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sangulaire 9.1

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Bon alors je me retrouve. Quelque part je suppose. Il faut bien que ce soit quelque part. Même si cela n’a pas de sens. Je connais cet endroit. Je ne l’ai jamais vu. On est là, il fait nuit. Sur le parvis d’un bâtiment moderne doté d’une façade miroir en bizeau et monté sur piliers. Avec une telle configuration qu’on se demande s’il ne dessinerait pas un motif vu du ciel. Un schéma, un symbole peut-être. . Il y a des bris de verre au sol, des traces de brûlures sur le gazon, les bancs. Sur le béton aussi. Ça laisse le sentiment qu’on est arrivé trop tard alors que j’ai la conviction de m’être échappé à temps. Que l’urgence est en chemin, qu’elle se précipite derrière moi. Là je relève la tête vers une plaque noire luisante légèrement translucide, vous connaissez cela je suppose [...], avec un sourire pâle. .

Ensuite il s’avance à grands pas le long d’un chemin qui borde une forêt. Il fait nuit mais la neige diffuse une lumière ouatée, juste assez ténue pour que les ténébres entre les arbres resserrent leur épaisseurs. Percées de baies rouges écarquillées qui pendent par groupes de cinq à des pédoncules effilochés d’écorchures. Le lit du chemin au centre est couvert d’une couche de glace qui laisse deviner des mouvements au dessous. La Lune est noire comme une pupille. Qui se balance lentement dans l’onde nupale comme un globule au bout d’une trompe. Je suis rejoint par un humanoïde au corps écailleux, aux membres palmés. Des excroissances comme des anémones naines de couleurs tremblotent sur son corps au gré du vent. Mais ce n’est pas l’ennemi qu’il fuyait. Ce n’est pas toi qu’il approches. Il vient, il lui parle. Je sais qu’il est dangereux. Ses intentions sont encore humides d’horreur. Il dit qu’il s’est perdu mais tu n’es pas là où je croyais, il peut t’accompagner. . Sa bouche nourrit des mots où la patience engraisse des armes. Ce n’est pas lui qui parle. Il vient un instant. Tu penses beaucoup trop fort. Il y aurait peut-être une chance si je l’attaquais le premier.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 29 janvier 2009

sangulaire 8

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je sais que c’est obligatoire mais je trouve ça ridicule, je suis presque sûr que c’est un mensonge, il n’y a pas de salamantes à l’extérieur, malgré tout j’obtempère, par superstition, par couardise peut-être, par on-sait-jamais. Cette petite sentence de rien qui cimente, qu’ici mente le monde, ouvrant le ciel à tous les possibles du Destin toujours déjà clos par essence. Fermant la Terre des horizons dans sa gangue de Réel. On sait jamais, Jamais, qui me fait humblement reconnaître que je ne sais rien en ayant pourtant connaissance aveugle de lui. L’interdit sacré du monde humain, tu ne prononceras pas le nom de ton Dieu en vain, il ne faut jamais dire Jamais. J’enfile le casque. Et si tout ce que j’allais voir n’existait qu’à l’intérieur de cet écran ? Il se clipe avec un bruit mat qui signale l’hermétique du sujet. Sensations d’aiguilles dans la nuque, des lignes de codes défilent sur le bas de l’écran, quelques secondes ensuite un message me certifie que je suis prêt. La permission de sortie clignote, le sas inférieur s’ouvre.

Il fait très sombre. J’inspire et je descends.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 29 janvier 2009

sangulaire 7

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Nous rentrons. Aussitôt passées les massives doubles portes dont le linteau avertit en lettres lumineuses « Rien n’est vrai, tout est permis », la foule se disperse en tous sens. Les attractions semblent se tenir en tout lieu à la fois. La foudre et le feu surgissent des endroits les plus inattendus, des corps grillés s’effondrent, d’autres incendiés s’enfuient sous des cris d’admiration et des applaudissements. Il est possible de rentrer partout, certains n’hésitent pas à escalader les façades pour s’introduire par les fenêtres. Ou à se jeter des balcons. A s’écraser sur la pierre. Partout dans les rues, on se court après, on se prend à la gorge, on fornique, on fuit. Le reproche roule en moi de ne savoir trouver mon plaisir dans cette fête, de ne pouvoir participer, comme si la liberté se tenait à un instant de ma conscience sans que je puisse m’y plonger par crainte de perdre mes liens. Ils sont tout ce que j’ai rêvé d’être, inhumains, impulsifs, vivants. Je les envie. Leurs émotions ne sont pas moins vraies parce qu’elles trichent avec la raison, au contraire. Elles sont pures. C’est moi qui suis dans l’erreur, c’est moi qui me trompe en refusant de me tromper. Je les envie, je suis terrifié. Je me faufile à l’écart, je longe une rue sombre entre un terrain vague grillagé et d’anciennes ruines de fours en pierre qui portent en ombres de sang l’empreinte de corps meurtris, traînés. Le sentiment d’être en tort me mord plus fort noué de familiarité, mes chevilles et mes yeux me font mal. Je retire d’autres hameçons de mon corps et je me force à bouger pour fuir l’idée qu’un souvenir pourrait jaillir de ces traces. Qu’est-ce que je cherche à protéger. J’aboutis à une place circulaire bordée de gradins sous des colonnes chargées de fleurs lumineuses. C’est une place de marché où l’on écoule des humeurs. Des individus sont passés à la roue, d’autres attachés par des poinçons à des cordes puis levés en hauteur à la criée. Je fais le tour, suspendu à ma fascination. Les hurlements me tintent dans les os, les plaies me coulent dans le regard. Les êtres sont de plus en plus monstrueux, créatures dépassant les deux mètres cinquante, couvertes de fourrure, d’écailles, de protubérances, diformités, maladies, organes surnuméraires. Je m’éloigne. Je cherche Ev mais il n’est plus là, j’ignore en fait s’il est vraiment rentré. Si tout est feint, que peut-il advenir. Vais-je rencontrer Lore. La rue qui m’a amené s’est changée en boulevard humide, je sens l’effroi ramper autour, « tu ne sais plus où aller ? ». Je sursaute. Une femme d’une race cousine de l’éborgnée sort de l’ombre, sa peau est d’un violet profond légèrement phosphorescent parcourue de tatouages colorés, et mouvants « tu as vraiment un goût infect, tu ressembles à un humain, j’adore, c’est d’une infame originalité ». Elle me considère un instant « il en fallait un pour jouer l’ennui, félicitation. Viens, suis-moi, nous verrons si ton flegme résiste ». Elle semble couverte de fines écailles argentées, des lèvres de chair pendent aux arrêtes osseuses de son corps. Je sais que j’ai vu quelque chose de terrifiant quelque part sur elle mais je ne peux me retenir de la désirer. Je la suis, elle me jète des oeillades, par taquinerie ou par vice, nous rentrons. J’ai un sentiment de déjà vu, dans un vaste édifice qui ressemble à une villa colonniale. Passées les massives doubles portes sur le linteau desquelles est inscrit en lettres lumineuses « quelque chose en français », nous joignons un public qui assiste à l’intérieur d’une salle Renaissance à une scène de viol et de torture. Les corps sont dans un tel état je ne parviens pas à définir à qui reviennent les membres et les cris, ça gesticule comme une pieuvre. La fille s’agenouille pour me sucer. D’autres couples ou d’autres groupes se laissent conduire à l’orgie emportés par la violence des sons que l’on respire et des images que l’on boit. Un homme, mais est-ce un homme, occupé à sodomiser une créature à double colonne en lui balafrant les joues du dos d’inscriptions rupestres, me confie avec délectation « il n’y a qu’une différence de style entre une partouze et un massacre, il s’agit toujours de pénétrer la chair ». Si tout est feint. Je baisse le regard vers la femme qui me lèche, mes pouces sont enfoncés dans ses yeux, mes ongles dans ses ouïes, je suis convaincu de faire une erreur. Je regarde de nouveau la scène de viol. Mes yeux s’écarquillent et l’image grandit en se rapprochant. C’est un accouchement. Ils sont deux à hurler, j’ignore qui torture l’autre, le corps qui s’extrait du ventre est celui d’une vieille. Ma bouche veut s’ouvrir d’épouvante mais je serre la mâchoire de peur que l’on m’enfonce quelque chose dans la gorge. Le sang gicle, des odeurs de détergent se répandent. Une idée encore informe gonfle dans la gorge. Je baisse les yeux. La fille ne me suce pas. Elle me pond des oeufs dans les testicules. Je panique. Je m’arrache à sa ventouse. Autour l’orgie s’est armée de lames. Je comprends, Si tout est faim, nous allons tous nous entredévorer. Les maquillages ne servaient qu’à préserver l’idée qu’il existait des humains dessous. Ils commencent à arracher leurs masques. Je me rue à l’extérieur, je trouve un escalier que je dévale. Je sens le délire monter comme une fièvre. Je descends plus vite mais je suis alenti par la densité de ma peur. Je sais que c’est ma conscience qui se refuse, qui m’entrave. Je me précipite vers la première porte. Mais c’est elle aussi qui m’avertit. Je suis de retour dans la salle. « j’ai trouvé le fil ! ». Une voix. Ma jambe est soudainement tirée en arrière, je tombe, quelque chose me serre dans la gorge. Quelqu’un vient de partir précipitamment, c’est lui que je cherche. Je ressors en courant. Elle m’avertit qu’elle fait défaut, des faux. Je dévale un escalier, je vois une porte béer à l’étage du dessous, je vais si vite que je la traverse. Ils sont tous là. Nus. . Tableau de schèmes et de gemmes merveilleux. L’épouvante. Je sais qu’ils savent. L’épouvante. Je repars en courant. je tombe dans un couloir. Il faudrait que je perde conscience pour me sauver, mais comment faire. Je le traverse. Il faut que je cesse de penser. J’entends des bruits derrière les portes. C’est de croire encore qu’il existe des mots qui me retient. Je cours. Vais-je devenir fou, vais-je… Je me projète dans la fenêtre. Lore, aide-moi

puis-je tout oublier avant de m’écraser

chute

tout défile devant mes yeux

trop vite

le rêve s’arrêtera-t-il s’il n’y plus de mot

sol

ou bien ?

j

paragraphe de confort visuel
Vendredi 16 janvier 2009

sangulaire (A-L)²

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:

paragraphe de confort visuel
Vendredi 9 janvier 2009

sangulaire 6

[...] Assis dans le lit jambes repliées, adossé au mur la couverture tirée jusqu’aux épaules, je poursuis yeux mi-clos luttant contre mon harassement le fil d’une histoire dont le déroulement ne cesse de m’égarer. Sur la toile obscure de mes paupières scintillent des couleurs, des formes se déplacent fuyant avec le regard, animées de changements lents et tournants ou déployées en hypnotiques rayonnements géométriques. Je tente d’y lire des mystères insensés sentant le sommeil mouiller les berges de ma conscience de vagues paresseuses qui allongent leurs caresses. Je lutte. Si rien des secrets que m’offrent ces visions ne m’est dévoilé peut-être au moins influencerais-je suffisamment mes pensées pour que le rêve m’ouvre le souvenir d’une piste. Les frontières qui séparent les mondes ne sont pas closes. Bercé dans mes divagations hypnagogiques où le noir de la chambre se confond avec l’intimité palpébrale, du bain nuageux de couleurs les motifs engendrent des figures, puis des visages. Tout d’abord éphémères et inconnus, passant dans l’onde du regard jusqu’à disparaître, puis mobiles, s’animant, chargés d’expressions de plus en plus vives, fascinatoires émouvantes, incarnations de vies aperçues dans le mouvement d’un moment, des scènes encore inaccessibles et qui ne le deviendront peut-être jamais où quelque chose de crucial se passe juste à l’instant. La puissance évocatrice de l’imaginaire aimante les moindres parcelles pour les sertir d’ailleurs et d’au-delà où s’instillent à gouttes ambrées l’intrigue et l’appel. Bientôt les visages vont prendre corps et de la géométrie des formes naîtront aussi des lieux, des bribes d’événements vont défiler dont l’essence très reconnaissable est manifestement celle du rêve. Il suffit alors de fermer les yeux pour que l’une d’entre elles envahisse tout le regard et qu’il n’y ait plus d’autre sens au monde que celui qu’elle-même va conduire. Mais en conservant les yeux à demi ouverts, on peut assister à la naissance des rêves, observer comment les visages peuvent se déformer pour devenir monstrueux, comment les corps peuvent se dénuder pour se révéler soudain intensément érotiques, comment les paysages peuvent s’étendre pour se livrer libres et immenses au vertige aspirant de l’exploration aérienne.
S’il est possible d’entrer en contact avec ses rêves simplement en obturant le chemin au monde réel, alors certainement cela doit tenir au fait que le bombardement projectif onirique ne cesse jamais, mais la conscience seulement n’y est pas continuellement attentive. Le monde réel est trop aveuglant. Cependant le rêve ne meurt pas pour autant, il s’offre partout où le réel échoue. Le fourmillement de couleurs est visible sur n’importe quel mur dès que je cesse d’être ébloui par sa teinte, tous les nuages portent des visages, la moindre tache contient une créature. En s’écrasant les yeux des pouces assez longtemps dans le noir, il devient possible de provoquer la cécité du réel et de rendre visible ce que voient les yeux. Le réel ne cesse pas d’échouer, la couleur du mur est une invention de mon cerveau, le mur n’est pas blanc, il est jaune sous la lumière de l’ampoule, éclairé autrement il pourrait être violet. Mais je ne perçois jamais les couleurs réelles, le mur devient blanc dans la maquette reconstituée par ma pensée qui suppose l’existence du vrai. Blancheur idéale pour humanoïdes diurnes ne doutant pas du Soleil. Acquis à la conviction que le Soleil est le modèle de toute étoile, qu’il éclaire la vérité en jaune doré.. .
Du sommeil à l’éveil surgit le souvenir. Car l’éveil rapporte la mémoire, le souvenir raconte toujours moins le rêve que le retour du réel. La mémoire est jeu pour le rêve, elle devient un ordre pour le réel. Tout rappel, souviens-toi, est un rappel à l’ordre. Ordre de la maquette qui veut la définition d’une monde organisé et conjure le cauchemar d’un réel informe en répétant partout qu’il faut se tenir informé, dont l’outil gigantesque d’administration du réel est l’informatique. Etrange ironie. Mais s’il est nécessaire de dormir, non pas seulement se reposer mais dormir, faudrait-il croire au contraire que l’œil continue de voir pendant que la pensée soumise à la raison de sa mémoire se satisfait de croire, que le sommeil vient pour reposer la conscience de la concentration nécessaire à soutenir les mensonges qu’elle endure pendant l’éveil, mensonges qui lui permettront d’élire une vérité. Des bribes de discours se mélangent maintenant à mes pensées, l’histoire que je cherchais à suivre s’échappe, je sens qu’un mystère s’épaissit en laissant derrière lui la piste d’un signe menant à un indice menant à une trace menant à une perte. A moins qu’il ne s’accomplisse d’une manière devenue méconnaissable pour moi. « Tableau de schèmes et de gemmes merveilleux », pourquoi ai-je entendu cela ?, pourquoi ai-je l’idée qu’il s’agit d’une citation mille fois répétée ?. .
Je ne me connais pas assez pour savoir si je suis bien exactement le même chaque matin, la conscience de soi est si facile à leurrer, il suffit d’un rêve où l’on se voit agir pour apprendre qu’elle peut se déplacer, se dédoubler, d’un autre où tout en étant soi on sera un autre pour se demander si son unique fonction, son unique pouvoir n’est pas de proclamer « tu es toi-même », triant ensuite dans la mémoire tout ce qui ne lui convient pas pour assurer la pérennité de l’illusion, jouant de la simple activation d’un sentiment de familiarité posé sur l’inconnu de sa personne. Fondé non pas sur la reconnaissance d’un même mais sur le meurtre de l’autre « tuer toi par toi-même », l’essentiel n’étant ni le même, ni l’autre mais l’action de trancher le nœud inextricable.
Mais il y a quelque chose à tenter, j’ai lu ça dans un livre au cœur opaque d’une autre nuit. Il y a quelque chose à tenter pour rattraper cette histoire, pour tenter de retrouver Lore, savoir enfin si elle existe tandis que le réel la refuse, tandis que mes souvenirs et mes sentiments l’appellent.
Je ferme les yeux, je m’endors et je me lève.. .
J’ai toute la nuit, la longue nuit de ma conscience pour m’éveiller aux secrets de l’être.
Au milieu d’une foule, j’avance vers une entrée magistrale

paragraphe de confort visuel
Dimanche 4 janvier 2009

sangulaire a + x

le carré du sens et de l’inconnue génère le sens du sens, l’inconnue de l’inconnue plus deux sens inconnus

le carré du sens sans l’inconnue génère le sens du sens, l’inconnue de l’inconnue moins deux sens inconnus

le sens du sens sans l’inconnue de l’inconnue est issu du sens avec l’inconnue multiplié par le sens sans l’inconnue

(cryptosémantique- propriétés remarquables)

paragraphe de confort visuel
Vendredi 2 janvier 2009