Ouverture

Il avait toujours cru qu’il était le seul à fréquenter cet endroit. Et là, il en devenait plutôt haineux, pour le temps qu’il y avait passé. Des mois et des mois à arpenter la ville jusqu’à ce lieu, découvrant enfin une place à son goût. Des mois et des mois à vérifier par tous les temps, à toutes les heures du jours et de la nuit, laissant traîner des bouteilles, de l’argent, puis n’importe quoi. Rien n’avait bougé.
Mais là, sur le vieux banc défoncé, il y avait un Cd-rom.
Rage.
Bien sûr, il le ramassa.
Bien sûr l’histoire commença.

paragraphe de confort visuel
Samedi 7 janvier 2006

interprétations

- … euh, vous êtes sûr ?
- C’est ce que je vois.
- Ah…. et elle devient quoi cette femme ?
- Hum, il faut effectuer un autre tirage pour le savoir. Je rebats les cartes… coupez.
- Voilà.
- Tiens, le Voyage à la coupe, vous voyez bien que c’est cohérent, elle est morte et nous allons savoir ce qu’elle devient parmi les morts.
- Ou alors elle a fait semblant de mourir et il se passe autre chose.
- Tirez cinq cartes.
- Tenez
- Alors : la roue de la fortune, la mort, l’équilibre, le diable et la maison-dieu…
- je vous écoute.
- Eh attendez, c’est pas simple votre demande, voir dans la vie des gens déjà ça requiert de la concentration, mais voir la suite de votre roman, ça vraiment c’est une nouveauté.
- C’est pour cette raison que je vous ai apporté un jeu de tarot tout pourri, mon histoire, elle est toute déviante donc avec vous devriez y voir clair.
- Oui ben oui, tiens…bon la femme là, bon elle s’appelle comment ?
- Euh aucune idée, disons qu’elle s’appelle Lisa.
- Bon, il semble qu’elle suive le destin de tout défunt, elle est morte, elle est confronté à tous les possibles, elle recherche à assurer son équilibre au sein de ce nouveau monde mais elle est toujours hantée par d’anciennes obsessions qui la mettent en danger de rencontrer le pire.
- Mouais.
- Retirez, on verra bien.
- Voilà.
- Le Destin, les Poissons, la Maison, le Renard, le Travail. Le Destin lui est faborable, pour passer la Mort, elle doit s’acquitter d’un prix…
- un peu mythologique tout ça
- … afin de trouver son lieu de repos, mais il semble que quelque chose lui est dérobé… je me demande s’il ne s’agit pas de son cadavre, quelque chose avec sa tombe. Il y a un travail qui n’a pas été achevé.
- Ah mieux, ça sent la mort. On continue.
- Tirez.
- Là
- Oh ça s’arrange pas ; sa vie ou peut-être son âme puisqu’elle est morte est en danger, ses enfants sont ligués contre elle. Lisa est plongée dans une affaire qui la tourmente, qui compromet son amour ou ceux qu’elle aime.
- Tenez, la suite.
- Ah… elle porte encore le rêve d’un homme. Qui est cet homme ?
- Euh, je l’ignore, ça dépend de ce qui se passe, je choisirai après.
- Je crois qu’elle va devenir folle ; elle sacrifie à la fois son corps et sa pensée, elle s’en remet entièrement à un inconnu. C’est-à-dire, je suppose qu’elle rencontre quelqu’un qui lui fait une proposition réclamant qu’elle perde quelque chose de son corps et quelque chose de sa mémoire, mais contre quoi ?
- Oh suspens… voici.
- C’est noir… le destin qui la guidait soit la trahit soit s’accomplit, dans un cas comme dans l’autre il se passe quelque chose de très mauvais en elle ou elle fait quelque chose de très mauvais. A l’opposé de la Mort, le Soleil, donc elle a passé la mort, elle survit. Un homme est mélé à cela, j’ignore ce qu’il devient. Une alliance est rompue ou peut-être un mauvais contrat est conclu, déclenchée par une nouvelle, la pire pensable, puisqu’elle est à la fois originaire de la Roue de la fortune, et entourée par la Maison-dieu et les Serpents, le plus incertain des possibles la précipite dans l’abîme par la trahison… la dernière arcane indique la combativité… je pense qu’il s’agit de rage. Je ne comprends pas exactement parce qu’il semble qu’elle soit à la fois morte et vivante, que son corps voire sa pensée lui soient enlevés, les Enfants, il s’agit peut-être de ses espoirs aussi, c’est comme si elle ne s’appartenait plus, mais elle est toujours là. Il y a deux ou trois personnes autour d’elle, l’une qu’elle aime, une autre qui est clairement son ennemie, une dernière qui va profiter de son malheur. Le plus étonnant, c’est que tout semble indiquer qu’il ne reste plus rien d’elle, pourtant le Soleil et le Lion, puissance et agressivité, à la fin de cette histoire Lisa est devenue quelque chose de très dangereux mais je suis incapable de vous dire quoi… ça vous convient ?
- Plutôt… excellent cette idée de consulter les cartes, je vais enfin savoir ce que je fais, je ne serai plus le jouet aveugle de l’auteur.
- Vous ne pensez pas qu’il se sert de vous parce qu’il manque d’inspiration ?
- Pas idiot, il faudra tirer sur lui une prochaine fois.

paragraphe de confort visuel
Dimanche 9 décembre 2007

Intrusion détectée

Tellement de temps s’était écoulé depuis le jour, si lointain que son souvenir ne m’en rapportait plus que des brumes, où j’étais enfin parvenu à ouvrir ce territoire pour le faire mien, tellement de fois m’avait emporté la passion si subite d’une nouvelle idée dont la danse insolite savait me détourner plus sûrement que le balancement d’une jupe papillonnant dans les airs, complice de la mouvante indécence que la brise du printemps prête aux hanches des femmes (et c’est dire), que je n’aurais su avancer (et c’est dire) si davantage j’avais progressé, ou si je m’étais perdu.
Fallait-il admettre du monde virtuel le déploiement d’un univers assez étrange que les deux notions se confondissent ? Quelqu’en fût la vérité, c’était là, trouvais-je, se troubler beaucoup pour n’y rien comprendre jamais. Mais par malheur pour mon avenir, je devais bien reconnaître que malgré toutes les illusions dont je parais mon intelligence pour interdire qu’on la vît nue, j’étais avec une égale puissance et comme par fatalité déterminé aux deux. Mais cela encore me demeurait insuffisant, ainsi jeté de tout côté, j’avais néanmoins conservé la féroce, quoique patiente, volonté de glisser dans la trame déchirée de mes histoires, d’autres histoires dont les intrications nombreuses ne laissaient de m’étourdir. Tel qu’il convient à cet instant, où comme auteur je m’interrogeais sur les ressorts et les ruses susceptibles d’être conçues dans une littérature présentant l’auteur comme un personnage racontant comme auteur l’histoire de son personnage et inversement (interrogation qui dure toujours, par quoi on jugera si l’on se trouve bien dans une écriture instantanée), le lecteur certainement s’impatiente un peu et se questionne des raisons motivant ces phrases interminables et faisant audace sur lui de jouer avec son propre mécontentemment.
Lorsque soudainement.
Soudainement.
Visite me fut faite d’une présence inenvisagée.
Et non pas une mais plusieurs fois, augmentant d’autant et d’autant plus l’intrigue naissante de sa venue.
Car l’entité hanteuse savait apparaître sous des natures fort diverses, mais aussi, mais surtout : elle se montrait capable de surgir dans tous les endroits à la fois.
Tant et si bien.
Qu’appelé sans cesse d’un endroit à un autre, sentant quelqu’un présent quelque part, je ressentis pour la première fois le lien qui s’était noué entre mon site et moi. L’angoisse me vint de comprendre, sorti de mes rêveries, ce que j’étais devenu. Quelque chose de très différent de ce que mon imagination me donnait à croire.
Quelqu’un butinait sur ma toile, j’en sentais des alertes grandissantes jusque dans mon corps et de la manière dont je pourchassai l’intruse afin de la surprendre, j’en eus la découverte que huit pattes m’avaient poussé sur les flancs.
Je courrais après une proie. Assez habile à tendre des pièges, je fus près de la saisir.
Elle s’échappa.
Puis elle revint.
Que devais-je faire ?

Le mystère m’était devenu trop opaque, je m’empressai d’aller chez mon speed medium, seule une séance tarémancie pourrait me sauver de mon incertitude.

paragraphe de confort visuel
Mardi 29 janvier 2008

Nouveau message

[edit]

alors un piratage, hein, c’était ça… ça faisait un moment qu’il se passait des trucs sur ce site je comprenais pas trop. Un piratage c’est un peu comme un viol, sauf que j’ai pas trop de conscience territoriale. Passé la surprise, restait l’intrigue. Laisser courir, je me suis dit, et voir ce que cela va produire… l’autofiction, c’est pas trop mon truc, mais s’il y a bien quelque chose que j’ai compris de ce monde, c’est quoiqu’on décide, la hasard se charge de nous prouver le contraire, alors après tout pourquoi pas… le texte dessous, il sortait tout juste de ma boite à mail. Seth, depuis, j’avais aucune nouvelle et ça c’était beaucoup plus inquiétant.

[/edit]

« Salut vieille fiote,

j’ai une nouvelle fantastique ! il faut absolument que tu me rejoignes sur 3dWorld (c’est un univers virtuel). Crée-toi un avatar et tout le bordel, et après tu suis ce lien, on se retrouvera direct. Fonce, mon gars, c’est encore plus fort qu’un arbre à fesses !

Seth »

paragraphe de confort visuel
Dimanche 9 mars 2008

3dW

J’avais appelé, j’avais envoyé des mails, j’étais passé à son appart.

Aucune réponse.

J’avais prévenu Greuk, on devait se voir le surlendemain pour crocheter chez Seth avec le passe. Dans l’intervalle, ce drôle de mélange d’inquiétude et de curiosité, je me suis rebranché sur 3dW.

J’ai sorti mon avatar dans les rues lumineuses de leur monde. Ça m’évoquait Myst, ce décor archipélique avec des constructions bizarres un peu partout. Et puis des gens, avec des dégaines pas croyable. Ce genre de monde, ça incite à repenser le virtuel en terme de limites et de contentions, que surtout ça devienne jamais la réalité, le même truc que les prises anti-foudre il faudrait, mais tourné vers internet.

 

Après quelques minutes de balade à poil parmi les autres, je reçois quelques invectives. Alors je cède et je me sape rapidos. Après je sais pas si mon statut vaut beaucoup mieux mais on me fout la paix, un échappé de l’asile, on dirait. J’ai une royale de coupe à la con, un futal bleu trop court, un t-shirt bleu aussi mais plus foncé avec des manches longues, je suis plus petit que les autres, je pense que je dois chercher un bonnet blanc. Et puis je me souviens, je sors de la sidération provoquée par cet univers, quelqu’un ici s’adonne à des activités étranges. Mon apparence n’est peut-être pas anodine, il vaudrait mieux ne pas être trop reconnaissable. Je redéploie les fenêtres d’option pour étudier les apparences disponibles. Le temps s’écoule un moment avant que je comprenne, les tenues acceptables ne sont accessibles que sur paiement d’un forfait. Je renâcle. Autour de moi, une foule de passant. J’observe. Comment me fondre parmi eux. Je cherche, je souris. Je passe mon t-shirt en rose avec des bottines mauves et un short citron. Le mauvais goût, la voilà la norme. Je m’éloigne. Tout le monde doit lire mon nom au-dessus de ma tête, et peut-être d’autres infos encore, c’est le sommet de l’état policier, on est tous porteurs de nos casiers. Je m’éloigne le plus possible. Il y a encore des gens. Pas les mêmes il me semble, mais la limitation des séries d’accoutrements laisse le sentiment que tout est interchangeable. Ils sont tous différents de la même manière, j’arrête pas de les confondre. En utilisant la carte, je découvre le mouvement rapide. Ça y est, je suis ailleurs. Le site fait plus urbain. Il y a moins de monde. Comment savoir si je suis suivi. Je regarde autour, personne ne semble me prêter attention. Mais le cas échéant, m’en rendrais-je compte ? Que lire sur ces visages ? Est-ce que la direction des yeux indique la vue reçue par l’inconnu sur son écran ?

Je réfléchis. Je n’ai pas l’intelligence de Seth pour me repérer. Si la « fille » l’a grillé, elle doit savoir où je suis. Dissimuler ne peut être qu’une perte de temps.

Autant aller au plus direct.

paragraphe de confort visuel
Jeudi 20 mars 2008

alors, bon…

La visite chez Seth avec Greuk était prévue pour le soir. J’étais pas retourné sur 3dW, ça m’avait foutu la trouille. Depuis, rien à signaler mais j’étais pas trop tranquille. Sans compter que je savais pas vraiment ce qui me faisait agir, pour quelles raisons j’étendais la narration de ces événements. Il y avait au moins deux personnes qui pouvaient suivre ainsi le fil de mes décisions ; Seth et la personne que j’avais rencontrée sous le nom de ****. Je me disais, s’il n’y a bien qu’elles deux, alors les prévenir de mes actions à travers des textes que n’importe quel lecteur prendrait pour une fiction toute branquignole, ça pourrait servir de centre discret d’informations, ça pourrait permettre à Seth de mieux organiser la situation où il se trouvait. En même temps, tout raconter, ça semblait aussi la dernière chose à faire. Je me demandais à quel point je me comportais comme une enflure d’écrivain prêt à toutes les trahisons pourvu que ça fasse de la littérature, si je cherchais à inscrire la mémoire de ce qui se passait simplement parce que j’avais toujours fonctionné sur une relation à l’écrit ou si j’obéissais à la proposition induite par **** de relater sur Acides tout ce qui venait de 3dW. Et voilà que je me retrouvais comme un imbécile à m’interroger sur les motivations et les justifications de mes actes. Je n’en pouvais plus d’attendre le soir, alors pour occuper le temps, je me suis décidé à accomplir une mission que je repoussais par paresse depuis trop longtemps. Je me suis rendu chez mon speedmedium.

Mon premier allant tout ludique s’était grandement mu en perplexité ; de l’intrigue que me causait la présence de L sur le site, dont je me demandais initialement le genre de coïncidence que son pseudo entretenait avec Lore ou encore Lisa, j’en venais à présent à soupçonner une intrication avec ****. Toutefois l’exercice de la tarémancie était déjà suffisamment périlleux tout seul, aussi une fois parvenu chez mon speedmedium, je limitais volontairement ma question à « qui est cette L ? »

J’avais tiré :

les Anneaux, le Renard, le Soleil, l’Etoile, le Voyage

le Roue de la fortune, les Enfants, l’Arbre, la Nouvelle, le Lion

les Serpents, la Foudre, l’Amour, la Sagesse, le Magicien

Il m’avait dit, la carte visible à la coupe, c’est la Clef du Destin, la présence de cette femme n’est donc pas due au hasard. Tout ce que je vais dire ensuite va solliciter ta capacité à ouvrir la bonne porte, à choisir la bonne direction. Ok, j’ai répondu, j’ai ouvert la tienne déjà, tu crois que j’ai fait une connerie ? Interprétons le jeu que tu as tiré, nous verrons bien. Bon.
Je vois… elle porte l’occasion d’une alliance très importante, bénéfique, elle est guidée ou elle-même guide d’une quête. Sois attentif aux coïncidences, elles vont devenir porteuses de sens. Ce qui anime le coeur de cette femme, c’est la vie, mais cette vie est en question, ce peut être la sienne, ou la tienne, car tu vas recevoir la nouvelle d’un combat que tu auras à mener.
Hum, plus sombre, il va t’arriver des bricoles, mon vieux, tel que je le vois, tu vas être frappé par l’amour, c’est cela qu’elle te réserve, mais cet amour repose sur une trahison, ou bien il est mu par quelque chose de monstrueux ou de criminel. Tu auras à faire un choix, ainsi je comprends la Sagesse, tu vas apprendre quelque chose de crucial et tu vas rencontrer quelqu’un qui va te faire une proposition, le Magicien. Quelqu’un capable de transformer les choses. Il est entouré par le Lion, la Nouvelle et la Sagesse. C’est quelqu’un de très important, c’est peut-être ton ennemi.
Voyons… au coeur du jeu, on trouve, l’Arbre, la vie, j’ai l’impression que c’est à la fois l’objet de la quête et ce qui est risqué par cette quête. La vie est portée par le Soleil et l’Amour, c’est très puissant, mais elle se trouve prise dans la tourmente, la Roue, d’un combat, le Lion. Hum… Les extrêmes annoncent des relations entre l’alliance, les Anneaux, et le Magicien, d’une part, et le Voyage et les Serpents de l’autre. Voilà je pense, le choix véritable que tu auras à accomplir, l’alliance t’opposera au magicien, le voyage te mènera vers l’horreur.
Euh, je comprends pas, il est où, le choix ?
Tu peux pactiser avec le Magicien et perdre l’amour ou même la vie. Ou tu peux suivre cette femme et perdre ton humanité, les Serpents, ou même la vie.
Euh, super… je peux en savoir plus sur ce Magicien ?
Tire trois cartes
le Travail, le Diable et l’Equilibre
Le Magicien veut te soumettre une mission difficile, pénible, quelque chose qui va te mettre en souffrance, qui va te pervertir, mais qui semble nécessaire à la préservation du monde, c’est-à-dire, de ton monde au moins, ou du sien.
Eh ben c’est la grande fiesta ! Putain ! Et, euh, bon, alors, cette femme là, j’aimerais comprendre, est-ce que c’est Lisa ou est-ce que c’est une autre ?
Quelle autre ?
Disons qu’il est possible qu’il y en ait une autre, ou alors c’est la même sous deux identités, c’est ça qui me turlupine.
Pose la question dans ta tête et tire trois cartes
l’Arbre, le Lion, l’Equilibre
Bon, eh bien voilà ce qu’elles ont en commun : elles sont toutes deux portées par une quête de vie, prêtes à se battre ou contraintes de pour s’accomplir et elles aussi comme le Magicien recherchent un équilibre, ou recherche à équilibrer. Pour le moins, il y a quelque chose qui ne va pas bien entre ces trois là, tiens pose la carte Equilibre et tire trois cartes.
La Roue de la fortune, l’Arbre, la Mort
Et le Diable à la coupe. Ben mon vieux ! Il y a danger de mort. Je ne saurais trop te conseiller d’être prudent. Il y a un sac de noeuds qui t’attend et ça n’a pas trop l’air de plaisanter.

J’étais ressorti ravi. J’ai regardé le ciel et aussitôt j’ai eu envie de chier. A la place, je me suis envoyé une demi douzaine de kir en attendant l’heure pour réfléchir un peu à ce que je pourrais bien penser à essayer de comprendre. Evidemment rien n’est venu, mais c’était sympa quand même, un bar à filles que c’était, pastel avec des fleurs, « l’Estaminette », que j’y retournerai un jour, je me suis dit. Greuk m’a rejoint après un coup de fil, je lui ai raconté un peu pendant qu’il sifflait deux sky. On s’est dit que se cuivrer avant d’aller percer chez Seth, sûr que c’était une connerie, mais percer chez Seth, ça ressemblait pas mal à une connerie aussi, alors foirade sur foirade, c’était mathématique, ça faisait égalité.

paragraphe de confort visuel
Vendredi 21 mars 2008

visite chez Seth (1)

On est arrivé dans le quartier où créchait Seth, le Soleil dégueulait un rose sale qui en disait long sur la misère d’être une étoile. On a fait le tour en bagnole pour vérifier si y avait des affreux en planque. J’ai remarqué deux jumelles qui se galochaient, toute brûlantes d’un désir qui m’a saisi loin dans la gorge, jusqu’à ce que je comprenne qu’il y avait une vitre, elle devait être salement allumée la fille, ou éteinte à ce degré là y a jointure, pour lécher la glace en se touchant la culotte. Et puis Greuk m’a montré une slave avec un cul taillé comme un appeau à bite. C’est lui qui a dit ça, parce que moi, bien sûr, je suis un poète. Fins prêts, on était. On s’échangeait des conneries, c’était l’alcool un peu, mais on était nerveux aussi. On a garé la tire dans un coin à trois rues et puis on est remonté façon c’est pas nous jusqu’à l’appart de Seth à la limite entre le XVème et le IXème arrondissement, un endroit calme. En délibérant avec Greuk, on est tombé d’accord qu’il fallait se méfier même si on savait pas de quoi. J’avais bien noté la gueule de la jumelle et lui le cul de la slave, ça faisait toujours deux ennemies en moins. Après, la rue était vide, ça nous a fait bizarre. On a atteint la porte d’entrée, on est entré. Ça m’a paru exactement comme la dernière fois que j’étais venu, sauf que là tout était suspect. On a grimpé les quatre étages à la filoutière. Personne. On est redescendu au palier du dessous. Je me suis placé de manière à couvrir le judas du voisin. Greuk a collé l’oreille à la porte et puis il a sorti son passe, j’ai repensé porte et clef du destin, il a ouvert.

Il y a eu un silence. Et puis rien.

On a franchi le seuil, on a refermé derrière. Ça sentait le tabac froid, le papier d’Arménie et l’eau croupie dans l’aquarium. Greuk a posé son sac, sorti son flingot, j’en ai grimacé, la situation pouvait être aussi étrange qu’elle voulait, j’étais prêt pas du tout. Mon coeur s’est mis à battre, avec les kirs, ça m’a fait monter un peu la rogne. C’était mieux déjà, au moins comme illusion de courage. On est allé au bout du couloir, toutes les portes étaient ouvertes. Personne. Pas de sang non plus. J’ai du trop matter de polars mais j’ai quand même eu un soupir de soulagement. L’appart était dans un bordel tout ce qu’il y a de plus normal pour un gars comme Seth. Greuk a ouvert son sac pour récupérer son matériel de trucs pour les empreintes digitales. Je trouvais que ça faisait trop mais j’étais d’accord. Je l’ai regardé un moment, j’arrivais pas à y croire, ça faisait pas vrai, pas possible. Et puis sans toucher à rien, j’ai commencé une deuxième visite, la cuisine, les chiottes et la salle de bain d’abord. Je savais pas trop quoi penser. Y avait des poils dans la douche, ça devait être ceux de Seth. C’était sec, bon. Les chiottes étaient cradocs. La vaisselle pas faite dans l’évier, des emballages déchirés de bouffe pour micro-onde. Je me tenais devant le boxon convaincu que c’était truffé de détails avec des indices qui pullulaient par meutes hurlantes, et moi là j’arrêtais pas de rien piger. Au lieu de ça j’étais troublé, ému même parce que sur le rebord de la fenêtre y avait une petite plume noire, exactement presque pareille à celle que j’avais retrouvée dans mon padock au réveil de mon dernier cauchemar, une mauvaise histoire dans laquelle je prenais une fièvre, je commençais à me comporter comme une bête, je me barrais dans les bois pour aller me planquer dans un monticule de cendre assez semblable à un reste de feu de camp, mais en fait c’était des débris de verre et puis je finissais par me faire étouffer par des corbeaux. Je suis revenu à la contemplation de la cuisine en songeant qu’elle était mal barrée cette affaire, il fallait un mec un minimum doué pour se dépatouiller sur un genre d’enquête comme ça, avec moi on n’était par rendu. La fille aux étoiles, là, la Starmeuf 4 qui me demandait si j’étais ahuri, elle avait pas fini de regretter son choix, la pauvrette, nan paske merde, un truc important c’est pas à moi qu’il faut le confier, n’importe qui sait ça, suffit d’aller sur mon site, franchement ! Ou alors c’est du vice. Me suis tourné. Y avait en face la forge informatique de Seth, la forge… ou le chaos, ou alors l’abomination, je sais pas, un écrivain un vrai, il pourrait décrire ça, mais bon moi juste je tiens un blog alors y a une limite, comment je pourrais décrire ça, faut arrêter putain, Seth il a mis des années à construire cet état de cauchemar, je peux pas résumer ça en une phrase. Je me suis rapproché, même de près c’était indescriptible ou alors par la négative « c’est une salle tu vois, elle est conçue tout exprès pour faire flipper les nénettes avec des cables, des cartes électroniques, des mégots, des trucs, des machins et des chocolats collés sur la moquettes avec des cafards ». J’essayais de faire un peu semblant des fois que ça marche par hasard, que Seth, il aurait laissé un message ou n’importe quoi. « y a eu du passage » a lâché Greuk. J’ai gaspé un peu. « combien ? ». « au moins deux ». On s’est regardé pendant un instant. « je peux farfouiller maintenant ? ». « vas-y, je prendrais tes empreintes aussi ». Je suis parti inspecter l’intérieur de sa bécane, les disques durs étaient manquants. Son ordi portable aussi. Ses poissons étaient morts dans l’aquarium. J’ai lorgné un peu plus, je me suis demandé si il avait planqué quelque chose qui aurait zigouillé les poiskaïs. Rien. Greuk a lancé, « y a des tâches dans le plumard », « ben y s’est branlé, tu va pas me dire que c’est un scoop », « et des cheveux blonds », « … ah le cachotier ! Mais ça doit dater j’ai pas vu ça dans la douche », « tu repérerais des poils blonds sous des poils noirs ? », « ! eh arrête de me poser des questions existentielles et compte pas sûr moi pour l’inventaire », « je vais les foutre dans un sachet, on ira voir Ev’ ». Police scientifique, mon cul, j’ai pensé. Je poursuivais l’extension des limites de ma perplexité en observant la diversité de son matos. J’ai fourré dans un sac tous les cd ou dv qui pouvaient, quoi, j’en savais rien. Je lui ai piqué son micro aussi, et deux-trois conneries que je dirai pas parce que j’ai honte, on vole pas un ami.

A ce moment là on a entendu des pas assez lourds dans l’escalier.

paragraphe de confort visuel
Dimanche 23 mars 2008

visite chez Seth (2)

On a plus fait de bruit, battus qu’on était par le martèlement. Le type, c’était un balourd de la famille des probocidiens. Les vibrations de ses pas se propageaient jusque sous mes pieds, les cadavres dans l’aquarium en avaient repris du mouvement. Il devait être énorme avec une tête tellement grosse qu’elle devait pas tenir sur une carte d’identité. Il est arrivé au palier, y a eu encore deux pas, et puis un moment de suspend, et tout d’un coup un choc massif contre la porte, j’en ai eu une contraction de tout le corps, la bondieu de porte elle a tenu, il a gueulé aïïïeMerdeu!, y s’est relevé, il est reparti écraser les marches dans l’escalier. C’était le voisin du dessus, complètement rôti, qui faisait trembler les murs du poids de son ivresse, déjà achevé que la soirée elle était même pas commencée. On est revenu à notre farfouillade. La lumière du jour commençait à décliner, ça a fait qu’on a voulu allumer, juste les petites lampes pour pas trop se griller de l’extérieur, on s’est rendu compte que les plombs avaient grillé. Greuk m’a rejoint, j’avais fini de rapiner les disques. Il était perplexe. J’ai trouvé une culotte, il a dit. Il l’a fait balancer entre deux doigts, mauve qu’elle était, jolie. En soi, ça nous faisait un deuxième indice sur la nénette, c’était pas loin d’être un progrés sauf que c’était pas avec une culotte qu’on allait pouvoir tracer un profil. Ah ouais merde t’as raison, il a fait Greuk, une chatte, ça n’a pas de profil, j’y avais jamais pensé. Il en est resté tout con. Ni un trou du cul alors, j’ai ajouté. On s’est regardé en face, on a du penser la même chose parce qu’on est revenu à la culotte. En grands professionnels, on l’a longuement nasalysé. J’étais content parce que ça ressemblait pas à Frimousse. On est tombé d’accord que c’était une fille qu’avait bon goût, on a supposé que c’était peut-être une artiste. Ça ressemblait presque à une piste, mais Greuk d’expérience, il a dit retrouver une gonzesse au flair, ça demande de la chercher au pif, il nous faudrait sacrément de la moule pour que ça marche et nous on n’a juste une culotte. T’as raison, putain, j’espère que Seth est plus affûté que nous. Bon en attendant, avec des poils, des tifs et une culotte, peut-être ton tarémancien il arrivera à quelque chose, avec Ev’, ça nous fera deux genres d’expertises. Ouais, c’est vrai, avec un spécialiste en poilomorphose et un illuminé, on peut espérer faire un miraculé. Bon je vais faire une empreinte de la serrure pour faire un double. Ok.

Quelques temps après, on a nettoyé notre passage, on est ressorti. On n’était pas tellement plus avancé qu’en rentrant, restait la possibilité de découvrir des trucs sur les disques. On s’est entendu que ce serait mon boulot, Greuk vérifierait les tâches de doigts et l’adn si il parvenait à récupérer un service. On est descendu, on a retrouvé la rue. J’ai eu une impulsion comme ça, je me suis rendu là où la meuf léchait son reflet dans la vitrine plus tôt, elle était partie, parce que j’avais lu les Pornographes de Nosaka. J’ai scruté le sol, voir si des poils lui seraient tombés des fesses. J’ai rien trouvé. Encore une qui s’épile la moufette, j’ai pensé, j’étais pas content, fallait que je me venge. La rue vivotait dans le même état de criminelle paisibilité qu’avant. On s’est barré à la chupalà, on a rejoint la caisse.

On s’est dit, ça sent trop l’échec notre investigation, on va aller boire un coup pour avaler notre rogne. Rasades sur ratage, ça faisait rasage, ça restait dans le thème, on avait perdu le poil de la bête. Et puis Greuk a dit soudain, on est suivi.

paragraphe de confort visuel
Lundi 24 mars 2008

visite chez Seth (3)

« sans charre, nan tu déconnes là ? », « J’te jure ! Y a une grosse de voiture pas belle qui cherche à nous renifler le pot ! », « où ça ? », « deux tires derrière », « … grise ? », « ouais », « putain, qu’est-ce qu’on fait ? », « on peut aller se ranger chez les flics, je dirai aux collègues que j’ai oublié un truc au bureau », « ouais… et si il est encore là après ? », « mais putain, mais pourquoi il serait encore là après ? », « mais j’en sais rien bordel, hein ! Mais pourquoi il est déjà là, d’abord ? », « ben, il surveillait le bâtiment, il a vu deux cons, il nous a suivis, voila », « ah ouais, et pis il est parti en courant chercher sa caisse et il nous a retrouvés en écoutant les infos circu sur Fip ! », « t’as raison, y a un truc qui couille », « eh nan mais c’est toi le keuf, tu devrais savoir », « mais tu rêves, je tourne pas dans les Experts putain, je fais jamais des trucs pareils, j’te rappelle que si chuis flic, c’est uniquement pour rentrer bourré, chourrer des joints aux ptits fumeurs et faire chier les bourgeois juste pour le vice ! Tu voudrais quand même pas que je fasse ce métier sérieusement, non mais ho ! », « t’as raison, à vouloir bien faire, on pourrait friser l’exploit, ce serait vraiment scandaleux », « et malsain aussi, après on serait fiers de nous, c’est avec des erreurs comme ça qu’on finit par devenir heureux », « ouh putain, je me rendais pas compte, heureusement qu’on est suivi en fait, et moi qui flippait d’avoir la trouille », « faut surtout pas qu’on le sème, ce serait tout foutre en l’air, déjà qu’on sait même pas comment il est arrivé, il peut disparaître n’importe quand, je vais mettre les warning pour qu’y nous perde pas », « ouais pis tourne à droite là, on va lui montrer la Tour Eiffel, un bienfaiteur comme ça, faut le remercier », « putain, il a disparu ! », « c’est pas vrai ? », « ben je le vois plus », « putain, putain ! », « ah non, le revla », « merde !… et… et si il avait posé un micro sur ta bagnole ? », « mais ta gueule, arrête ! C’est pas Hollywood ici ! », « eh non mais t’as vu le matos qui traîne chez Seth ? Y a des machins, chu sûr si tu les frotte, t’as une fission nucléaire, alors l’enflure derrière en plus, vu l’engin qu’il pilote, il est pas fatigué sur le brouzouf, alors pourquoi pas ? », « mais si il avait posé un micro, ducon, y nous suivrait pas comme une bleusaille », « ou y fait exprès pour nous foutre la pétoche paske c’est un malade de taré avec l’oeil gauche qui clignote », « putain mais arrête, c’est toi le malade !, et comment il la connaitrait ma bagnole, non y en a forcément un qui nous a suivis à pied… non, je crois, je pense qu’ils sont plusieurs », « plusieurs ? Eh moi peut-être je suis malade mais je dis pas des trucs flippant pour de vrai ! Salaud ! Alors plusieurs quoi ? Plusieurs deux comme nous ? », « avec une bagnole comme y z’ont, si y z’ont rempli le coffre, y peuvent être jusqu’à huit », « hein ? Huit ? Mais ça va pas, c’est répugnant ! Nan y sont pas huit, espèce de couillon, le coffre, il est vide paske c’est là qu’y veulent nous foutre évidemment ! », « t’es vraiment une crevure ! T’avais dit que tu faisais pas flipper pour de vrai », il a dit et puis y a eu un silence où on s’est entendu déglutir et il a enchaîné « bon qu’est-ce qu’on fait, on jète tout par la fenêtre, voir si ça les contente ? », « merde, non, on peut pas, Seth, c’est un vrai pote, faut qu’on tente un truc pour lui quand même », « Ah merde, c’est vrai, quel enculé ce Seth », « pourquoi on a des amis ? », « c’est vrai ça, dégage de ma caisse », « ouais, ouais, tu veux garder la culotte pour toi tout seul », « bordel, mais c’est peut-être la femme de l’autre griseux qu’y s’est enfilé Seth ! », « bon, on s’en fout, faut prendre une décision »

Là Greuk, il a tourné. Il aurait pas du, pourtant il le connait le secteur. On est tombé sur une route à deux voies et le feu est passé au rouge. La berline grise, elle s’est rangée à côté de nous. On s’est regardé, il a enclenché la fermeture centrale. Là comme ça, pour faire quelque chose, j’ai branché la radio sur 105,1, on a entendu la voix séductrice de la fille qu’annonçaient les accidents et les bouchons comme des petites épreuves à surmonter pour s’en retourner chez soi tout bien, où elle laissait à rêver par son timbre charmeur qu’elle s’y trouverait un peu. On a attendu en se demandant si y z’allaient sortir ou quoi. Avec l’éclairage qui diffusait, j’ai eu l’impression qu’ils étaient trois. Il s’est rien passé sauf que j’étais de plus en plus moite. Le feu est passé au vert, Greuk a pas bougé. Le griseux non plus. Les klaxons ont commencé à retentir. On bougeait pas. Y a un mec avec une gueule de connard patenté qu’est sorti de sa bagnole pis qu’est allé frappé au carreau de la berline en vociférant des insultes. On n’a pas vu ce qu’il s’est passé mais après un instant, le type est reparti vers sa caisse tout livide. Le feu est passé au rouge, Greuk a décarré aussi sec. La berline a suivi. Elle s’est collée derrière. « C’est une Audi » a jeté Greuk comme par distraction « 2047 NDE 75, ça peut faire une piste ça », « ouais une piste dans le dos qui nous court après, faut juste qu’on apprenne à enquêter en marche arrière ». Greuk m’a jeté un regard où j’ai vu briller une idée. Me suis dit, merde, pourquoi j’ai pas fermé ma gueule.

paragraphe de confort visuel
Lundi 24 mars 2008

visite chez Seth (4)

Il a rejoint un boulevard plus populeux en adoptant une conduite beaucoup plus nerveuse, l’Audi a suivi avec ce vrombissement caractérisitique des moteurs qu’ont raté leur carrière dans l’aviation. Et puis il a dit « accroche-toi », il a freiné un coup de sauvage. L’Audi nous a défoncé le cul. La piste, on l’a sentie toute chaude. La caisse de Greuk a fait un bond, il l’a stoppée, s’est essuyé le front « prêt ? », j’étais secoué mais entier. Il est sorti, j’ai suivi. Les fumeurs nous regardaient depuis l’entrée des troquets. La bagnole allemande, elle avait rien. Les mecs bougeaient pas à l’intérieur. Celle de Greuk, elle était française, alors elle était pas mal pliée, ça faisait un peu fracture ouverte de la gueule avec le parechoc qui pendait et le coffre retroussé béant. Pour que le cul d’une bagnole se mette à faire la gueule comme ça, je me suis dit que c’était un drôle de renversement, c’était peut-être de bonne augure ou simplement logique, à remonter une piste qui nous fonçait dessus par derrière. « Ah lala, c’est tout cassé ! C’est tout cassé ! Hein ça sert à quoi d’avoir une voiture de luxe, si on sait pas conduire ! Ah ben va falloir faire un constat », il a dit de sa voix d’abruti. Il est parti chercher les papiers. J’ai commencé à comprendre ce qu’il avait en tête. Y s’est passé un moment où on a bien senti que les gars nous toisaient dans l’Audi, et puis la portière conducteur s’est ouverte. L’est descendu un mec en trois-quart cuir et lunette noire, blanc, pâle, presque gris en fait, tout émacié. Il était plus blême que moi mais ça donnait pas du tout la même impression. Y s’est approché lentement, là Greuk a levé le nez de ses papelards. Le mec schlinguait, c’était épouvantable. « je suis désolé » il a prononcé avec un accent bizarre, « vous conduisez toujours aussi séchement ? », « euh, y avait un lapin ! », il a rétorqué, Greuk, « hum, il est vivant ? », « oui, oui, ouf, on l’a raté de peu », « tant mieux, tant mieux… nous allons régler cela », il parlait du coffre. Sa voix suppurait de rancune. Greuk lui a tendu le constat. Le type l’a fixé longuement dans les yeux, Greuk a eu un léger tremblement, le type l’a saisi, il l’a parcouru, puis très calmement, il a rempli sa portion en acceptant tous les torts. Greuk a demandé à voir sa carte grise pour être certain que le gars ne le blouse pas. Il a obtempéré civilement. Ça se passait bien, j’en revenais pas, on allait peut-être réussir à se défiler. « bon, a conclu Greuk, ben on a plus qu’à rentrer en warning ». « Vous n’y songez pas » a susurré le gars « vous perdez du liquide ». Il a désigné le sol où une flaque d’un vert chimique grossissait. « Ah merde !, ben on a plus qu’à rentrer à pied ». A pied aussi, j’étais content, j’ai commencé à poser les mains sur la tire pour la dégager de la route. « Permettez-moi de vous déposer, messieur », il a articulé. « Euh, c’est gentil, mais ce, euh, ce n’est pas utile », « j’insiste, votre ami, il est tout pâle », il me désignait l’enflure, « euh, sans façon, on va garer la voiture et appeler un copain ». On a commencé à pousser la voiture vers le trottoir. On se sentait à deux doigts de se faire la sauvette. Mais les deux doigts, y se sont montrés tout gantés de blanc. « vous pouvez pas laisser votre véhicule ici, monsieur ». Un flic. En costume de flic. Qu’est-ce qu’il foutait là l’enclume. Paris c’était devenu une ville, on pouvait plus faire trente mètres sans croiser quatre fois des poulets à la ronde. J’ai vu Greuk hésiter à sortir sa carte mais on pouvait pas risquer des explications, y venait de mentir son identité sur le constat. « ben, on peut la laisser où ? », « nulle part ici, je viens déjà de coller cinq amendes, faut appeler une dépanneuse, désolé ». « Mais monsieur l’agent, on peut tout aussi bien accrocher cette voiture à la mienne, j’ai le matériel. Je les emménerai jusqu’au garage le plus proche », c’était le crevard, et l’autre con de flic qu’a pas trouvé mieux que de nous la servir bonhomme « ah mais oui, il y a un garage au bout de la rue à droite, bien sûr. Hein messieur, ça vous économise une dépanneuse. Pour une fois qu’un constat ne donne pas lieu à une dispute, écoutez, je vais vous aider ». Il a tiqué un peu quand l’odeur du pourri lui est remontée aux naseaux mais même pas il a pas bronché. Après y nous a aidé comme un bourrin, j’ai mieux compris. En moins d’un instant on s’est retrouvé notre bagnole ficelée à celle de l’enflé, on a dit au revoir monsieur l’agent, merci monsieur l’agent, on est monté. Le mec est remonté dans son Audi et il a commencé à nous tirer.

Elle était devant la piste, on l’avait juste sous le nez, avec les relents méphitiques qui s’étaient invités jusque dans l’habitacle et qui devaient nous poisser les fringues et les cheveux, on pouvait pas douter, on s’était pris un tour de foirivelle en grand huit, après ça c’était certain, dieu existait, c’était une roulure. « Bon, on détale au premier feu rouge ? ». « moi chus partant, mais va falloir que tu trouves un sacré pipo pour tes collègues, avec le constat, ta bagnole et le témoignage d’un flic, l’autre fumier y peut te vicier le portrait à la picasso », « rien à foutre ».

Après deux rues, l’Audi a rencontré un feu rouge. Elle s’est arrêté. Greuk a dit « banzai », on s’est jeté, on s’est explosé la face sur la vitre. Les putains de portières étaient bloquées. Rien à faire. Incompréhensible. On étaient coincé. Là j’ai eu une autre révélation sur la nature profonde de dieu, mais j’avais trop les miquettes pour articuler. Le feu est repassé au vert, l’Audi est repartie.

paragraphe de confort visuel
Mardi 25 mars 2008
... » fin de ligne
marge bas