Propagande pour le meilleur des mondes (brochure -3/4)

3- Aliénation par l’origine

Que les femmes soient généralement favorables à la maternité ne sauvegarde aucunement leur liberté. Leur bienveillance leur rend seulement cette « liberté » acceptable. Car cette liberté est résolue par avance : en choisissant d’avoir un enfant, une femme accepte d’être mère. Elle endosse un statut pré-établi que toute femme s’est vue inculquée par le long conditionnement de l’enfance : jouer à la maman. Cette maman-là signifie bien autre chose que femme-ayant-eu-un-enfant. Des champs consacrant imprègnent une certaine représentation à travers le langage (la pensée), dont il faut maintenant rétablir pour ce qui nous préoccupe l’origine et le sens.

La femme est requalifiée hors de son individualité par l’englobement de sa personne dans le « naturel féminin ». Le naturel féminin se porte comme origine de la femme (la femme est fondée par/sur ce naturel). En tant qu’origine, le naturel permet de définir la femme par avance : il détermine l’individu, non par lui-même, mais par rattachement à un lieu qui lui est préalable. L’origine est le lieu de naissance transmettant ses propriétés à l’individu (propriétés dont il ne peut se défaire puisqu’elles lui sont toujours données par avance, ainsi pour tout étranger je suis toujours d’abord un salaud de français – c’est mon origine, ensuite seulement l’étranger se rend compte que je suis aussi un enfoiré de moi-même, ce qu’il prouve en déclarant : « ben t’es bien un salaud de français », l’origine c’est aussi ce qui reste de l’autre).
Le territoire d’origine de la femme étant la Nature, la femme en reçoit les propriétés. Perceptivement, la Nature est d’abord un fond comme le révèle l’expression « spectacle de la nature » ; nous observons toujours la nature comme à distance, ainsi la femme est reléguée dans un ailleurs. Ensuite la Nature se distingue en ce que l’origine de la Nature est la Nature elle-même : la nature de la Nature c’est d’être elle-même son espace, son origine. La femme devient l’ailleurs origine fondé sur lui-même. Ce qui ne paraît pas très sérieux.
Parce qu’à bien regarder, la femme ne ressemble pas trop à un ailleurs origine fondé sur lui-même. La femme-individu n’est pas spécifiquement naturelle comme l’indique son amour pour la baignoire, l’eau chaude et le téléphone. La Nature n’est pas en propre le lieu d’origine de la femme car la Nature bien plutôt comme origine, est origine de l’espèce (le fond indistinct d’où l’espèce surgit). Par ailleurs « le lieu origine de l’espèce », présent physiquement au sein de la Nature, c’est bien aussi l’uterus (l’ailleurs origine fondé sur lui-même). De cette façon on aspire l’identité de la femme dans une définition de l’uterus fondé en nature. En jointant Nature, origine, fond, uterus, lieu de l’espèce on ne cesse pas de désigner la femme non pas comme un individu mais comme un lieu.
La vérité du lieu s’éclaire en observant les autres qualités de la Nature. La Nature peut être conçue comme bonne, généreuse, abondante et fertile. Et voilà la femme devenue (bonne) mère par nature. Ou bien comme sauvage, dangereuse et hostile. Et voici la sorcière (c’est-à-dire la femme dénaturée). Par là nous est dessiné le modèle projeté, car « bonne, abondante, généreuse et fertile » ne désigne pas n’importe quelle Nature, mais la Nature domestiquée : la femme en tant que lieu est un champ. Si la femme est naturelle, alors il faut la cultiver (c’est-à-dire la surveiller, la délimiter, l’ensemencer etc). C’est là une vérité propre à l’agriculteur sédentaire. Le lieu de la femme naturelle est un territoire mais non pas n’importe lequel, c’est le territoire dévolu à l’espèce. Si la femme est le territoire de l’espèce, alors l’espèce, inévitablement c’est l’homme. Qui reçoit la femme comme origine (nature) et donc qui l’acquiert aussi comme propriété (terre). La femme devient le territoire naturel de l’homme (car l’homme a vocation de conquérir la nature).
Voilà comment il en revient aux femmes d’être naturelles.

L’uterus est sous l’emprise d’une mythification aliénante. Qu’il est temps de marabooster en vue de l’élévation du meilleur des mondes.

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