mon crâne tinte comme une coupole de métal suspendue, mauvais rêve. J’ai les yeux comme des plaques de verre, les abat-jours coniques flottaient sous la surface du plafond avec des fils de perfusion piqués partout dans le corps comme sous le halo d’une méduse, pas un restaurant, un hôpital. La tête gonflée et toute molle, ou alors c’est un ventre, mais il y a trop de membres autour. Masque à oxygène, il y a deux silences puis une respiration. La plupart ne survit pas, elle me dit, ceux qui survivent sont remis à l’eau. Certains s’en sortent, on les suit à la trace pour les faire disparaître. Je lui demande de quoi il retourne. Ils pensent que le prochain, c’est toi ; tu le portes déjà. On sort. A travers la vitre je vois une femme accouche, une forme de chair sort de son ventre, plissée d’abord puis elle se tend, elle grandit, elle enfle, la femme hurle, la forme gonfle encore puis soudainement, avale la femme,le corps disparaît avec la tête, les lèvres se retournent et se referment sur les bras et les jambes
Une pieuvre s’enfuit
Pourquoi ai-je cru que F était là ? Le lit est un bain de sueurs chaudes et froides tellement salé qu’il ressemble à un escalier souterrain. Je vais aux toilettes J’ai le sentiment que quelque chose d’écœurant s’est produit.
au bout, m’indique le serveur, je la rencontre de nouveau, Lore, ses cheveux sanguin tournent comme une robe, elle a changé, son corps est comme métalysé, je me reflète à demi dedans, tu ne te rappelles vraiment rien ? je ne me souviens pas. le verre est un liquide, il va exsuder après il y aura infiltration, il y a un lien ça va te revenir, ça remonte de loin, mais le temps est contre nous, le train va partir, il faut que je me dépêche. A l’aérogare, une flottille de trains oscille enchevêtrée autour de cinq ou huit étages, je ne dois pas être au bon endroit, les trains sont ruisselants avec des algues accrochées aux caténaires. A l’arrière, l’air devient liquide. Je me retourne, j’essaie de lui dire quelque chose mais je ne trouve pas quoi. elle a un regard vers moi, le sang fait deux étoiles sur la vitre, elle se voile, les étoiles glissent vers le sol, son corps s’effondre… je ne sens plus mes jambes, j’ai manqué quelque chose, des hommes en blouse la traînent, deux tâches rouges s’allongent, je flotte, je ne me suis pas réveillé, je voudrais sortir mais le train s’engouffre. Bloqué un moment comme prisonnier dans le tube, puis il jaillit dans l’eau sale du port. La mer est coupée en deux par un fil. Je me renverse sur le siège, Je sais que le train m’emmène vers F, mais je ne veux plus me réveiller, apprendre une seconde fois ce qu’il s’est passé. Au bord de mon rêve coule la lymphe, mes testicules se serrent, s’écrasent contre mon corps pour y rentrer, appelés à remonter à l’intérieur jusqu’à affleurer sous la gorge.
Ça me revient
Salle de bain
L’ombre de sa chevelure flottait sur les dalles et son odeur. Au bas des marches, F, je n’ai rien pu retenir. Son visage recouvert d’un tissus, la robe retroussée sur les jambes, lisses qui se croisent avec des jointures courbes.
Blanc sur rouge,
rien ne bouge.
Quelque chose m’encombre, je me mouche, une sensation de malaise me secoue le corps, la gène est toujours là, j’en sens comme l’extrémité mouvante avec mon souffle. Appréhension. A deux doigts enfoncés, je pince, je tire, quelque chose de caoutchouteux bouge au fond de ma gorge, répulsion, je tire, douleur, libération : je tiens un tentacule de poulpe
Tournis…
…J’ai oublié mon sac de gerbe, ça me revient,
il était crevé, un filet sinueux et grenelé disparaît sous la bonde de la baignoire. Je l’essuie. Plus de trace, vertige. Le pommeau de douche me remue sa chevelure à la face.
Boire, je respire de nouveau.
ça me revient
Le téléphone sonne, je sors ruisselant, je décroche trop tard, c’est F, sa voix est comme métallisée. C’était un accident. Silence, silence,
respiration. Je lui dis que je suis capable de marcher, que je ne me répandrai pas. Si elle peut avaler, on peut dîner. Elle a mal, la tête lui manque encore. Elle me demande si on sera mieux après, bien sûr que non, on sera plus mal encore, mais souffrir ensemble c’est tout ce qu’il nous reste… on se retrouve comme l’autre fois… ou ailleurs, tant qu’elle est là ça revient au même.
Miroir… hâve, cernes noires, ecchymoses, lèvres coupées, je n’ai jamais eu une figure pareille.
ça me revient