sangulaire 9.2
Mais il ne fait rien. La violence c’est l’instant d’avant. Tu penses qu’il va venir. La prudence c’est l’instant d’après. Préférer un risque imaginaire à un risque réel, dis-tu. Tant qu’il ne se passe rien. Je pense qu’il s’approche. L’imaginaire, c’est l’horreur. Il pense. Le réel c’est la mort. Ne va pas dans les ténèbres, il ne faut pas se perdre de vue. Eviter le pire. Tu vois dans la silhouette brumeuse qui lui remplit les yeux qu’il me regarde. Tant qu’il ne se passe rien. Comme si chaque instant passé me rapprochait pas à pas du moment libérateur qui doit advenir tôt ou tard. Comme s’il suffisait d’être patient. De ne pas céder à la terreur. Je sais qu’il sait même si tu ne trahis rien de sa pensée. Il n’est pas trop tard, il serait temps de te prendre en main. Tant qu’il ne se passe rien. Il pense que je ne l’entends pas. Tandis que pas à pas, égaré par la promesse de l’instant qui doit venir, tu sens qu’il me dirige, vers la venue de l’instant qu’il te promet. . Un corps de baleine passe sous la glace. Ni tête, ni queue, ni nageoire, mais deux petits bras agités de nourrisson. Il le saisit par le poignet. Pour l’empêcher de choir. Je pense que la glace est trop fine pour retenir le monstre, dit-il. Tu dois être prudent. J’anticipe. Tu me suis ?



