sangulaire 7

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Nous rentrons. Aussitôt passées les massives doubles portes dont le linteau avertit en lettres lumineuses « Rien n’est vrai, tout est permis », la foule se disperse en tous sens. Les attractions semblent se tenir en tout lieu à la fois. La foudre et le feu surgissent des endroits les plus inattendus, des corps grillés s’effondrent, d’autres incendiés s’enfuient sous des cris d’admiration et des applaudissements. Il est possible de rentrer partout, certains n’hésitent pas à escalader les façades pour s’introduire par les fenêtres. Ou à se jeter des balcons. A s’écraser sur la pierre. Partout dans les rues, on se court après, on se prend à la gorge, on fornique, on fuit. Le reproche roule en moi de ne savoir trouver mon plaisir dans cette fête, de ne pouvoir participer, comme si la liberté se tenait à un instant de ma conscience sans que je puisse m’y plonger par crainte de perdre mes liens. Ils sont tout ce que j’ai rêvé d’être, inhumains, impulsifs, vivants. Je les envie. Leurs émotions ne sont pas moins vraies parce qu’elles trichent avec la raison, au contraire. Elles sont pures. C’est moi qui suis dans l’erreur, c’est moi qui me trompe en refusant de me tromper. Je les envie, je suis terrifié. Je me faufile à l’écart, je longe une rue sombre entre un terrain vague grillagé et d’anciennes ruines de fours en pierre qui portent en ombres de sang l’empreinte de corps meurtris, traînés. Le sentiment d’être en tort me mord plus fort noué de familiarité, mes chevilles et mes yeux me font mal. Je retire d’autres hameçons de mon corps et je me force à bouger pour fuir l’idée qu’un souvenir pourrait jaillir de ces traces. Qu’est-ce que je cherche à protéger. J’aboutis à une place circulaire bordée de gradins sous des colonnes chargées de fleurs lumineuses. C’est une place de marché où l’on écoule des humeurs. Des individus sont passés à la roue, d’autres attachés par des poinçons à des cordes puis levés en hauteur à la criée. Je fais le tour, suspendu à ma fascination. Les hurlements me tintent dans les os, les plaies me coulent dans le regard. Les êtres sont de plus en plus monstrueux, créatures dépassant les deux mètres cinquante, couvertes de fourrure, d’écailles, de protubérances, diformités, maladies, organes surnuméraires. Je m’éloigne. Je cherche Ev mais il n’est plus là, j’ignore en fait s’il est vraiment rentré. Si tout est feint, que peut-il advenir. Vais-je rencontrer Lore. La rue qui m’a amené s’est changée en boulevard humide, je sens l’effroi ramper autour, « tu ne sais plus où aller ? ». Je sursaute. Une femme d’une race cousine de l’éborgnée sort de l’ombre, sa peau est d’un violet profond légèrement phosphorescent parcourue de tatouages colorés, et mouvants « tu as vraiment un goût infect, tu ressembles à un humain, j’adore, c’est d’une infame originalité ». Elle me considère un instant « il en fallait un pour jouer l’ennui, félicitation. Viens, suis-moi, nous verrons si ton flegme résiste ». Elle semble couverte de fines écailles argentées, des lèvres de chair pendent aux arrêtes osseuses de son corps. Je sais que j’ai vu quelque chose de terrifiant quelque part sur elle mais je ne peux me retenir de la désirer. Je la suis, elle me jète des oeillades, par taquinerie ou par vice, nous rentrons. J’ai un sentiment de déjà vu, dans un vaste édifice qui ressemble à une villa colonniale. Passées les massives doubles portes sur le linteau desquelles est inscrit en lettres lumineuses « quelque chose en français », nous joignons un public qui assiste à l’intérieur d’une salle Renaissance à une scène de viol et de torture. Les corps sont dans un tel état je ne parviens pas à définir à qui reviennent les membres et les cris, ça gesticule comme une pieuvre. La fille s’agenouille pour me sucer. D’autres couples ou d’autres groupes se laissent conduire à l’orgie emportés par la violence des sons que l’on respire et des images que l’on boit. Un homme, mais est-ce un homme, occupé à sodomiser une créature à double colonne en lui balafrant les joues du dos d’inscriptions rupestres, me confie avec délectation « il n’y a qu’une différence de style entre une partouze et un massacre, il s’agit toujours de pénétrer la chair ». Si tout est feint. Je baisse le regard vers la femme qui me lèche, mes pouces sont enfoncés dans ses yeux, mes ongles dans ses ouïes, je suis convaincu de faire une erreur. Je regarde de nouveau la scène de viol. Mes yeux s’écarquillent et l’image grandit en se rapprochant. C’est un accouchement. Ils sont deux à hurler, j’ignore qui torture l’autre, le corps qui s’extrait du ventre est celui d’une vieille. Ma bouche veut s’ouvrir d’épouvante mais je serre la mâchoire de peur que l’on m’enfonce quelque chose dans la gorge. Le sang gicle, des odeurs de détergent se répandent. Une idée encore informe gonfle dans la gorge. Je baisse les yeux. La fille ne me suce pas. Elle me pond des oeufs dans les testicules. Je panique. Je m’arrache à sa ventouse. Autour l’orgie s’est armée de lames. Je comprends, Si tout est faim, nous allons tous nous entredévorer. Les maquillages ne servaient qu’à préserver l’idée qu’il existait des humains dessous. Ils commencent à arracher leurs masques. Je me rue à l’extérieur, je trouve un escalier que je dévale. Je sens le délire monter comme une fièvre. Je descends plus vite mais je suis alenti par la densité de ma peur. Je sais que c’est ma conscience qui se refuse, qui m’entrave. Je me précipite vers la première porte. Mais c’est elle aussi qui m’avertit. Je suis de retour dans la salle. « j’ai trouvé le fil ! ». Une voix. Ma jambe est soudainement tirée en arrière, je tombe, quelque chose me serre dans la gorge. Quelqu’un vient de partir précipitamment, c’est lui que je cherche. Je ressors en courant. Elle m’avertit qu’elle fait défaut, des faux. Je dévale un escalier, je vois une porte béer à l’étage du dessous, je vais si vite que je la traverse. Ils sont tous là. Nus. . Tableau de schèmes et de gemmes merveilleux. L’épouvante. Je sais qu’ils savent. L’épouvante. Je repars en courant. je tombe dans un couloir. Il faudrait que je perde conscience pour me sauver, mais comment faire. Je le traverse. Il faut que je cesse de penser. J’entends des bruits derrière les portes. C’est de croire encore qu’il existe des mots qui me retient. Je cours. Vais-je devenir fou, vais-je… Je me projète dans la fenêtre. Lore, aide-moi

puis-je tout oublier avant de m’écraser

chute

tout défile devant mes yeux

trop vite

le rêve s’arrêtera-t-il s’il n’y plus de mot

sol

ou bien ?

j

  1. kaillasse :

    Beurk

    27 janvier 2009 19 h 32 min

    .

.

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