motisferique

Apparition

Dans tous les reflets, je vois un autre qui m’observe comme si j’étais lui.
Dans ses yeux, je lis toujours ce même secret qui m’échappe. Et plus il me regarde, moins je me comprends, qu’il soit de verre ou de métal, il est toujours de glace. Et toujours je finis par baisser les yeux, retrouvant ce corps, étranger comme lui et lointain comme moi qui suis son hôte comme lui qui suit son autre. L’autre qui s’ignore et qui se prend pour moi
laissant toujours lorsqu’il disparaît l’empreinte de mon vide dans la vitre aveuglée.

paragraphe de confort visuel
Mardi 29 novembre 2005

vocation

en révision

paragraphe de confort visuel
Mercredi 30 novembre 2005

dérive

en révision

paragraphe de confort visuel
Jeudi 1 décembre 2005

fin du prologue

Bruits, ** phares**
()
(il entre)
()
dans la voiture, on croirait qu’il n’y a personne. Et pourtant. Il y a lui déjà qui se trouve un peu partout. Il y a elle comme absente qui regarde ailleurs. Il l’a déjà rencontrée, autre part. Il y a lui aussi resté en station debout. Qui disparaît de plus en plus vite. Et puis quelques autres que l’on voit mal encore.
Un type ; avance ; avec une patte folle ; un peu comme ça ; le fait-il exprès ; il s’approche ; le regarde avec malice ;malaise ; il chantonne « di dah di dah di dah… » ; il s’éloigne ;;;
Une fillette atroce joue à cloche-pied… _ elle s’étale d’un trait, elle relève un visage frappé d’une laideur plus grande encore.
Il s’assoit.
I/
I_
Il pense. Nous sommes tous des points sur la même ligne. Une ligne étrange que l’on voit dessinée sur la paroi au dessus de la porte : ._._._._._
« l’histoire s’amorce ! » clame le boiteux en écalant un œuf. Il n’est pas sûr d’avoir bien compris.
Un sentiment bizarre, un peu comme lorsque on marque un point d’arrêt au milieu du parcours, sans crier gare. Le temps se crispe vers le quai d’avant, la distance s’étire vers ce quai au-delà alors que l’intérieur nous paralyse ; les lieux s’échangent, les dimensions se croisent. Il y a quelque chose d’intolérable, l’immobilité d’une rame est une entorse au cours du monde, le courant ne peut se figer.
~secousse~
Se pourrait-il que la ligne s’arrête sans rais’

vide
vide
vide
vide

Et puis le mouvement revient, et pendant un instant on se demande si le voyage ne va pas se poursuivre dans les murs. Mais tout d’un coup : * lumières *
* Il y a le * quai où l’on * attend d’attendre * pour attendre * d’arriver *
* Il y a le * quai où l’on * arrive pour fuir *
Immobiles ou turbulents, tous les quais sont vides, ceux qui y séjournent ne font que les hanter.
Des voix sans âme retentissent par moment. Revenant toujours dire les mêmes choses aux mêmes endroits.
Toutes les lignes sont courbes, elles tournent à double sens.
()
(elle sort)
()
Partie chercher une correspondance, c’est comme le début d’une relation. La fillette chantaille comme le boiteux.
Dans la voiture, on croirait qu’il n’y a personne.
Plus que huit stations. Il renoue un lacet.

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Jeudi 8 décembre 2005

le doigt dans l’oeil

Voilà deux semaines qu’aux heures les plus variables, revient s’étendre la marée d’une mauvaise céphalée. Toujours dans le côté droit du crâne. On croirait qu’un doigt émergé du cerveau cherche à pousser l’œil, venant et se retirant comme une vague aiguë toujours en avance
Toujours avançant
La peau du regard aussitôt s’en écaille, cornée aux bords fendus
Le cuir des couleurs est violet comme un gouffre
Le dos des choses est plié comme du verre avec des froissements d’encre
Ça vient, ça vient
Des éclats d’iris émaillent maintenant le fil de l’air hachuré, les motifs tournillonnent
changeant de place avec le regard
toute l’écume du ciel s’ébrèche dans les yeux

Deux semaines, je me doute bien de ce qui va suivre :
Au bout d’un moment, l’œil va tomber
A la place, il y aura un doigt.
Un index, je suppose, avec un ongle.
j’envisage :
je devrais peut-être mieux tenir la bride à ses pensées lorsqu’elles courent la lande.
je pourrais enlacer par les hanches son amante à l’envers et poursuivre par-dessus un anulingus, une caresse du doigt.
je pourrai faire peur aux enfants juste en clignant de l’œil.
Une eau gelée traverse le cerveau par ses angles
Le cycle vagalgique roulant son lunatisme étend contre le filet tendu de la vision des algues rouges et urticantes
l’onde du regard miroite à gouttes de venin de violents éblouissements
des images intercalaires scindillent en s’éloignant toujours plus près
ça vient, ça vient
des filaments disparaissent sous le cocon des paupières
La pensée contracte sa corolle empoisonnée d’univers médusé
Sous le rideau sinueux s’agite un parfum plissé félidé de noir
Je sens que quelque chose approche

Elle me regarde avec cette petite moue ironique qu’elle prend parfois quand elle m’écoute ; en tournant son café, elle me déclare qu’elle aime bien quand je lui raconte ce que j’ai dans la tête, mais pour l’anulingus, tant que j’ai cette migraine, c’est hors-de-question.

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Dimanche 18 décembre 2005

morsure

Ton sourire s’étire
La tendresse de tes lèvres s’allonge comme une promesse
Se retrousse lentement sur l’intime écrin du jambage adamantin,
Qui laisse deviner le galbe sensible des gencives
Qui dit, qui interdit la douceur du palais
Qu’une féroce langueur m’attache à convoiter

Fixité des pupilles, afflux de salive, grondement
ton sourire
ton sourire éclate en moi
des fureurs sanguinaires
Je retiens, je retiens
L’envie de me jeter dessus
Pour le mordre
Pour te mâcher les dents
Pour t’arracher la mâchoire
Pour apprivoiser l’animalicieux détenteur du délice,
Pour dompter l’animaléfique pourvoyeur de supplice
Tu souris
Te manger assez pour être dévoré
Le fouet délicat et sonore de ta voix de manteuse
Tourne et me tient sous tes arrêts prophéliques
J’ai faim
Tu feins
Me lance des cerceaux enflammés de rires
Que je franchis avec des ires grandissant
de vengeance fièvrine
A l’affût de ta moindre faiblesse
Tu souris
Eromancienne insaisissable,
tes sourires sont cruels comme des faux brûlantes
tes sourires sont mordants comme des pièges à vif
l’empreinte de tes crocs est un fantôme tremblant
croissant comme la Lune, noir comme le tourment
et de tourner encor vers toi des yeux ardents
fait de moi une bête affolée par le sang

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Samedi 31 décembre 2005

fracture égonirique

Je me relève de ma chute. Je suis dans une caverne. Vaste, lumineuse, rouge, luisante, le sol est doux, une odeur entêtante. J’avance. Bientôt s’approche un homme, grand, élégant. Il boite. Il m’accueille avec un sourire, sa présence m’est immédiatement sympathique et angoissante. Je le suis. Après quelques pas, je ressens que la caverne est chaude. Il bavarde de manière charmante puis sans changer de ton ni de manière il m’explique que je ne suis pas arrivé ici par hasard. Je suis là parce qu’il l’a voulu et parce que je l’ai voulu. Je peux, m’assure-t-il, demeurer tout le temps nécessaire à prendre ma décision, il n’y a pas de quoi s’étonner, je vais bientôt tout comprendre. Le fond de la caverne n’est pas fermé par un mur, le fond de la caverne est immense, le fond de la caverne est sans limite ; toutes les richesses du monde s’y trouvent, elles me seront toutes acquises pour peu que j’y consente. Son sourire est rayonnant. Songez-y sérieusement, les ouvrages les plus rares, les œuvres disparues n’attendent que de s’offrir à mon regard dans un langage que je comprendrais, les mets les plus fins, les drogues les plus violentes sans que jamais le risque de la mort ne puisse seulement me frôler, les amantes les plus désirables, les lointains les plus grandioses… tout cela pendant neuf années !
Et ensuite ? Vous reprendrez simplement votre vie à l’instant où vous l’avez quittée, plus vieux de neuf ans, il est vrai mais qui d’autre que vous le saura ? … songez-y, c’est un présent sans équivalent, un présent qui transformera toute votre vie… songez-y mais ne me répondez pas encore, car je veux vous aider à faire votre choix et pour cela, laissez-moi vous présenter quelqu’un.
J’attends partagé entre l’inquiétude et l’excitation lorsque apparaît face à moi, moi-même, de neuf ans plus vieux. Comment pouvais-je mieux vous disposer, me confie l’homme claudiquant non sans quelque malice, je vous laisse deviser avec vous-même, vous me donnerez votre réponse ensuite.
Alors, stupéfait, je me salue, je m’envisage, je m’interroge longuement sur la valeur de ces années. Je m’entends répondre avec une chaleureuse sincérité, tous les délices fréquentés au cours de ce temps. Je me juge avec surprise revenu de cette folle expérience non pas arrogant, cuistre ou vaniteux mais simple, amical et profond. Et surtout je m’étonne de ne pas me trouver persuasif, je ne fais aucune tentative pour m’influencer, je me laisse librement m’imaginer les choses par moi-même…
L’homme revient enfin, avec une canne. D’un regard patient, il attend ma décision, tout comme moi-mon-aîné.
Je me sens perplexe.
Je lève la tête, je m’entends répondre quelque chose que je ne comprends pas parce que je me réveille.

L’un de nous est resté dans la caverne et je ne sais lequel.
Mon métro arrive, je monte. Le tunnel s’ouvre devant, on dirait qu’il n’a pas de fin.

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Mardi 3 janvier 2006

Ouverture

Il avait toujours cru qu’il était le seul à fréquenter cet endroit. Et là, il en devenait plutôt haineux, pour le temps qu’il y avait passé. Des mois et des mois à arpenter la ville jusqu’à ce lieu, découvrant enfin une place à son goût. Des mois et des mois à vérifier par tous les temps, à toutes les heures du jours et de la nuit, laissant traîner des bouteilles, de l’argent, puis n’importe quoi. Rien n’avait bougé.
Mais là, sur le vieux banc défoncé, il y avait un Cd-rom.
Rage.
Bien sûr, il le ramassa.
Bien sûr l’histoire commença.

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Samedi 7 janvier 2006

matin pluvieux

C’est comme un manoir, de nuit, qui aurait su marier chacune de ses pièces à la forêt qui l’entoure. Je ne sais plus à qui il appartient, à quelqu’un de la famille, j’imagine, puisque nous sommes en famille. Et voilà que l’on m’annonce l’arrivée de Lore.
N’est-ce pas étrange ? Cela fait si longtemps que je n’ai pas rêvé d’elle. N’est-ce pas étrange, rêver d’une personne qui n’existe pas, mais en rêver assez pour penser la connaître, pour en avoir de violents souvenirs ? Lore, cousine lointaine qui me fut un si bel amour, avec qui, jeune, j’entreprenais les plus folles escapades pour fuir son père tyrannique. Afin de lui échapper nous cherchions à nous perdre dans tous les coins de monde, horizons masqués où nous pouvions nous retrouver et poser toute entière sur le corps de l’autre la caresse de son corps. Nous ourdissions longuement une évasion dernière qui serait liberté, vertige, infinie dilection. Une évasion qui échoua d’une manière atroce dont j’ai perdu la mémoire par force traumatique. Lore handicapée à vie, à elle la douleur, à moi la culpabilité.
Elle arrive toute étendue sur un long fauteuil rouge. Aux yeux de tous, nous partageons encore une calme sympathie. Je lui parle d’un texte moyen que j’ai inscrit sur Internet dont l’héroïne se nomme Malaurie. J’avais choisi ce prénom que j’apprécie peu parce qu’il contenait « ma », « mal », et « or ». A présent je crois qu’il signifiait aussi : « ma Lore rit », expression vive du bonheurs perdu.
Lore m’écoute, distante, et puis elle se lève. Je pensais la chose impossible, sa démarche est difficile mais elle marche. Je me rapproche pris d’un indicible espoir. Elle se tourne vers moi, je comprends qu’elle m’aime encore, je comprends qu’elle me hait toujours. Son corps est rivé aux articulations de pièces d’acier apparentes, anguleuses qui la tiennent, qui la mécanisent.
Elle me regarde, étrangère à moi, à elle-même, je ressens comme son corps ne lui appartient plus. Elle se moque de mes associations, qu’a-t-elle à faire de ce que je vis dans cet autre monde, le réel, qui n’est bon qu’à exciter les mauvais psy ? Je ne sais quoi lui répondre. Elle me congédie avec je crois, à peine visible, une tristesse résignée, parce qu’elle sait que je vais la quitter, inévitablement, je vais me réveiller. De nouveau elle sera seule enfermée dans cet autre monde qu’est son corps, enfermée dans cet autre monde qu’est la rêve.

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Mardi 17 janvier 2006

croisement

Certains penseront sûrement que c’est perdre son temps, ou que cela ne mène nulle part.
Une araignée trottine dans le salon. Je la contemple.
L’impulsion qui guide son mouvement m’est incompréhensible. Au bout d’un temps assez long au cours duquel elle aura parcouru le tour du tapis de toutes les manières possibles, elle rejoint un fil, s’y accroche, le remonte jusqu’à s’agripper en hauteur sur le pied de l’halogène. Là elle se recroqueville dans la posture singulière des araignées à l’agonie. Je crois qu’elle meurt. Mais au bout de plusieurs heures, elle redescend le fil, reprend son parcours mystérieux puis remonte. Elle exécutera cet étrange rituel pendant trois jours restant recroquevillée pendant des périodes de plus en plus longues, se mouvant avec une difficulté croissante. Je suis persuadé qu’elle lutte contre la mort.
Le quatrième jour, elle disparaît.

Sortir à une mauvaise station n’est pas inhabituel. Mais en marchant assez on arrive toujours quelque part. Je marche. Ce quartier ressemble au cœur d’Amsterdam avec des espaces en dalles lisses à la place des canaux, mais à forme octogonale. Je marche. Les traces de mes pas se croisent, des zig-zags dessinés sur la route pour lire les panneaux, aux demi-tours évidents, aux cercles effectués par erreur. Je m’assois un moment sur le socle d’un réverbère dans l’angle d’un croisement. Je laisse filer une bribe blanche de fumée qui s’effiloche le long du poteau vibrant d’électricité. Le temps que mes articulations se détendent, je redescends. D’une démarche plus lourde je reprends le fil de mon chemin.
Je marche plus longtemps. Mes jambes bougent sans recours de la volonté mais je sens que l’on m’observe. Je bifurque, je retrouve le réverbère. Je m’y appuie un moment plus long. Bouffées pâles vers la lampe. Je replie les jambes sur le rebord, je m’y accroche le temps de me reposer. D’une démarche devenue maladroite, je reprends mes figures, mes gestes sont saccadés, mais je sais que je vais y arriver. Je retrouve le réverbère, je m’y accroche.
On s’approche de moi. On me parle, je ne réponds pas. On m’insulte, on me secoue. Je me recroqueville davantage. On me frappe, je tombe. Je galope sur l’individu, je le mords violemment à l’épaule, lui crache mon venin à l’oreille et je fuis avec disgrâce. On me rattrape, on me frappe longtemps, je ne bouge plus.
Bien après, il fait nuit. Je retourne à mon réverbère, je m’y accroche. En haut brille une étoile, je fixe l’étoile. Il fait nuit toute la nuit. J’y suis presque.
Le lendemain, j’avais disparu.

paragraphe de confort visuel
Mardi 24 janvier 2006
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