nous avait emmenés aux berges d’un immonde nouveau ou d’un e-monde peut-être comme tout semblait issu de 3dW. Ah putain. Et Greuk, la face sanguignolente qu’arrêtait pas depuis le départ, ah putain, à proférer des ah putain avec cette même irrégularité métronomique dont l’impossible traduisait l’évidence. Ah putain. Il avait pris un tour dans les rouages, y en avait un qui grippait, à chaque fin de cycle, ça provoquait un bruit par forçage. Je compatissais. Il avait refusé l’hôpital, ses hématomes séchaient lentement. Ou alors, y s’était dénudé un fil et il était devenu misogyne, comme ça. Ah putain. Je disais rien, je tenais la culotte serrée fort dans mes poings, c’était la seule chose tangible, la seule chose qui me laissait croire toujours qu’il existait encore du réel, du vrai quelque part pas loin, à portée de voix peut-être ou de regard. Ah putain. Et même si je comprenais rien aux notions que j’invoquais, je sentais sourdement, aveuglément qu’il y avait là quelque chose de trouble et de vital dont je devais à un moment donné faire un peu partie pour réussir à être là moi aussi. Toute ma vie dépendait d’un linge sur le tissu duquel battait à l’extrémité de mes doigts l’impulsion de mon sang. Comment pouvais-je me rassurer d’autant de mystères, je savais pas faire apparaître une fille à partir d’une culotte comme on fait d’un poulet avec un os, pas tellement que je confonde bien sûr, ça fait longtemps que je sais faire la différence. Ah putain. Shazam ? Quel était l’impérieux pouvoir de cette culotte métonymique. Quelque chose n’allait pas, ça donnait à penser. Métonymique. Voyons, le langage c’est déjà une métonymie… et si, Mais Tom y nique ?, Tom pour mot à l’envers. Mais mots y niquent. Ah putain. Non. Ou bien, ou alors avec 5% de brouillage pour faire plus vrai. Mêmoïde nique. Ah putain. Ça veut rien dire. Non. Y a un truc qui coince mais c’est pas ça. C’est, nom de dieu, c’est, mais c’est qu’elle roule cette bagnole !, je me suis crié dans la tête. C’est qu’elle roulait ça faisait même un moment qu’elle roulait, alors qu’elle était cassée, je m’en souvenais, la plaie au ventre et les eaux vertes qui coulaient. J’ai regardé Greuk comme ça. Y s’est tourné vers moi, il grimaçait des deux côtés. Il a inspiré un coup, et puis rien. Salement amoché, il était. J’en culpabilisais maintenant comme un con, maintenant que j’étais bien à l’abris, de pas avoir mangé ma part, je me sentais comme sauvé par le privilège de la félonie, ça devait avoir à faire que l’estime ça demande des marques et le salut ressemble toujours à une trahison. Ah putain de sa race de putain de salope de putain de merde, il a rugi, j’ai sursauté, heureusement que je tenais pas le volant. C’est pas possible, c’est pas possible, ça n’existe pas, putain, putain, les, les, putain, les plans foireux, les, putains, les putains d’histoires à la con de putain qui tournent à l’envers, putain je connais putain, j’ai connu que ça, et choper un coup de flippe, je connais bordel, je sais faire avec, mais ça putain non, ça, non, ça existe pas, jamais, d’avoir la trouille comme ça, c’est pas naturel, c’est, c’est du chimique, y a un truc qui se peut pas, y entorse là putain, c’est grave. T’as déjà vu des mecs détaler devant une culotte, toi ?, et détaler mon pote, je sais même pas comment ils ont enlevé la corde. Mais… mais, j’étais allongé raide là, c’est vraiment ça qui s’est passé ? Tu crois quoi ?, que je les ai amusés avec des tours d’illusionniste ? Passe la moi cette culotte. Non. Si, tu vas me la passer, déjà parce que tu conduis, ensuite parce que c’est à moi qu’elle revient pour l’analyse, et enfin parce que j’en ai plus besoi… Oui mais j’ai pas envie. Quoi ? Ben non ben, laisse-la moi un peu encore. Y m’a regardé avec sa gueule en sang. L’enfoiré, je me suis dit, je paye le droit de la victime, bon tiens. J’ai goûté un sentiment d’abandon, ça m’a fait bizarre. Et puis j’ai eu honte pour de bon, d’avoir fait traîner, je lui ai filé. Ah putain. Fais gaffe, elle a quand même un effet envahissant, j’ai dit, pas sûr qu’elle soit inoffensive. A la voir dans ses mains, j’ai eu un drôle de sentiment de dégout ou d’inquiétude, j’ai pas su. Ouais, ouais sur les foutriquets comme toi j’en suis sûr, regarde la route. Y retrouvait du calme Greuk, ça m’a fait plaisir. J’ai regardé, j’ai reconnu sur le côté la plaque bleue indiquant une station, La Fourche, qu’est-ce qu’on foutait là, aucune idée mais j’ai pu retrouver ma route. Tu lui feras pas de mal ? Un petit prélèvement de rien du tout. Tu lui parleras, tu prendras soin d’elle ? Promis, juré. Mais pas trop non plus hein ? Dis-moi tu te préoccupes drôlement pour quelqu’un qui se méfie. Je me méfie mais surtout je suis inquiet, alors pour elle aussi, ça va avec c’est comme ça, et puis on lui doit la vie quand même. Cette chère petite. Mon dieu quelle angoisse et elle va passer tous ces jours sous l’influence de ta personne retorse et perverse. Héhéhé. On avait retrouvé un léger souffle, j’avais arrêter de mélanger mes jambes et j’avais repris mes mains, j’avais aussi assigné à mes yeux de se préoccuper d’un seul endroit à la fois, on allait plus vite. Je l’ai ramené chez lui. Il m’a hébergé. Parce que c’était hors de question que je m’éloigne de la culotte. Mais c’était moins par obsession que par lâcheté. On en n’avait pas dit un mot, mais les quipuent devait l’avoir charogne sur ce coup, la culotte c’était notre seule arme et pour d’obscures raisons, c’était pas sûr qu’on puisse en prendre chacun un bout.
Le lendemain pour autant que je le comprenne, c’était pas moins dangereux que la nuit, mais il faisait jour quand même et je me tenais une gueule de bois trop méchante pour pouvoir avoir peur. La tire de Greuk était définitivement morte, on s’en est allé à pied, lui au poste, moi chez moi.
Et pendant un bon moment, c’est comme ça que s’est achevée cette histoire. Maintenant je sais que c’est pas le cas, ça continue. Maintenant c’est pareil mais c’est le contraire, ça accelère sans cesse, mais beaucoup trop pour que j’y comprenne. Je me dis que ça doit être maintenant qu’il me reste une dernière opportunité de m’esbigner avec l’espoir qu’on me foute la paix. Mais seulement aussi, c’est juste le moment où ça va trop vite pour pouvoir se repérer.
(suite)
Caravelle
Je passe au travers du regard du tarémancien. J’ entre. Je franchi l’interface.
Je suis
de l’Autre côté.



