le retrait de l’amour (1/2)

L’amour est certainement la valeur la plus célébrée dans nos sociétés, incluant fréquement l’érotisme, le sexe dans sa représentation (comme aimant). D’être continuellement évoqué favorise l’enracinement d’un discours de légitimation sur l’orthodoxie amoureuse. Il s’agit de définir l’autorisation au consentement ; il ne suffit pas qu’une personne soit consentante, il faut qu’elle soit autorisée à être consentante (cas de deux enfants, d’un vieillard avec une toute jeune, etc…). L’élévation de l’amour en tant que valeur signale peut-être qu’il se rencontre peu comme réalité, mais surtout l’élévation établit sous le couvert lumineux de la tolérance et du respect une loi sur l’amour. Cette loi impose de pratiquer un amour lui-même respectueux et tolérant. Par cette action, l’amour est soumis, car le respect et la tolérance ne sont pas des qualités de l’amour, encore moins des qualités du désir. Ce sont les qualités du citoyen docile. L’amour n’est plus maître chez lui. On peut, pourquoi pas, considérer l’autorisation actuelle comme acceptable, il serait toutefois imprudent d’oublier qu’en tant qu’autorisation, elle constitue un pouvoir, que les pouvoirs ont tendance à vouloir croître.
La publicité s’occupe aussi de construire des autorisations à l’amour élaborées sur l’inscription de représentations-types gagnantes (tu veux la fille, tu achètes la bagnole). L’amour (sexe) sert d’interface attractive pour réussir la jonction entre l’objet où l’amour est promi caché, et l’argent nécessaire à son acquisition. Quel que soit notre positionnement devant ces publicités, nous pouvons échapper à la marque, plus difficilement aux « discours de fond ». Malgrè nous, nous apprenons que l’amour n’est pas dans la personne.
Les scientifiques expliquent que l’amour est du à une libération de dopamine. Quel que soit la pertinence du savoir développé, le science donne autant qu’elle reprend : si une connaissance issue de la sexologie peut m’aider à concevoir le plaisir féminin, par exemple, elle me contraint aussi tout d’un coup à faire l’amour avec des concepts, à forniquer dans une vision modélisée du plaisir, c’est-à-dire formatée selon les principes de l’efficacité et de la production, finalement de la norme. Par leurs discours les scientifiques s’approprient l’émotion la plus chère, leurs déclarations équivalent à : l’amour n’est pas en moi (mais dans la dopamine). Ils avancent vers l’instant où ils concevront une pillule de remplacement. Ils savent déjà faire dormir, exciter, calmer, faire avouer (pentothal), etc… il existe, semble-t-il aussi, des phéromones. Cette pilule existe possiblement déjà. Son utilisation cependant demande pour être admissible une légitimation politique.

J’ai le sentiment que le terrain de cette légimation est en préparation.

  1. Escape :

    Une réflexion étonnament pertinente.

    30 novembre 2006 8 h 21 min

    .

.

Flux RSS des commentaires de cet article.