Jeudi 5 octobre 2006

journal d’Amokryte (1)

On m’a dit que je me sentirai mieux après, mais j’en crois rien. Je vois pas ce que ça peut vraiment changer. Le déclic, il paraît, je vais me rendre compte tout seul. Ils ont pas idée un instant que les déclics, en fait ils arrêtent pas en permanence. Je suis obligé d’en oublier la plupart pour pas devenir fou justement. Mais je sais bien que tout ce qu’ils guettent c’est seulement des indices en plus.

Si l’auteur, c’est moi, je vois pas pourquoi j’aurais inventé des gars comme eux, faudrait être salement dévissé pour s’infliger des illusions pareilles. Ils essaient de m’expliquer que les personnages, ça n’existe pas, il n’y a que des vraies personnes. Ils ajoutent que je suis une vraie personne, que ça signifie par définition que je ne suis pas un personnage, que je ne devrais pas croire que je suis un personnage, j’en suis moi-même l’auteur. Franchement. Si j’étais l’auteur, je ferais exactement l’inverse : je ne dois pas considérer mes personnages comme de vraies personnes n’est-ce pas ? Ce serait de la folie. Et puis ils sont complètement mystifiés, si la qualité d’une vraie personne, c’est de ne pas être un personnage, alors c’est exactement comme un personnage, lui aussi il dit qu’il est une vraie personne. Et bien sûr il se trompe. Pour eux il suffit d’y croire, ce sont des fanatiques. Moi je dis, c’est une question de conscience : un personnage déclarant qu’il est un personnage est toujours moins douteux qu’une vraie personne déclarant qu’elle est une vraie personne. Parce que le personnage qui se dénonce prend conscience de lui tandis que la vraie personne qui ressent le besoin de s’affirmer laisse toujours croire qu’elle ment.

Et puis je sais bien qu’il y a un auteur, puisque j’ai réussi à chourrer une partie du scénario (entre nous, je crois que l’Auteur m’a intentionnellement laissé faire, pour me défier je pense). Je leur ai montré. Mais ils m’ont pas cru. Aucune valeur, ils ont dit. La vérité, c’est ça, ils m’ont exhibé des papiers d’identité. Pour eux la vérité c’est jamais qu’un tampon. Il peut y avoir écrit n’importe quoi sur le papier au fond, l’important c’est la marque officielle. Y a un autre tampon auquel ils croient beaucoup aussi, c’est celui de leurs dossiers. Qu’il est écrit dessus que si ils m’ont rentré ici, c’est parce que j’ai fait des trucs pas sortables ailleurs. Ça a l’air tellement logique. De toute manière, moi je me souviens pas, ça leur fait dire que j’aurais refoulé. C’est quand même un peu facile. Comme ça, si tu fais un geste c’est la preuve que tu voulais parce que tu l’as fait, si tu fais pas un geste, c’est la preuve que t’as voulu le faire parce que tu l’as pas fait, et à la fin si tu fait un geste, c’est à la fois la preuve que tu voulais parce que tu l’as fait (donc tu es coupable), mais aussi c’est la preuve que tu voulais pas, parce qu’il y a pas de raison de croire qu’on s’interdit plus en faisant ou en faisant pas, que simplement si t’as fait ça, c’est la preuve que tu cherchais autre chose (donc t’es pas responsable, mais parce que t’es un peu plus coupable ailleurs). T’es jamais sûr. Après ils disent que je suis dangereux parce qu’ils m’accusent de croire à un complot. Mais c’est eux le complot, ça se voit non ? Ils tentent constamment de me certifier qu’un autre agit à ma place et quand je leur annonce « ben oui, c’est l’auteur », ils se tapent le front de la main.

Ils interprètent tout par rapport à leur savoir, mais ils sont infoutus de comprendre que moi j’interprète avec mon expérience et forcément ça coïncide pas bien.

L’explication, je crois pourtant qu’elle est simple. C’est juste des personnages secondaires, donc il est normal qu’ils n’aient pas d’expérience, ils croient que je suis l’Auteur et ils pensent qu’en me surveillant, ils vont obtenir des réponses. Ça doit être une autre partie du programme que j’ai pas vu. S’ils veulent que je les considère comme des vraies personnes, c’est bien parce que c’est pas vrai. Ils ont pas compris que j’étais un personnage aussi. Selon eux, ce serait dû à cette conformation du cerveau qu’ils voient sur le scanner.ou un genre de machin dessus y a écrit Reading Soup System, d’après ce que j’ai lu. Dès qu’ils l’allument, ça plante et c’est de ma faute. Cette farce. Je leur ai déclaré que c’est parce que j’étais un cybog, ça les a pas fait rire. Moi si, mais c’est peut-être que je suis pas bien habitué encore.

paragraphe de confort visuel
inscrit par Amokryte 12 h 34 min  

.

Propulsé par WordPress