Propagande pour le meilleur des mondes (brochure -4.2/4)

Pour se faire une idée exacte de ce qu’est un accouchement, il suffit d’observer le conjoint : diriez-vous que la pâleur, les tremblements, les larmes, les évanouissements sont les émotions propres suscitées par la beauté ? Quel est le genre de chef d’oeuvre qui consiste à faire caca partout ?
Il suffirait (supposition bien dérisoire ) que la créature naissante, la tête à peine sortie, prenne conscience et déclare « eh vas-y, pousse donc, grosse conne ! » pour qu’un silence de terreur retentisse jusqu’au sous-sol (tandis que le chérubin ne fait rien d’autre que nommer sa mère de la façon qu’il la voit). « et grouille-toi ou jte bouffe le pingouin ! ». Vous imaginez ? « attends que je sorte mes mains, je vais t’arracher les poils du cailloux ! ». Ah mais faites-le taire, c’est toujours le problème quand on est speedmedium, on contrôle moins bien dans les virages.

L’accouchement, c’est la scène du crime. C’est le monstre (potentiel) qui arrive. Il peut tuer, il peut être inhumain. L’horreur-même peut sortir et par éventration du lieu qui faisait tendrement nid au plaisir. « La femme est naturelle donc abominable » disait Charles, l’abomination qu’elle porte (non pas qu’elle est) c’est l’espèce. Non pas cette chère humanité tant priée, mais l’espèce noire, indifférenciée, cauchemardesque qui peut faire naître le monstre, antithèse de l’humanité et sujet d’épouvante. Ce que l’on peut ressentir dans ce que tout nouveau né a commencé par être N’importe qui, un pur inconnu, un Sans-nom, une réalisation d’espèce encore indéterminée, un foetus. Ce n’est pas la femme qui est abominable, mais l’uterus.

Il appartient à l’uterus d’être le mal incarné parce qu’il contient l’espèce, parce qu’il donne la vie (les couilles aussi, comme l’a brillamment illustré Kaillasse, c’est le mal et d’ailleurs j’ajouterai que quand même ça se voit assez), que l’origine de la vie ne peut être que l’horreur, l’innommable, quelque chose de pire que le Mal Absolu, quelque chose d’infiniment plus effrayant car la vie est la négation du Rien, c’est l’Incarnation de l’Informe sans Fond.
C’est le monstre qui arrive mais c’est l’enfant qui naît encore pris de l’informe noirceur qui l’a conçu comme en témoigne sa mollesse, sa laideur et son imperfection La peur que nous inflige le monstre ne provient pas de sa différence ; ce qu’il rappelle constamment, c’est qu’il est de la même espèce, c’est qu’il nous ressemble, c’est que nous sommes des monstres. Nous possédons comme origine ce même fond impossible maudit d’où nous sommes nés.

De ce qu’il convient de faire avec les couilles dans la poursuite du meilleur des mondes, c’est une question qui reste encore en suspend. Car l’heure commande de livrer maintenant aux femmes le salut auquel elles ont droit :
prochainement : la Solution.

  1. amokryte :

    c’est vrai ! je suis parfaitement d’accord. Et c’est grand-mère qui sera ravie de pouvoir enfin s’exclamer « c’est son père tout chié ! »
    la seule question qui reste est : pourquoi faut-il ensuite conserver la crotte, l’habiller et lui parler pendant de longues années ?

    5 mai 2007 16 h 43 min

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  2. kaillasse :

    Et pourquoi pas ?
    Si cette crotte est ton amie, conserve-la, habille-la et parle-lui pendant de longues années !
    Après tout qu’est ce qui nous en empêche ?!

    14 mai 2007 20 h 25 min

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