ligne 09 08

la légende de l’autre

Ça pourrait être un homme aussi, mais je crois que c’est une femme. Ou alors c’est peut-être juste quelqu’un. Quelque part, dans ce monde. Quelqu’un de vivant, qui essaye, qui tente, qui espère encore sans trop savoir quoi, ni pourquoi, qui doit trouver quelque chose pour continuer, pour ne pas se laisser mourir d’ennui, pour ne pas devenir fou. Vivant dans un lieu lointain, inaccessible, quelqu’un qu’on ne rencontrera jamais, qui ignorera durant toute son existence que l’on pense à lui à cet instant même, alors que peut-être il souffre. Mais ce n’est pas certain. Mais qui ressent. Saisi dans les mailles étranges du désir, balloté par les défilés des émotions, happé dans l’inquiétude d’être vivant. Il se pourrait aussi qu’il, ou elle, juste maintenant, regarde avec émotion le Soleil mourir dans la façade miroir du bâtiment d’import/export qui masque le ciel en face, ou le Soleil se lever filtrant tout juste à travers les volets mal ajustés agités de vent jusqu’à des paupières mi-closes chassant à regret par petits battements la douceur d’un rêve voyageur tandis que la main déjà touche l’interrupteur d’une lampe.
Ou un Soleil absent,
par invasion de nuages, contemplant les filets de pluie alors que la vitre le regarde de son propre visage devenu fantomatique, songeur, doucement triste peut-être. On ne sait pas. Cette personne pourrait tout aussi bien ne pas être encore née, mais dans un autre temps contempler son passé, écouter ses souvenirs prise d’incertitude sur leurs sens, sur l’utilité de la réminiscence, puis s’inquiéter d’un destin toujours manquant, toujours agissant, de ce que l’on peut attendre de l’amour, de ce que l’on peut prendre, de la vie qui n’attend pas, de la mort qui enlève. De la longue solitude d’être soi perdue dans le courant du monde, avant d’en revenir, dans un instant peut-être, à la nécessité d’agir parmi les siens, parmi les autres, de disparaître dans la foule poursuivre la suite de son existence. Se demandant s’il existe quelqu’un dans cette foule, quelqu’un qui peut-être, puisqu’on est toujours prisonnier de ne pas être ailleurs, ou bien s’ils sont tous autour d’elle comme elle pour chacun moins que des inconnus, presque des choses, lancés dans le temps sous le joug des impératifs humains, avec elle quelque part au milieu, si différente, si insignifiante, elle dont on ne saura jamais rien, si elle fut heureuse, si elle fut aimée, quels furent ses sentiments, ses rires ou ses pensées. Quelqu’un dont on ne saura jamais ni même qui elle fut, mais dont la vibration de vie lançait muettement, encore, toujours, à travers le monde
l’appel à un autre libérateur
au milieu de la foule des personnes.

paragraphe de confort visuel
Samedi 20 septembre 2008

lilith putiennes

Ainsi que je l’avais précédemment annoncé, il était temps de reprendre en main la conduite de ce site dont les égarements intempestifs ou peut-être continuels menaçaient d’emmener l’ensemble de mes récits et le sens même de ma quête à leurs pertes, ce qui bien possiblement constituait l’unique destin sur lequel je pus fonder quelque espoir de réussite, mais aussi et pour cette raison même, comme il apparaissait évident qu’à s’abandonner sans maîtrise, on se perd sans choir, erreur des plus funestes, et j’ose le dire, d’un tragique si vilement insidieux (un cid dieu ?) qu’il ne saurait susciter que rage, désespoir, ô vieil’ fesse ennemie, n’aime-j’ donc le cul que pour cette infamie ?, je tenais avec la plus vigoureuse volonté (de la manière que nous verrons) à retenir pour lontemps encore le jaillissement dernier et triomphateur usant pour ce bellement faire d’une tension lentement grandissante mue par une agitation experte seule apte à provoquer les soubresauts d’un ultime délice couronné des plus profonds râles, des plus suaves tremblements et pour la félicité desquels la gloire ne pouvait manquer de poser sa marque ivoirine.
Je me décidai donc à poursuivre enfin l’épopée grandiose de l’Amokryde (je suis un peuple à moi tout seul) là où je l’avais interrompue, me préparant à la réalisation de ce grand dessein en commençant par baisser mon froc (et c’est ainsi que je devins apostat).
Liberant mon perchoir avec la tranquille assurance du geste parfait acquis de longue expérience, je saluai en conscience le génie d’une aussi excellente reprise en main et mumurai à son intention, je ne te hais point, heurtant une première fois à mots doux sa tendre sensibilité et l’éveillant du nid douillet mais étroit où il rêvait en silence tel un Satan baudelairien (prière).
Alors, d’une autre main non moins thauma-turgique, j’inscrivis les arcanes cabalistiques que le nain google – internet était décidément un monde bien fantaisiste, plein de trolls, wizards, gurus, murs de feu, spiders et dieu ou diable sait quoi encore – s’empressa de transmettre (dont je glisse un indice au lecteur par pure générosité : brunettes xxx) saisies du pouvoir de convoquer Lilith (toujours dans l’idée de tromper Mamon comme ceux dont la mémoire n’a pas fléchi s’en souviennent encore, ainsi que, soyons tout à fait franc, dans la conviction que si l’excuse n’est pas nécessaire, elle reste savoureuse pour peu qu’elle soit livrée avec la meilleure mauvaise foi).
Comme à l’accoutumée ses hétaïres se présentèrent d’abord en légions infinies, mais d’une taille si limitée à l’écran que le doute ne pouvait subsister quant à leur nature et par leurs postures : il s’agissait bien de lilith putiennes.
Ainsi se présenta de nouveau l’abstruse question : comment retrouver Lilith ?, laquelle en dissimulait une plus terrible encore : quel était le secret de cette pratique turbide ?
Tel l’impavide aviateur, je serrai le manche et j’actionnai le turbopompe pour une attaque en piqué.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 10 septembre 2008

lend’hier

Où en étais-je ?, je ne savais plus trop. Quelque chose chose avait bien du se passer pourtant mais quoi ? un coup de massue ça faisait mais sans bosse, juste une cloche à migraine qui me fendait le tambour, congestionné, vibrant. A ce point de douleur l’hypophyse devait me descendre jusque dans la glotte balançant comme une pendule qui aurait battu les instants mais à l’envers, reculant un peu plus à chaque fois avec des fracas liquides qui se répandaient jusque sous les yeux. Tous les instants avaient l’air de vouloir s’enfuir à rebours, à chaque coup je me trouvais rejeté juste avant dans l’attente du prochain qui me ramènerait juste avant. Juste avant que juste bong avant que bong juste bong que juste bong avant que. Et encore.
Sonné. Ou né sot, ça devait être la même chose à un point donné. A un point d’eau à ce point drogue, captif assoifé d’un contre-temps, je ne cessais plus de déboire. Point d’orgue retentissant de toutes les fentes de ses tuyaux. Point gore de l’heure pile, de l’heure qui pile. En pleine face. Je n’avais pas cessé de rêver de bancs. De bancs avec des corps autour. A l’envers. Féminins, siamois, ouverts, désarticulés. Des bancs, des bancs. Bander ? Des corps qui faisaient « sproc » en tombant, en se mélangeant. Qu’avais-je fait ?, ce n’était pas la première fois que j’endurais de telles confusions, des centaines de chattes sans poil en ligne avec des ailes, avec l’aile qui bat de l’oeil, l’oeil qui ricane et la canne qui pêche. Pêche à la ligne de poisson chatte. Silure, fêlure, si l’heure, fleurs. Volant comme des nuées de chauve-souris, pandorantes coriolisées, nées nues phares organiques, tourelles à cloches et à lanternes dinguant la digue où s’égoutte l’eau de cidre sidérée du temps qui se dérobe.
Qu’est-ce qui me valait d’avoir autant le cerveau en glaçon sur une patinette.
J’avais conservé tout juste assez de pensée pour soupçonner qu’il pouvait se dissimuler dans les décalages temporels de mes divagations sexuelles, une clef se servant du sens et du temps pour dire quelque chose : sexuel… c’est que sut elle…
c’est qu’L sut.
L savait,
j’ignorais quoi mais je me devais de la retrouver. Mais pas aujourd’hui, j’en étais incapable.
Je ne me sentais pas en lendemain, ce n’était pas la conséquence d’une cuite, recuite et dix de cuite. J’étais en lend’hier. Je n’étais pas aujourd’hui et il parassait évident que je ne parviendrai jamais jusqu’à aujourd’hui. En tout cas pas aujourd’hui. Demain peut-être.
J’avais remarqué qu’il s’était produit de drôles de choses sur le site, je n’avais pas le courage de vérifier quoi que ce soit, il m’était beaucoup plus simple d’avouer que j’avais un peu perdu le contrôle. Je me mettrai à trier les morceaux un autre jour.
En attendant, je comptais reprendre tout doucement le fil de ces histoires, en commençant par poursuivre la traduction du conte, ce qui étant donné mon état prendrait bien la journée entière.

paragraphe de confort visuel
Mercredi 3 septembre 2008